A l’heure où l’on parle de l’imminence d’un remaniement ministériel dans les cercles politiques du pays, des questions fusent de l’opinion publique sur son opportunité et son impact réel sur la marche des affaires de l’Etat.

Sur quels critères se fera le choix des hommes appelés à conduire l’action du prochain gouvernement ? Seront-ce les mêmes, dont l’efficacité n’a convaincu personne lors de leurs précédents mandats, ou verra-t-on de nouvelles figures désignées tout simplement en fonction de leur appartenance politique ? Le choix doit porter cette fois sur des “ personnes compétentes doublées d’une bonne moralité ” pour briser l’immobilisme observé actuellement et contrer cette maffia qui s’installe manifestement au sommet de l’Etat.
Que veut le chef de l’Etat ? S’apprête-t-il à remanier ou à restructurer le gouvernement actuel ? Sera-ce un coup de balai ou, seulement, un saupoudrage consistant à remplacer un Premier ministre et à maintenir des “ fidèles des fidèles ” à leurs postes, malgré les griefs relevés par les enquêtes parlementaires.
Ainsi s’interrogent les Congolais, attendre des améliorations - annoncées avec pompe par la classe dirigeante de leurs conditions de vie et inquiets de l’avenir de leur pays. Parce que, en fait, les clignotants sont au rouge dans la plupart des secteurs.
Dysfonctionnements établis
La non conclusion d’un accord de coopération gouvernement Gizenga et Fonds monétaire international illustre parfaitement l’absence de vision du gouvernement et de l’incompétence de certains ministres. “ La non conclusion d’un programme de coopération avec le FMI retarde l’accès du pays au point d’achèvement de l’Initiative PPTE et l’annulation de la dette extérieure du pays, annulation attendue initialement à la fin 2008 ”, s’inquiète un parti de la majorité présidentielle. Il rejoint ainsi d’autres voix, toutes tendances politiques confondues, en stigmatisant les “ dysfonctionnements importants dans le fonctionnement de certaines institutions qui se manifestent particulièrement dans les contradictions du gouvernement devant le parlement ”.
Voilà donc posée, au sein même du pouvoir, la problématique de la qualité, de la compétence et de la moralité des hommes qui composent le gouvernement. Sont-ils tous à leur place ? Méritent-ils d’y être maintenus ? Qui peuvent ou doivent les remplacer pour répondre à l’exigence de l’“ efficacité ” et du “ résultat ” ?
Ce sont là des questions qui tirent leur origine des résolutions du Dialogue intercongolais tenu dans la ville Sud-africaine de Sun City (2002–2003). Où, toutes les forces politiques et sociales de la République démocratique du Congo avaient convenu de la renaissance de l’Etat congolais.
Or, cinq ans après, le constat s’avère amer et les résultats désastreux. Quand bien même des acteurs politiques peuvent se vanter de la tenue des élections en 2006 et de la mise en place des institutions “ issues des urnes ” en 2007. Cette renaissance ne peut se faire avec des états d’âme. Bien au contraire, elle doit être l’œuvre des personnes compétentes aux qualités morales éprouvées. D’aucuns parleraient des oiseaux rares des vertébrés ”. Le moment est venu de les retrouver pour briser cet immobilisme observe dans le chef du gouvernement. Mais surtout de contrer cette maffia qui s’installe progressivement au sommet de l’Etat. La crispation politique constatée ces derniers jours et qui a été mise à nu avec l’assassinat du vice-président de l’Assemblée provinciale de Kinshasa en est un des signes évidents. Il faudra savoir les lire et de bien les interpréter. Le président de la République est interpellé et les observateurs sont convaincus qu’il a mis tout ce temps à profit pour tirer toutes les leçons qui s’imposent. Ne l’avait-il pas promis, lors de la dernière interview accordée à Jeune Afrique Intelligent qu’en septembre 2007 il fallait tirer les premières leçons utiles ? Depuis, le temps est passé et beaucoup d’eau continue à couler sous les ponts à tel point qu’un nouvel élan est nécessaire pour une nouvelle impulsion.
Des critères objectifs
Aujourd’hui, il se constate que le gouvernement n’a pas encore réussi à rétablir l’autorité de l’Etat sur l’ensemble du territoire national, à neutraliser les groupes armés qui sévissent dans l’Est du pays, à ramener les brigades de Laurent Nkunda au sein de l’armée régulière et à réaliser les promesses électorales. Ou encore à prendre en compte les observations pertinentes émises par l’Assemblée nationale et le Sénat.
En effet, près d’un million et demi de Congolaises et de Congolais continuent de vivre dans des camps de déplacés installés dans les provinces du Kivu, fuyant avec leur progéniture les combats armés semant mort et désolation dans leurs territoires. Au moins 300.000 autres sont réfugiés dans les pays voisins pour les mêmes causes.
Par ailleurs, l’impunité est telle que le gouvernement n’a jamais déféré devant les cours et tribunaux tous ceux qui ont été identifiés et cités tant dans les rapports d’enquêtes ou d’audit que dans ceux du panel d’experts de l’Onu - comme étant les auteurs des pillages des ressources du pays. De nombreux rapports d’enquêtes parlementaires ont dévoilé des cas de megestion, de détournement des fonds publics et d’inconstitutionnalité des actes posés par des ministres interpellés soit à l’Assemblée nationale soit au Sénat. Sans conséquence pour leurs auteurs.
D’autres crimes économiques sont également dénoncés à diverses occasions sans qu’une quelconque action judiciaire ait été initiée. L’impunité se porte donc bien.
Et en raison d’une absence évidente de volonté politique et de sens d’honneur ainsi que de l’incompétence avérée de quelques membres du gouvernement, la séparation des pouvoirs entre l’exécutif, le législatif et le judiciaire - n’est pas encore clairement établie. Le pays est présentement engagé dans une phase cruciale de sa reconstruction opérée grâce à la coopération bi et multilatérale et, surtout, à des opérateurs congolais faisant preuve de compétence, de crédibilité et d’honorabilité.
En effet, il serait absurde de penser pouvoir réaliser le programme quinquennal du gouvernement, axé sur les Cinq chantiers de la République, en faisant appel à des courtisans et à des personnes connues pour leur absence de scrupules. L’heure n’est plus au clientélisme politique. Mais au choix des personnes compétentes, aux qualités morales éprouvées, afin de faire partie du gouvernement, quelles que soient les alliances politiques. Pour éviter une gestion du pays à vau-l’eau.
Le Potentiel
Last edited: 11/07/2008 16:48:50