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Devant se fidéliser à sa politique de la chaise vide à chaque incident, le Mlc s’auto-liquiderait et avec lui une bonne partie de l’Opposition politique ! Qu’adviendrait-il de l’Opposition institutionnelle – que le Mlc entend piloter - au cas où la Cpi venait à condamner Jean-Pierre Bemba ? Et du gouvernorat de l’Equateur si, par solidarité, José Makila “ se ” suspendait lui aussi ? Que serait, surtout, devenu le Congo si les provinciales de 2007 avaient porté au poste de gouverneur les membres du Mlc au Bas-Congo, à Kinshasa, à l’Equateur, au Kasaï occidental et au Kasaï oriental ? Une bonne partie du pays aurait vu les Institutions paralysées ! Pis, la fracture “ Est-Ouest ” se serait consolidée…

Avant d’être acteur politique et député provincial – peu importe son appartenance à un parti ou un regroupement dès lors qu’il y a sur la scène politique congolaise des indépendants – Daniel Boteti est d’abord un être humain. A ce titre, son assassinat la nuit du 5 au 6 juillet 2008 - quels que soient les mobiles évoqué ou à évoquer - est un acte criminel ignoble n’appelant à aucune excuse.

Survenant dans un contexte politique tendu en raison, évidemment, de l’arrestation de Jean-Pierre Bemba à Bruxelles le 24 mai et de son transfèrement à La Haye le 3 juillet, ce crime apparaît comme la goutte d’eau de trop. Celle qui fait déverser le vase. Conséquence : la réaction première du Mlc de suspendre sa participation aux travaux de l’Assemblée nationale, du Sénat et de l’Assemblée provinciale de Kinshasa pourrait se comprendre. Et pour cause !

Série noire…

Le parti Mlc vit une telle succession de coups depuis la campagne électorale 2006 qu’il a besoin de souffler un peu. Autant que 2006, l’année 2007 ne lui a pas souri. Encore moins 2008. Ce survol “ chronologique ” est assez édifiant sur la série noire. Tenez :

- 27 juillet 2006. Date choisie par Bemba pour clôturer sa campagne électorale. Hélas !, sur son parcours, c’est la casse de tout ce qui est debout et la chasse à tout ce qui bouge : panneaux Kabila arrachés, sièges de l’Ondh et de la Ham vandalisés (l’une des agents de la Ham est même violée), sièges de l’Eglise “ Armée de l’Eternel ” et de l’orchestre Wenge Musica Maison Mère saccagés. Pire : policiers froidement abattus et sous-commissariats systématiquement détruits !

- 20 août 2006. L’opinion attend la proclamation, par la Cei, des résultats provisoires du 1er tour. Hélas !, des balles sifflent à Gombe. A l’origine : un appel au soulèvement lancé par des “ Bembistes ” de la 25ème heure, tous, curieusement originaires de l’Equateur. Ils étaient jusque-là pro-Udps. Pire : il y a un kidnapping opéré par la garde commise à la sécurité de Bemba sur des éléments de la Garde présidentielle. Dans la foulée, on enregistre l’incident “ diplomatique ” avec des tirs nourris sur la résidence de Bemba pendant que s’y trouvait une délégation du Ciat. Le jour où elle le voudra, l’Histoire rapportera comment Chairman fut sauvé de justesse par un certain Swing…

- 18 septembre. Un incendie se déclare dans les installations des médias Bemba (Cktv, Cctv et Ralik) jouxtant avec le siège national du Mlc. Dû à un court-circuit, il est imputé directement au député national Pprd Kasongo Numbi, invité malchanceux du Dg de Cctv, Stéphane Kitutu O’leontwa.

-15 novembre. La Cei annonce les résultats provisoires du Second tour de la présidentielle avec 58,05 % pour Joseph Kabila et 49,85 % pour Jean-Pierre Bemba. Ainsi, battu au 1er tour, Chairman est battu aussi au 2ème tour.
- 21 novembre. Une partie de la Cour suprême de justice est détruite au feu et toute la maison communale de Gombe de même, ce à la suite du recours introduit auprès de l’institution judiciaire par le Mlc et l’Un. Les auteurs identifiés sont les Bembistes.

- 27 novembre. La Cour rejette le recours et confirme les résultats provisoires donnant Joseph Kabila vainqueur.
- 28 novembre. Bemba conteste la proclamation des résultats du Second tour faite par la Cour suprême de justice. Il soutient que le procès “ n’a été ni équitable, ni juste pour restaurer la transparence et la vérité des urnes ” et estime que les griefs du Mlc et de l’Union pour la nation “ demeurent et nous serions bien fondés à en contester le verdict ”. Concrètement, cela signifie qu’il est prêt à profiter de toute occasion pour liquider l’ordre institutionnel issu des urnes !

Nous voici déjà en 2007 :
- janvier. Le Mlc et l’Un gagnent juste le poste de gouverneur de l’Equateur et ratent ceux du Bas-Congo, de Kinshasa, du Kasaï occidental et du Kasaï oriental. Bemba dénonce la corruption alors que la réalité du terrain est tout autre. En fait, il n’a pas respecté le deal passé avec Kisombe pour le Bas-Congo et l’Abako pour Kinshasa. Au Kasaï occidental et au Kasaï oriental, il a joué la mauvaise carte du maintien des candidats réputés de nationalité étrangère !

- mars. Aux événements du Bas-Congo succèdent les fameux événements de Kinshasa du 22 au 23. Avec le recul du  temps, on doit bien se demander au Mlc si le bras de fer autour de la question de sécurité du Bemba valait bien la peine. Car, ce bras de fer va se terminer par le communiqué “ autoculpabilsant ” du 28 mars dans lequel Bemba “ prend acte ce jour de l’intégration par l’Etat-major général des FARDC des éléments commis à sa garde déployés dans les villes de Gbadolite et de Gemena, ainsi que de l’entrée en possession par la hiérarchie militaire des entrepôts d’armement de Gbadolite et de Gemena ”. En clair, il reconnaît implicitement que jusqu’au 22 mars 2007, ces éléments et ces armements n’étaient pas des Fardc !

- toutes les plénières du Parlement. Le Mlc et l’Un assistent à la mise en échec systématique de toutes les stratégies utilisées pour affaiblir la Majorité dans les affaires “ Double nationalité ”, “ Kahemba ”, “ Crash de Kingasani ”.

Comme l’année 2007, l’année 2008 semble avoir mal commencé également pour ces deux entités. Tenez :
- après la “ course ” contre la montre entreprise entre, d’un côté, l’Opposition parlementaire (qui se réveille seulement aux mois d’avril et mai pour activer la nomination de son porte-parole) et, de l’autre, le Procureur de la Cpi Luis Moreno Ocampo (qui se réveille en mai pour activer l’arrestation de Chairman), les choses se corsent pour le parti et pour sa plateforme électorale. Certes, les Bembistes coalisent pour sauver le chef. C’est bon. Certains vont même jusqu’à dédouaner Lubanga, Katanga et Ngujolo des crimes perpétrés au pays, précisément à l’Est, dans l’espoir de voir Bemba “ libéré ” de ceux commis à Bangui, parce qu’en dehors du pays. C’est tout aussi bon. Mais tous savent qu’avec, par exemple, le témoignage à charge comme celui de Papy Kibonge, les chances de “ Chairman ” d’échapper à la justice de la Cpi s’amenuisent !

Garder le sens de la mesure

C’est ici que les vraies questions commencent. En avril 2007, les députés Mlc, Un et Alliés avaient suspendu leur participation aux travaux de l’Assemblée nationale sous prétexte d’une chasse faite aux originaires de l’Equateur ; on avait alors cité les cas Omer Egwake et José Makila. En mai 2008, les députés Mlc et Un ils ont récidivé, cette fois en invoquant les “ contrats chinois ”.

En juillet 2008, soit deux mois après, les voici recourir à la même pratique avec, pour motif,  l’assassinat de Daniel Boteti. Et encore, cette décision a été prise quelques heures seulement après que le crime ait été perpétré, sans que l’on en sache encore les mobiles, même si les auteurs présumés étaient déjà identifiés par François Muamba comme étant de la Garde républicaine !

A supposer que ce crime ait été prémédité – car c’est là le suggestionnement – cela revient à dire que tous les mouvements de Dany étaient surveillés depuis un bon bout de temps. D’où cette question pertinente : qui a intérêt, aujourd’hui, à voir le Parlement et les Assemblées provinciales mis en difficulté de fonctionnement alors qu’ils constituent les seules institutions où l’Opposition peut réellement librement s’exprimer ? Veut-on dire que la Majorité, détentrice du Pouvoir d’Etat, aurait décidé d’attenter à la vie d’un Opposant pour, justement, bloquer la machine ?

Pourtant, du Pouvoir et de l’Opposition, c’est bien l’Opposition qui a tout à gagner de la mise à mort de l’ordre institutionnel actuel ! Dès lors, soutenir la thèse d’un acte prémédité sous-entend que le crime a été planifié par l’Opposition ! Là, le Mlc s’engage sur une piste glissante alors que personne ne sensé ne peut avancer cette hypothèse pour le moins grotesque !

Moralité : si l’Opposition n’a pas fait tuer Boteti pour arrêter le fonctionnement des Institutions, le Pouvoir ne l’a pas fait non plus… C’est pour cette raison que l’Opposition – à commencer par le Mlc - doit garder le sens de mesure dans les revendications. Daniel Boteti est mort comme tous les autres compatriotes ont été abattus, victimes de la barbarie humaine. Il n’aurait pas été acteur politique que sa mort n’aurait servi de prétexte à la surenchère politicienne.

En se lançant dans la spirale “ tout coup contre acteur politique = retrait du parlement ”, on imagine ce qui adviendrait de l’Equateur au cas où le gouverneur Mlc José Makila, par solidarité avec les siens, “ se ” suspendait lui aussi ! Ou encore au cas où le Bas-Congo, Kinshasa, le Kasaï occidental et le  Kasaï oriental avaient des gouverneurs Mlc, prêts à en faire autant ! La fracture “ Est-Ouest ” se consoliderait…

Dans cette logique, c’est le pire qui s’abattrait sur le Congo si jamais, à l’issue de son procès à La Haye, Bemba venait à être condamné. Car devant se fidéliser à sa politique de chaise vide à chaque incident, le Mlc s’autoliquiderait, et avec lui une bonne partie de l’Opposition politique ! A qui profiterait alors ce gros crime ? Quelqu’un disait : “ Après moi, le déluge ! ”. Il a fait des adeptes…

Correspondance de Omer Nsongo/MMC

Last edited: 11/07/2008 17:14:18

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