L’Hôtel des Monnaies estime aussi la situation assez délicate, son cahier des charges techniques et financières avait été transmis au ministère des Affaires étrangères et à celui du Budget et soupçonnait ces ministères de connivence avec le premier quidam de concurrent.

Et comme la BCC le soupçonnait : c’est Oberthur qui gagne le marché. Délit d’initié ?
«En attendant la livraison du nouveau passeport biométrique, les anciens passeports en pipe-line de production étaient livrés au fur et à mesure des réquisitions du Ministère des Affaires Étrangères. La dernière réquisition portait sur 100.000 passeports ordinaires dont 47.000 ont été livrés et le solde devait s’enchaîner avec les nouveaux passeports biométriques», explique la Banque Centrale dans sa note interne fort documentée.
Banque Centrale qui ajoute aussi limpidement : «Quant aux vignettes de visas qui font l’objet de la même commande que le nouveau passeport, tous les intrants ont été également réunis pour la totalité de la commande. Des épreuves, entièrement conçues par l’Hôtel des Monnaies, ont été remises au Ministère des Affaires Étrangères le jeudi 03 janvier 2008 pour approbation. Mais depuis lors, lesdites épreuves ne sont pas retournées à l’Hôtel des Monnaies, en dépit de multiples rappels de ce dernier».
Banque Centrale qui soupçonne: «Il semble que ces épreuves ont été remises au même imprimeur français à qui le Ministre des Affaires Étrangères aurait également attribué le marché de vignettes de visas».
Puis : «La première livraison du nouveau passeport suivant la commande du Ministère des Affaires Étrangères a été réceptionnée le mardi 4 mars 2008 par la commission ad hoc composée des délégués des Ministères des Affaires Étrangères et du Budget. Fort curieusement, par sa lettre n°130/131.4/480/2008 du 18 mars 2008, le ministre des Affaires Étrangères Antipas Mbusa Nyamwisi décide de restituer les nouveaux passeports lisibles à la machine livrés par l’Hôtel des Monnaies au motif que ce dernier n’avait pas soumissionné à son appel d’offres du 22 mai 2006 et qu’en conséquence, il s’agissait d’une livraison sans commande».

Et la BCC de faire un rappel de mémoire: «La commande du 21 octobre 2005 d’un million de passeports placée auprès de l’Hôtel des Monnaies de la Banque Centrale du Congo n’a jamais été annulée par le Ministre des Affaires Etrangères ni par le Ministre du Budget. Par ailleurs, le Ministre des Affaires Étrangères soutient que c’est l’imprimeur français FCO qui avait gagné le marché à la suite de l’appel d’offres précité et que des démarches étaient en cours pour lui payer un deuxième acompte».
De là, le grand imbroglio… Question : Pourquoi le ministre Antipas Mbusa Nyamwisi si porté à s’entendre avec le Gouverneur de la Banque Centrale (ils appartiennent tous les deux à l’Alliance de la Majorité Présidentielle) considère-t-il soudain que Jean-Claude Masangu est homme à abattre quand celui-ci défend de bon droit non seulement son institution, mais également l’autre Chantier de la République, à savoir, l’emploi ?
Passer l’exclusivité de la production du million de passeports biométrique au Français François Charles Oberthur est, estime fort justement la BCC, «réduire à coup sûr le personnel de l’Hôtel des Monnaies à sept ans de chômage». Pourquoi Nyamwisi a-t-il reconduit une commande placée par un ministre et des ministre MLC du 1+4 manifestement entachée de flagrantes irrégularités ?
La perspective toujours agitée d’avoir à affronter un procès justifierait-elle la hargne qu’il met-il à reconduire cette sous-traitance, trop onéreuse, mais qui serait à ce jour déjà payée, du moins en partie ? Si des arbitrages ont eu lieu notamment en présence du ministre Mbusa, celui-ci a maintenu intacte sa position: le biométrique revient au Français François-Charles Oberthur et au Français François-Charles Oberthur seul.
La BCC ne laisse pas prise

Au moment où «le Soft International» va sous presses, le front paraît cependant s’apaiser: Mbusa a été sommé d’accepter le biométrique fabriqué par l’Hôtel des Monnaies de la BCC, sur base de la commande de Ramazani Baya, jamais annulée.
Lors d'une réunion à la Primature, la BCC a reçu ordre de céder le marché au Français François-Charles Oberthur qui devra produire un biométrique conforme à celui produit par l’Hôtel des Monnaies.
A l’issue de la même réunion, Mbusa a reçu ordre d’inviter Oberthur à entrer en contact avec la BCC pour la modification des termes de référence relatifs aux spécifications techniques contenues dans le contrat qui lie l’imprimeur français au Gouvernement congolais.
Mais la BCC n’a pas baissé la garde. Si la lutte contre le chômage est un chantier prôné par le Chef de l’État, «il est indiqué d’envisager le partage de la production entre l’Hôtel des Monnaies de la Banque Centrale du Congo et l’imprimeur français». Sera-t-elle entendue quand l’État est chaque jour menacé par de faux procès dans lesquels l’entraînent des faux actes de nos plénipotentiaires ?
T. Matotu/Le Soft
Last edited: 12/07/2008 12:08:36