Ramazani a fait trop vite. Il place ainsi sa commande du million de passeports ordinaires biométriques, d’un système de personnalisation de ces passeports et d’un million de vignettes de visas.

Sa commande est précise, trop précise même. Dès le départ, le problème de cette commande du million de passeports biométriques saute à l’œil. La commande s’étale sur cinq ans, soit au-delà de la mandature actuelle! Et engage tout un avenir.
La commande annuelle est de 200.000 passeports ordinaires. C’est à croire que les R-dCongolais sont si friands du tourisme pour que le pays fasse voyager à l’étranger autant de compatriotes.
Plus grave - la pieuse BCC parle de «fort curieusement» - en plaçant sa commande, Raymond Ramazani Baya donne ordre à la Banque Centrale du Congo de ne réaliser cette commande - toute cette commande - que par sous-traitance. Auprès de qui? Auprès du Français François Charles Oberthur que ni l’Hôtel des Monnaies, ni la BCC ne connaît, ni d’Adam, ni d’Eve!
Pourquoi l’élection du Français François Charles Oberthur là où la BCC est totalement apte à faire le travail, par ailleurs au moindre coût? Modus et bouche cousue.
Pis que cela, si l’Hôtel des Monnaies réclame 3.500.000 euros pour les mêmes quantités à livrer - devis en bonne et due forme remis au ministre des Affaires Étrangères, à celui des Finances, ainsi qu’à celui du Budget - le Français François Charles Oberthur réclame, pour la même qualité et la même quantité du travail, quasi trois fois plus: 8.736.000 euros (soit plus de 13 millions de dollars américains).
Pis que cela encore, le Français François Charles Oberthur veut l’argent - du cash - comptant et trébuchant, vite et immédiatement.
Ses conditions tombent comme un couperet: 50% à la commande, 50% avant la première livraison! Soit paiement cash, comptant, avant livraison ! Qui dit mieux ?
Voilà une passation de marché, pleurniche la BCC dans une «note interne» dont copie est parvenue aux rédactions du «Soft International» par vent favorable, qui se fout à la fois «des contraintes financières récurrentes de l’État» r-d.congolais, et du rythme de renouvellement des passeports, 200.000 passeports par an.
Ces contraintes «visent autre chose», suggère, un tantinet assassine, la Banque Centrale! Quoi ?
Plongeant dans les papiers qui la fondent (notamment les notes du même Gouvernement, en tête, la note n°0023/CAB/MIN/FINANCES/2004 du 10/01/2004 du ministre des Finances), la BCC via l’Hôtel des Monnaies refuse d’accéder à la recommandation du ministre Ramazani de sous-traiter le nouveau passeport auprès de l’imprimeur français François- Charles Oberthur.

La BCC invoque le fait qu’elle dispose de tous les équipements nécessaires pour ce faire: des équipements de la dernière génération pour la production des passeports. En fait, la fameuse Kugler I et II...
Il se trouve que c’est ce même type d’équipements qu’utilisent toutes les grandes imprimeries de haute sécurité à travers le monde pour la production des passeports conformes aux normes en vigueur de l’OACI.
Et la BCC a dû consentir des investissements lourds: en matériel et en hommes pour se mettre à niveau…
Mais malgré tout, le Français ne se laisse pas impressionner. Il a plusieurs tours dans sa manche. Bloqué par le refus de l’Hôtel des Monnaies de sous-traiter la production du nouveau passeport, il «tente, par sa lettre du 09 février 2006, de faire croire qu’il disposait déjà d’une commande d’un million de passeports que lui aurait placée le Ministre des Affaires Étrangères en date du 24 octobre 2005».
En réalité, sûr de la sous-traitance qu’il recommandait à l’Hôtel des Monnaies auprès de FCO, le ministre Baya a donné au Français une copie de sa commande adressée à l’Hôtel des Monnaies. Il y a là rien moins que délit d’initié.
Cela sent fort le roussi. D’une part. D’autre part, le ministre Ramazani Baya s’impatiente, puis s’excite. Face au refus renouvelé de l’Hôtel des Monnaies de sous-traiter la production du nouveau passeport auprès du Français Oberthur, le ministre bat le rappel des troupes.
Financement Occulte ?
Son collègue du Budget François Muamba Tshishimbi vient à la rescousse de la commande assiégée. Et les deux ministres décident «unilatéralement de méconnaître la commande qui était placée auprès de l’Hôtel des Monnaies et de lancer le 05 juin 2006 un appel d’offres public pour la production d’un million de nouveaux passeports, appel d’offres auquel ils invitent l’Hôtel des Monnaies à soumissionner», ce qui va à l’encontre des précédentes notes du Gouvernement.
Deux repères: d’une part, les deux ministres appartiennent à la même composante politique, le MLC, du Chairman Jean-Pierre Bemba Gombo. D’autre part, la RDC est en pleine campagne électorale. Avec un Jean-Pierre Bemba Gombo candidat Président de la République!
Faut-il croire que cette commande participe du financement occulte de la campagne électorale qui alors fait rage? La question est tout sauf idiote…
Bien entendu, l’Hôtel des Monnaies n’a pas répondu à cet appel d’offres. Cela ne l’engageait pas du fait de la décision du Gouvernement et, plus que cela, du fait qu’il disposait déjà de la commande d’un million de nouveaux passeports biométriques.
De même, l’Hôtel des Monnaies venait de réunir tous les intrants nécessaires (papier, plaques, encres, films, divers éléments de sécurité, etc.) pour produire son passeport biométrique.
L’Hôtel des Monnaies avait par ailleurs «activement» associé tous les organes concernés dans la détermination des éléments constitutifs du passeport (tels les armoiries et le drapeau), à savoir, le ministère des Affaires Etrangères et de la Coopération Internationale - le même -, les ministères de l’Intérieur, des Finances, du Budget, la DGM, la Dgrad, l’ANR, etc.
T. Matotu/Le Soft
Last edited: 12/07/2008 12:08:26