Incontestablement, le rêve du Président Kabila est celui de doter la République démocratique du Congo d’infrastructures modernes auxquelles, de par ses ressources, de par sa grandeur et de sa vocation africaine, elle a pleinement droit.

Ce rêve, éminemment patriotique, est caractéristique de l’âme de jeunesse faite généralement de fougue et d’idéal sans limites. En effet, une jeunesse qui ne rêve pas ou plus, qui n’aspire pas ou plus à construire Paris en un seul jour n’en est plus une: elle a vieilli avant d’être vieille.
Il n’empêche, cependant, qu’il faut toujours considérer le rêve comme la langue d’Esope. Car, irréfléchi, sans racines solides et réalistes, il n’est rien d’autre qu’une chimère de mauvais goût. En un mot, une funeste corruption du corps et de l’esprit.
Pendant la 2ème République, l’on a beaucoup rêvé également. Hélas! nous dûmes constater, à nos dépens, surtout dès le début des années 1970, que le rêve dont il était question était tout simplement une aliénation. Laquelle nous a produit non seulement des éléphants blancs, mais aussi et surtout bien pire la déification d’une personne suivie d’un innommable chaos économique et social.
Dans son dernier message à la nation, le Président Kabila a (re) appelé les Congolais à un sursaut moral. Sans lequel, il va sans dire, ne sauraient être consolidés et sauvegardés les acquis de l’indépendance, d’une part, et ceux du programme politique du présent quinquennat, de l’autre.
En fait, pour la deuxième fois, Kabila a sifflé la fin de la recréation. A cet égard, nous disons à Antoine Gizenga que la balle est, de nouveau, dans son camp, à supposer qu’elle y avait un jour quitté. Notre Premier ministre, nous le savons tous, se trouve, aujourd’hui, le seul parmi les dépositaires des rêves de l’indépendance encore sur la brèche dans la haute sphère des charges de l’Etat.
Le seul qui a traversé la 1ère et la 2ème République sans subir l’indicible souillure que traînent la plupart des acteurs de ces deux républiques, surtout ceux de la seconde. De ce fait, il est l’homme qui convient pour conduire le combat pour le sursaut moral dont a parlé le chef de l’Etat.
On raconte qu’arrivé à Rome, Polybe le Grec (3ème siècle av. J.C.) trouva “ une aristocratie forte et éclairée, une organisation puissante, une tradition qui n’est pas routinière, un sens pratique et moral, un esprit de discipline qui double la force naturelle des Romains ”
Gizenga, croyons-nous, à tout ce qu’il faut, la sagesse de son âge d’abord, l’autorité non seulement politique, mais aussi de patriarche ensuite et l’esprit de pionnier de l’indépendance enfin pour aider Kabila à réaliser le sursaut moral en RDC.
En effet, l’heure est venue de faire jouer tous les leviers ad hoc de l’Etat afin qu’il s’établisse sur les rives du fleuve Congo, comme à Rome, une République dirigée par les meilleurs. Une République organisée dont les dirigeants et les citoyens ont une tradition non routinière, un sens pratique et moral et un esprit de discipline qui forcent l’admiration des observateurs de nos mœurs politiques. Une République où la jeunesse rêve.
Pour tout dire, il faut, sans plus attendre, détruire l’actuelle République des copains, des combinards, etc. dont les assises reposent, dans tous ses compartiments, sur les pourcentages de commissions, sur l’irrespect et la désacralité de toutes les valeurs. Bien entendu, la résistance de ceux qui tondent, jour et nuit, la bête est inévitable. Il faut d’ailleurs qu’il en existe afin de donner au combat à mener contre l’infamie et les infâmes tout son éclat et toute l’exemplarité qu’il requiert. En effet, aujourd’hui dans ce pays, tout dirigeant ne jure que sur un Congo fort, grand, prospère et nous en oublions! Et pour que tout le monde l’entende, il le crie sur tous les toits. D’aucuns ont même fait des cinq chantiers leur sixième évangile.
Alors, si cette résistance ne se manifeste pas, comment saura-t-on identifier dans ce troupeau d’agneaux, la masse de loups qui, chaque jour, déciment les brebis ? Gizenga, qui veut peut, dit le sage. Montrez donc aux Congolais que, depuis 1960, vous n’avez jamais cessé de vouloir. Et qu’on ne veut jamais sans agir.
(Ern.)Xavier Mirindj Kiriza/L’Observateur
Last edited: 02/07/2008 17:32:36