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Cinq questions à Francois Kimasi Basaula

Kinshasa, 02/07/2008 / Politique
1. Quarante-huit ans déja depuis que le Congo est indépendant, que représente pour vous et pour l’ABAKO cette date ? A 48 ans, un homme ou une organisation est réputé être d’âge mur. Malheureusement, il n’en est pas le cas pour l’ABAKO. Et pour cause ? Alors qu’elle a été à la base de la date du 30 juin, l’ABAKO a été évincée depuis 1965 et interdite sur la scène politique congolaise. C’est vous dire qu’elle n’avait plus existé. Elle n’a revu le jour que timidement dans les années 1990.

L’histoire retient que l’ABAKO a été le meneur de la lutte pour l’indépendance. Et ce, depuis 1956, date à laquelle elle a pris position contre le projet belge du professeur Van Bilsen d’accorder l’indépendance au Congo vers les années 1980. L’ABAKO a démontré que, psychologiquement et historiquement, il fallait accorder absolument l’indépendance au Congo belge.

Joignant la parole aux actes, l’ABAKO a pris résolument la tête du combat de toutes les idées qui, à partir de 1956, voulaient cheminer vers l’indépendance. C’est elle qui a mené le combat. Elle a, par la suite, gagné les premières élections à Kinshasa en 1957 et elle a conforté sa position avec les événements du 4 janvier 1959.

Dans tous les cas, l’ABAKO a précipité la table ronde de Bruxelles qu’elle avait dirigée par la voix de Joseph Kasa-Vubu jusqu’à obtenir la date de l’indépendance. Et puis le même Kasa-Vubu est arrivé à la tête de l’Etat en 1960.

Le pays devait s’attendre à un développement fulgurant quand, malheureusement, la Haute finance internationale en aura décidé autrement. En le quittant, les Belges ont laissé le Congo dans un état tel que, quel que soit le pouvoir qui viendrait à la tête du pays, l’ex-colonie devrait avoir besoin d’eux comme conseiller, se faire payer plus et amener le pays vers des lourdeurs et des endettements. Depuis cette instabilité politique, le pays a connu ce qu’il a connu.

2. Mais depuis lors, le 30 juin n’a plus jamais été une date faste…

Le 30 juin devrait être un jour faste. Malheureusement, l’Histoire même du pays a été faussée. Mobutu qui évince Kasa-Vubu, le 24 novembre 1965, s’est mis à effacer tous les faits et combats historiques ; tout ce qui avait symbolisé le vœu et l’attente du peuple congolais.

Tout a été mis en place pour effacer une partie de l’histoire incarnée par l’ABAKO et faire passer dans l’opinion l’idée que l’histoire du pays ne commençait à s’écrire qu’à partir de l’arrivée de Mobutu au pouvoir.

C’est ce qui fait que le 30 juin était fêté de manière calfeutrée. On disait du 30 juin que c’était un jour de méditation, ramenant par conséquent tout au 24 novembre, date anniversaire de la prise du pouvoir par Mobutu.

Succédant à Mobutu, le président L.D. Kabila ramène le 30 juin comme fête nationale. Mais, curieusement, lui, aussi, s’interdit de prononcer même le seul mot d’ABAKO ou de Kasa-Vubu le jour du 30 juin. Tous les ingrédients étaient donc réunis pour faire de l’histoire du Congo une histoire calfeutrée.

Maintenant que l’Abako renaît, nous devons nous efforcer de retracer l’histoire, la vraie, pour qu’elle soit contée à nos enfants. Cela nous paraît fondamental surtout lorsqu’on sait, entre autres, que des historiens congolais, scientifiquement formés, s’emploient à travestir l’histoire en infiltrant dans les dates des noms qui n’étaient pas là ou en donnant l’auréole à telle personnalité qui ne le mérite pas.

Aujourd’hui, Kasa-Vubu et ses compagnons, pourtant reconnus comme martyrs de l’indépendance, sont jetés dans la poubelle de l’histoire. Entre-temps, des gens ou de simples fonctionnaires sont déclarés qui héros national, qui père de l’indépendance. Ce que l’ABAKO conteste. Nous voulons que l’histoire soit réécrite pour remettre l’ABAKO et Kasa-Vubu en selle.

3. Qu’avez-vous de particulier à dire à vos frères et sœurs bakongo à l’occasion du 30 juin ?

J’ai un message : que les Bakongo se reprennent en charge. Et pour qu’on puisse à nouveau nous prendre au sérieux, il faudra que l’ABAKO revienne à la page et qu’elle explique…

C’est pour cela qu’au sein de l’ABAKO, nous avons commencé à écrire l’histoire de la lutte pour l’indépendance pour que le peuple congolais puisse avoir les faits historiques tels qu’ils ont été vécus par les tout derniers des acteurs qui survivent encore et qui signeront ces pages-là.

Je fais appel à l’éveil des Bakongo. Nous sommes à un tournant difficile. On a cassé notre identité. Par peur, nous ne nous défendons plus. La province est dévastée. On est là sans loi. La police se comporte comme dans un pays conquis, cassant, violant et tuant. Elle fait tout ce qu’elle veut pendant que le pouvoir national est bel et bien au courant que la police nargue la population du Bas-Congo.

Les Bakongo doivent donc se prendre en charge. Au lieu de gémir ou d’insulter, ils doivent par contre se regrouper pour redevenir une force comme du temps de nos Bambuta, de l’ABAKO. Et ce, dans le dialogue et la non-violence. Reprenons le même slogan et le pouvoir nous écoutera. De grâce, ne continuons pas à rester éparpillés ou à servir d’autres forces politiques.

4. Sur les événements politiques ayant marqué la décolonisation du Congo belge, chaque historien a sa “ vérité ”. Quelle est votre “ vérité ” sur le rôle joué par l’ABAKO ?

Vous venez de le dire, chaque historien veut tirer la part de son côté, tout en galvaudant l’histoire. Mais l’histoire, c’est quoi ? C’est écrire la succession des événements tels qu’ils se sont passés. Ca c’est l’historien. De fois, il peut se permettre une certaine interprétation ou un certain commentaire, mais les faits historiques sont immuables. Quelqu’un peut être de telle ou telle tendance, mais les faits ne peuvent en aucun cas être travestis.

Or, ici au Congo, des historiens qui se disent grands, genre Ndaywel, se permettent de nous ramener par exemple Patrice Lumumba en 1959. Mais, c’est une fausseté. Théoriquement, c’est faux parce qu’en ce moment là, lui sait où était Lumumba. A Kinshasa, en 1959, il n’y a eu que l’ABAKO qui a souffert, qui a été dissoute. Il n’y a eu que des Bakongo puisque tous les autres avaient eu peur. Ils s’étaient rebiffés. Alors, il ne faut pas chercher à travestir l’histoire.

5. Mais comment corriger tout cela ? Croyez-vous qu’un jour l’histoire sera rétablie ?

L’ABAKO va lutter en réécrivant la vraie histoire. Elle va corriger toutes ces faussetés en écartant tous ces oiseaux de même plumage qui ne cherchent que l’auréole pour des causes qu’on ne connaît pas. Nous allons ainsi refaire l’histoire telle qu’il faut.

Je crois que si les enfants kongo se réunissent, ils sauront remettre les Kasa-Vubu, les autres abakistes et consorts sur le piédestal. Nous allons réclamer que tout le pays puisse reconnaître aux martyrs de l’indépendance quelque chose. Ne fut-ce qu’une reconnaissance morale. Les derniers qui vivent encore, ils sont trois ou quatre. Mais, ils vivent dans des conditions inacceptables, voire même gênantes. Et pourtant, ce sont des gens qui ont lutté pour l’indépendance. A la place, ce sont les autres qui en jouissent et on les fait passer pour des héros…

L’ABAKO va se battre pour rétablir ces gens dans leurs droits. Même à titre posthume. Elle va se battre pour que la vraie histoire soit contée à nos enfants. C’est l’engagement que nous prenons.

Je suis sûr qu’un jour – on dit que l’histoire parle d’elle-même – on reconnaîtra la vraie histoire qui est en train d’être travestie.

Propos recueillis par M.N./Le Potentiel

Last edited: 02/07/2008 14:18:08

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