Un drame s’est produit vendredi dernier au quartier 7 dans la commune de N’Djili, dans un restaurant renommé qui avait la capacité d’accueillir une foule énorme. Son succès tient justement au prix modique pratiqué par rapport aux vrais restaurants.
Vendredi dernier, un drame est survenu dans un restaurant populaire, dit “ Malewa ” en jargon kinois. C’était au quartier 7 de la commune de N’Djili. Ce restaurant avait la réputation d’accueillir une foule immense dans le quartier, si bien que l’on se bousculait. Son succès tient justement au prix modique pratiqué par rapport aux vrais restaurants. Cela permet aux clients de prendre un repas en guise de calmant avant de rentrer chez soi le soir pour l’unique plat de la journée.
Cette fois malheureusement, les clients ne savaient pas qu’en se gavant de la sauce endiablée de la tenancière, ce serait fatal pour la plus part d’entre eux. L’on ne saura jamais qui a mangé quoi et qu’est-ce qui a été à la base de l’intoxication de X avant que le procureur de la place ne demande une autopsie et que le médecin légiste ne dépose son rapport.
Toujours est-il que des morts il y en a eu effectivement selon notre source, après consommation qui des brochettes de viande de porc, qui des plats de légumes et d’autres encore.
Pour répondre à la question de la cause de ce drame qui intéresse au premier plan l’opinion, plusieurs pistes sont possibles. Pour certains, ce serait l’huile utilisée lors de la préparation des plats. Une huile rendue très toxique par mélange avec de l’huile industrielle des transformateurs de la Snel qui fait l’objet de vols fréquents dans nos quartiers.
Pour d’autres, ce serait plutôt la toxicité élevée des engrais utilisés pour la culture des légumes mal lavées ou mal cuites qui seraient à la base du drame. Il faudrait certainement recourir aux toxicologues pour en avoir le cœur net. A moins que, comme le pensent d’aucuns, ce soit le fait d’une main criminelle qui aurait subrepticement glissé un poison mortel dans la marmite de la restauratrice. Dans ce cas, à qui donc profiterait le crime ? On penserait d’abord aux concurrents qui auraient agi par jalousie ou même soit dit une main vengeresse qui a voulu ainsi signer sa sanction.
Après ce qui est arrivé, l’on peut imaginer que la restauratrice aura bien du mal à s’en relever. Ce d’autant plus qu’un procès en règle l’attend dans les jours qui viennent. Elle pourrait difficilement éviter son implication du fait que sa responsabilité est directement engagée. Après cet incident, l’on est en droit de tirer le constat malheureux qui fait de Kinshasa d’aujourd’hui une mégalopole où l’esprit de “ malewa ” ou “ biloko ya coin ”, comme on dit couramment, fait rage. N’importe qui peut tenir sa “ bouffe publique ”.
C’est que justement en dépit des apparences, ces endroits de bouffe mal lotis dépannent plus qu’ils ne dérangent. On a beau relever le danger des maladies des mains sales qui pullulent dans ces endroits mais la population très appauvrie de Kinshasa, autrement dite “ PTAK ”, à l’image de la multitude de ses enfants de rue dit shégués, s’en est accommodée à défaut de mieux.
Le succès de ces restaurants tient justement au fait que la crise économique caractérisée qui sévit à Kinshasa a atteint des proportions incommensurables. Ceci fait que pour se débrouiller ou nouer les deux bouts, non plus du mois mais de la journée, l’on a créé des “ kanga journée ”. Terme qui désigne également du pain fabriqué par une nouvelle boulangerie à l’équipement pimpant neuf qui fait rage à Kinshasa. L’on réalise en parcourant ces tables improvisées qu’on retrouve à chaque coin de rue, des marchés et des usines que des personnes normalement constituées ne sauraient les fréquenter.
Malgré tout ce que l’on a dit sur ces restaurants qui auraient dû fermer si les services d’hygiène étaient opérationnelles, l’on se rend compte que les besoins se conforment aux réalités du terrain, voire à la bourse du client. Ainsi, la nature opportuniste du kinois a-t-elle neutralisé toute décision impopulaire. En effet, pour ramener les choses à l’ordre, il ne suffira plus de décider de la fermeture de ces lieux comme ceux-ci où l’inconfort alimentaire menace la santé de la population.
Mais, il faudra traiter le problème à la base. Déjà il faut réviser systématiquement le revenu moyen du congolais moyen, client patenté de ces restaurants de fortune. Ayant plus de moyens, la population devra aussi être dotée d’une culture. Aussi faut-il également battre campagne pour la santé publique en redonnant des moyens aux agents d’hygiène de chaque commune comme ce fut le cas autrefois.
Il faudra en soi une éducation permanente de la population afin qu’elle sache se protéger efficacement en adoptant de bonnes habitudes de propreté élémentaire. Ce n’est qu’ainsi qu’on éviterait à l’avenir pareille tragédie que nous déplorons.
(Gis.)L’Avenir
Last edited: 11/07/2008 11:48:11