La promulgation par le Chef de l’Etat des lois votées au Parlement et concernant la restructuration des entreprises publiques matérialise enfin l’assainissement appelé de tous les vœux de la gestion du portefeuille de la RDC et du coup s’impose la bonne application de nouvelles dispositions envisagées dans ce secteur clé de la vie nationale.

Quatre lois sur la réforme des entreprises publiques, déjà discutées et adoptées au Parlement (Sénat et Assemblée Nationale), ont été promulguées lundi par le Chef de l’Etat. Elles sont appelées à soutendre une nouvelle configuration du Portefeuille de l’Etat. De manière ramassée, il est question que ne soient revêtues du statut d’entreprises publiques que celles opérant réellement dans le domaine à marchand et qui présentent des garanties certaines de viabilité. La rumeur signale dans le lot la Gécamines, la Miba, la Régideso, l’Okimo, la Snel, l’Onatra, l’OCC, la RVA, la RVF, la RVM, l’Ogefrem, etc.
S’agissant de toutes celles qui vivaient jusque-là uniquement de la collecte d’impôts et taxes, elles devraient rejoindre la DGI, la DGE et la DGRAD dans la loge des Directions générales ” de leurs ministères de tutelle technique. On laisse entendre que les nouvelles dispositions devraient toucher l’Ofida, le CEEC, le FPI, la Sonas, voire l’OCC. Quant aux “ canards boiteux ”, tous secteurs confondus, l’Etat a décidé de se désengager totalement de leur gestion. Cela veut dire, en d’autres termes, qu’il va leur être appliqué la cure de la privatisation ”. Naturellement, les regards se tournent vers l’OCPT, les LAC, la Cinat, la CMDC, la Codeco, etc.
Retour à la gestion étatique : des raisons de s’inquiéter
Ce qui fait le plus peur dans la volonté des décideurs congolais de retoucher, de fond en comble, la configuration du Portefeuille de l’Etat, c’est le retour de toutes les régies financières et de certaines entreprises à caractère technico-commercial sous la coupe des cabinets ministériels. Bien que les expériences tentées avec la DGI (Direction Générale des impôts), la DGE (Direction générale des Entreprises) et la DGRAD (Direction générale des Recettes Administratives, Domaniales et de Participation) semblent prometteuses, l’on s’inquiète sérieusement du sort qui serait celui de l’Ofida, du CEEC, du FPI, de la Sonas et surtout de
l’OCC.
L’on s’interroge sur le bien-fondé de cette réforme pour des régies financières ou des services publics dans lesquels les mandataires de l’Etat alignent des records de recettes qui relèvent pratiquement du “ miracle ”. Il est bizarre que ces îlots de prospérité et de fierté nationales soient recasés dans l’administration publique dont personne n’ignore la lenteur, l’apathie et les contre-performances en matière de gestion financière et de maintenance technique.
Pourtant, on sait qu’à l’origine, ces “ entreprises publiques ” que l’on veut ramener au niveau des directions des ministères avaient été éloignées de la mainmise des cabinets ministériels pour les mettre à l’abri des ponctions financières intempestives et des conflits de compétences entre les ministres et les hauts fonctionnaires placés à leur tête. Lorsque l’on pense aux relations conflictuelles qui prévalent actuellement entre les mandataires publics et leurs tutelles tant technique qu’administrative, en dépit de l’autonomie financière reconnue à leurs entreprises, l’on peut imaginer le gâchis financier à venir. D’où, l’on peut se demander si l’Etat propriétaire n’aurait pas signé anticipativement l’arrêt de mort de ses poules aux oeufs d’or que sont encore l’Ofida, le CEEC, le FPI, la Sonas et l’OCC.
L’OCC : un cas préoccupant

L’opinion nationale a l’impression que chaque fois que l’Office Congolais de Contrôle (OCC) est cité sur les tablettes du gouvernement ce temps dernier, ce n’est pas pour une promesse de redynamisation de ses activités. Bien au contraire, pour le cas présent, une confusion voulue par ses fossoyeurs le présente comme une régie financière opérant illégalement dans le secteur de la douane, sans plus.
Pourtant, à la différence d’une régie financière classique, L’OCC est prestataire des services dans son volet consacré au contrôle de qualité et de conformité des produits à l’importation comme à l’exportation. A travers ses laboratoires spécialisés et l’expertise de son personnel, il rend aux opérateurs économiques et autres importateurs comme exportateurs des services payants, différents du travail de collecte des taxes et des impôts. Avant de récolter en aval dans la chaîne du “ guichet unique ”, l’OCC doit fournir un travail en aval.
Ce travail est d’autant “ stratégique ” que la santé des millions de Congolais en dépend. Sans les contrôles de qualité et de conformité, la RDC serait entièrement transformée en dépotoir international des déchets alimentaires, pharmaceutiques et autres. Il saute aux yeux de tout compatriote réellement nationaliste que sa réduction en une direction de l’Ofida ou du ministère du Commerce Extérieur encore de celui des Finances lui ôterait l’efficacité qu’on lui reconnaît encore aujourd’hui.
Visiblement, le gouvernement congolais offre l’image d’une structure incapable de renégocier les termes de son partenariat avec le FMI et la Banque Mondiale, qui condamnent à mort des milliers de pères et mères de familles oeuvrant au sein de L’OCC et, par ricochet, des millions de filles et fils de ce pays laissés à la merci de toutes les “ pourritures ” en provenance de l’Occident.
Vive le chômage !
L’autre sujet d’inquiétude en rapport avec la réforme des entreprises du Portefeuille concerne la taille qu’elles devraient prendre en matière de ressources humaines. Les annales de l’histoire nationale renseignent que généralement, “ réforme ” rime avec de graissage du personnel. Aussi, les observateurs avertis parient qu’une fois transformée en directions administratives des ministères, l’Ofida, l’OCC, la Sonas, le FPI, le CEEC subiraient fatalement des suppressions massives d’emploi au sein d’une administration publique déjà pléthorique. Alors que l’un des cinq chantiers du Chef de l’Etat s’articule autour de la lutte contre le chômage, c’est le résultat contraire que risquent de produire “ l’étatisation ” des régies financières et la privatisation des “ canards boiteux ”.

Aux Lignes Aériennes Congolaises (Lac) par exemple, le partenaire choisi par le gouvernement pour la relance de ses activités d’exploitation a déjà annoncé les couleurs en fixant le plafond des unités à employer à 400 contre un total actuel de 1.800 cadres et agents. On se souvient qu’à la Gécamines, la cure d’amaigrissement avait réduit les effectifs de 24.000 à environ 5.000.
Lueur d’espoir
Au milieu du désarroi qui commence à gagner les milieux des travailleurs congolais du secteur du Portefeuille, une lueur d’espoir pointe à l’horizon. Le Phare a appris que les lois signées par Joseph Kabila ne seraient pas d’application immédiate. Un “ moratoire ” non écrit d’environ 12 mois serait observé, le temps pour le gouvernement de dresser la liste des entreprises publiques à soumettre aux différents schémas de restructuration, dans le sens de l’étatisation ou de la privatisation.
Une fois que toutes les données auront été réunies au sujet de chacune de celles jugées éligibles à la réforme, les propositions de “ reclassement ” seraient discutées et adoptées en Conseil des ministres, avant leur transfert à l’Assemblée Nationale et au Sénat pour lever des options définitives.
Il est à espérer que cette procédure sera respectée et que la représentation nationale se fera un point d’honneur pour privilégier les intérêts de la République et ceux des compatriotes qui croient se rendre utiles à la partie à partir de leurs prestations au sein des entreprises publiques.
(Milor)Kimp./Le Phare
Last edited: 10/07/2008 17:10:40