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RDC-FMI : l’équation chinoise

Kinshasa, 05/07/2008 / Politique
Pas de nouveau programme triennal entre le Fonds monétaire international et la République démocratique du Congo. Par conséquent, pas d’appuis budgétaires pour le budget 2008 malgré la mise en œuvre “satisfaisante” - le constat est du FMI - du programme économique du gouvernement à la fin mai 2008. Le FMI trouve les rasions de sa décision dans les profondeurs de la convention de collaboration récemment signée entre la RDC et un consortium d’entreprises chinoises. Diktat, atteinte à la souveraineté nationale, complot contre la RDC pour l’empêcher de se développer. L’on arrête d’épiloguer sur la question. La RDC est véritablement prise en étau, obligée à revoir ses arguments de défense pour “ clarifier ” les grandes inconnues – toujours, selon le FMI - de l’équation chinoise.

Rien à espérer des institutions de Bretton Woods au courant de cette année 2008. Il n’y aura ni signature d’un nouveau programme triennal avec le FMI au titre de la Facilité pour la réduction de la pauvreté et pour la croissance (FRPC), ni appuis budgétaires pour l’exercice 2008, pourtant inscrits dans la loi financière en cours à hauteur de 42% des recettes totales.

Il y a certainement revirement dans le chef du FMI. Pour autant qu’au terme du séjour kinois de ses experts, rien ne pouvait barrer la route à la signature d’un nouvel accord entre les deux parties. Mais, il n’en a pas été ainsi. Pire, il n’en sera pas le cas pour le reste de l’année 2008. Le préalable pour cette institution se résume en des “ clarifications nécessaires ”, notamment en termes d’implications macro-économiques et de soutenabilité de la dette de la convention signée entre la RDC et un consortium de sociétés chinoises.

Ce n’est qu’au terme d’une étude de faisabilité, - mettre en œuvre sur une période six mois- que le FMI se réserve le droit d’engager de nouvelles négociations d’un nouveau programme triennal avec la RDC.

Si pour le FMI, la démarche est tout à fait anodine, elle demeure, cependant lourde des conséquences pour la RDC, pays par nature post-conflit.

Le premier danger vient du gel automatique – c’est le cas depuis mars 2006 – des appuis budgétaires promis par divers partenaires extérieurs. Mais, le plus dure reste sans doute le lourd service de la dette auquel la RDC devra se plier, soit en moyenne près d’un milliard de dollars américains à verser auprès de divers créanciers du pays. Ce à quoi le FMI soumet désormais la RDC.

Sur ce point donc, rien à espérer aussi de l’annulation de la dette extérieure dans le cadre de l’initiative PPTE du fait de l’incertitude de réunir les conditions requises pour prétendre au point d’achèvement, notamment se trouver en programme avec le FMI.

Des ambiguïtés

Ce tableau aussi sombre qu’il ne devait l’être pour un pays post-conflit démontre bien l’attitude ambiguë du FMI. Lui qui continue à se faire passer pour le conseiller macro-économique du gouvernement congolais.

Car, en même temps qu’il se montre intransigeant à la signature d’un nouvel accord avec la RDC par le fait des contrats chinois, de l’autre – par ses experts dépêchés à Kinshasa entre les 18 et 29 juin 2008 - il s’en félicite de leur apport substantiel au projet de reconstruction de la RDC.

La déclaration de fin de mission diffusée par sa représentation en RDC en dit long. “ La mission a appuyé le double objectif du gouvernement consistant à accélérer la reconstruction des infrastructures nationales, qui se trouvent dans un état de délabrement, et à obtenir un allègement de dette substantiel de la part des créanciers extérieurs ”.

Plus loin cependant, le FMI revient vite sur sa position. “ L’accord de coopération récemment signé avec les entreprises chinoises pose, au sujet de la dette publique et de sa viabilité, des questions spécifiques auxquelles il faudra répondre pour conclure les discussions sur un nouvel accord au titre de la facilité pour la réduction de la pauvreté et pour la croissance (FRPC) du FMI ”. Et de conclure en faisant savoir que : “ Dans le même temps, les services du FMI continueront à suivre la mise en oeuvre du programme économique du gouvernement ”. Mais, alors pour quel but continuer à recourir à ses services sans se voir rapprocher la conclusion d’un programme triennal ?

“ Les pirates du capitalisme ”

Cette tournure “ polie ” du communiqué du FMI n’enlève en rien du caractère de refus du FMI de conclure un nouvel accord avec la RDC. Le problème est que le FMI ne se plait pas de voir la RDC s’engager, sans son aval, dans une convention avec des entreprises chinoises, fussent-elles privées.

Mais souligne clairement la conditionnalité au regard des contrats chinois. Pas un seul dollar ou euro tant que le gouvernement congolais n’aura pas renégocié les contrats chinois.

Pourquoi donc cette obsession des institutions de Bretton Woods à pousser la RDC “à renégocier les contrats chinois ” ? Qu’est-ce que le FMI fait alors des résultats satisfaisants de la mise en oeuvre du programme économique du gouvernement à la fin mai, lorsque juste il y a quelques mois, c’est sur base des indicateurs quantitatifs, des critères et repères structurels que devait se dessiner la conclusion d’un nouveau programme triennal entre la RDC et le FMI ? En quoi donc les contrats chinois porteraient-ils ombrage aux rapports entre le FMI et la RDC ? Autant de questions – sans réponses, d’ailleurs – qui caractérisent aujourd’hui les rapports tumultueux RDC-FMI.

Et pourtant, tous les pays du monde, même de grands contributeurs du FMI, vont maintenant puiser dans les eaux du fleuve “ Yan tse ” pour s’abreuver. En Afrique, quasiment tous les pays ont signé des contrats avec la Chine, mais le FMI ne leur en tient pas rigueur. Pourquoi tout cet acharnement sur la RDC ?

Un pan de réponses transparaît de l’ouvrage collectif de Solveig Godeluck et Philippe Escande : “ Les Pirates du capitalisme ”. Les auteurs y dévoilent les coulisses et les stratégies des fonds d’investissement et apportent un éclairage inédit sur les nouveaux enjeux économiques.

Attention, danger !

“ Aujourd’hui, l’argent ne vient plus de Washington, de Bonn, de Londres, de Paris… Mais de Beijing, de New Delhi, de Brasilia, de Doha, d’Abou Dhabi, des banques “ privées ”, Merrilk Lynch, Citigroup, Bear Stearn, UBS Zurich ”, notent-ils . Bref, des pays dits émergents et des “groupes identitaires ” qui brassent, par ces temps qui courent des milliards de dollars désormais à la portée de tous les Etats. En six mois, ils ont injecté près de 70 milliards de dollars dans le système financier des pays riches en prenant des participations minoritaires dans les banques aux abois.

Le FMI et la Banque mondiale sont désormais contournables. Ils auront de plus en plus difficile à imposer leur diktat. Ils sont, comme on le dit, appelés à distraire. Et, c’est le scénario - macabre, en tout point de vue, parce que sans base formelle auquel se livrent ses services en RDC.

On vit donc ce duel en direct à Kinshasa, entre le bloc occidental et oriental, par la Chine interposée. D’où cette “opposition ” au relenti politique du FMI à la mise en œuvre des contrats chinois.

Evidemment, il ne faut pas se faire d’illusions. Il revient au Congo d’éviter de s’appuyer sur une “ mauvaise stratégie ”, celle qui risque de l’entraîner dans un isolement financier. C’est sans doute vers lequel le FMI voudrait le pousser.

En bon visionnaire, le professeur Stephaan Maryse, de l’Université d’Anvers en Belgique, l’a presque prédit dans un entretien avec le journal Le Potentiel. “ Le contrat chinois est une opportunité que j’appelle la deuxième session du développement du Congo. A condition que les Congolais gèrent bien cette rivalité internationale qui va peut-être se dessiner, et renégocier ce qu’il a à revoir. La plus grave faute du Congo serait d’opposer la Chine à l’Occident ”, a dit le scientifique belge.

En d’autres termes, les dirigeants congolais ne doivent pas croire qu’ils peuvent se passer si facilement de l’Occident pour se jeter, sans dommages collatéraux évidents, dans les bras de la Chine. Car, même avec la Chine, c’est en faisant preuve de la bonne gouvernance et de la transparence que la RDC en tirera de grands bénéfices. La Chine s’est pliée aussi à cet exercice incontournable avant d’émerger.

Certes, les conditions des Occidentaux agacent. Ne serait-ce qu’au nom de l’assistance à pays post-conflit, le FMI devrait commencer par honorer sa promesse pour ne pas mettre la RDC dans l’incapacité d’envisager, en toute sérénité, son développement. Il a préféré, à la place, durcir le ton, multiplier des obstacles.

Il est cynique de les entendre affirmer dans les couloirs que le “Budget 2008 a déjà été exécuté dans son entièreté ” dès fin avril 2008 et que le “ gouvernement congolais est à bout du souffle ”. Mais le FMI refuse de reconnaître que le gouvernement congolais ne peut présenter un collectif budgétaire faute d’appuis budgétaires.

Serait-ce fait intentionnellement pour provoquer un “ changement dans les institutions ” afin que les contrats chinois ne soient pas exécutés ? Interrogation pertinente.

Le Potentiel

Last edited: 05/07/2008 14:42:19

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