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Mourir de faim en prison

Kinshasa, 27/06/2008 / Société
Ces derniers temps, le nombre de détenus à la prison de Mbuji-Mayi a augmenté. Les conditions de détention s’empirent et le nombre de décès augmente lui aussi, Les familles et la société civile, en proie à des difficultés économiques, n’arrivent plus à suppléer à la carence de l’Etat qui n’alloue pas les budgets prévus. Une odeur nau­séabonde, des corps dont la peau colle aux os, des mains, nombreuses, qui se tendent à travers les barreaux : c’est la prison de Mbuji-Mayi, capitale du Ka­saï-Oriental, où, pour le seul mois de février 2008, 17 dé­cès ont été enregistrés, 53 prisonniers sont morts en 2007, selon Mutombo Tshi­somoke, le directeur.

Construite à l’épo­que coloniale, en 1950, la prison à une capacité d’ac­cueil initiale de 100 à 150 personnes. Dans ses bâti­ments aujourd’hui vétustes et délabrés, elle détient plus de 350 prisonniers, dont une dizaine de femmes avec des bébés. Certaines cellules, prévues pour 25 détenus en abritent entre 50 et 60. Les prisonniers dor­ment à même le sol. « Les conditions de promiscuité dans lesquelles ils vivent favorisent la propagation de maladies telles que la tu­berculose, très fréquente », témoigne l’abbé Théodore Tshiyekela, aumônier ca­tholique, alors qu’aucun dispensaire n’existe. Pour soigner les malades. Pas une semaine ne passe sans un décès à déplorer, selon l’abbé.

Détenus en hausse, moyens inchangés

D’après Mutombo Tshisomoke, le nombre de détenus a augmenté ces derniers temps. Avec la crise économique que connaît la ville, la criminalité s’est accrue et de nombreuses personnes ont été arrêtés et emprisonnées. Selon l’ONG Fraternité interna­tionale des prisons (FIP), beaucoup de gens ont été arrêtés sans motif ou sont en détention préventive de­puis de longues périodes. Mais, malgré l’augmentation du nombre des détenus, les moyens de la prison restent inchangés. « Le manque de nourriture est à l’origine des nombreux décès l’Etat ne finances pas » déplore le directeur, ce que confirme Mathieu Ndjilu, secrétaire provincial de FIP.

Le budget de la prison pour l’année 2008 s’élève à 3 230 425 Francs congolais (prés de 5 900 dollars), selon un document du ministère de la Justice, mais ce montant n’a jamais été décaissé par le gouver­nement central. Le Chef de division provinciale de la Justice a effectué, un voya­ge au mois de janvier pour rencontrer le ministre et lui faire part de cette augmen­tation inquiétante du nom­bre de décès. Sans résultat pour l’instant. Les gardiens, censés être payés par l’Etat, obligent les familles venues apporter leur soutien aux prisonniers à leur laisser au passage entre 200 et 1000 fc (de 0,40 à près de 2$).

Société civile à la peine

Les proches des détenus, ainsi que les Egli­ses, les associations de la société civile et récemment les autorités provinciales tentent de suppléer à cette émission de l’Etat central. « J’élabore chaque année un calendrier de visites des pa­roisses catholiques en vue de nourrir les prisonniers », confirme l’abbé Théodore Tshuyekela. « Je suis en prison depuis 2005. La vie y est très difficile, souffle Djeni Mpasi Luamba. Nous vivons grâce aux Eglises. « En plus de la nourriture et de l’eau que nous ap­portons, mon ONG achète aussi des cercueils pour les prisonniers qui meurent » déclare John Olela, coordi­nateur de l’ONG Action permanente de solidarité aux prisonniers.

Lorsque la société civile affronte des difficultés financières, les prisonniers ne savent plus à quel saint se vouer. « Notre ONG a de sérieux problèmes de fi­nancement, avoue Mathieu Ndjibu. Beaucoup de nos membres ont quitté Mbuji­ Mayi, à la recherche d’une situation économique plus favorable. Le nombre im­portant de décès en ce dé­but d’année 2008 à pousser les autorités provinciales à réagir. « Elles nous aident avec un peu de nourriture, des savons, mais le nom­bre de prisonniers toujours croissant rend cette aide insuffisante », témoigne Djéni Mpasi. « Nous som­mes obligés de suppléer », ajoute l’abbé. Les familles, démunies, voient leurs pro­ches rester des années en prison. Et finissent parfois, elles aussi, par les délais­ser.

(Milor)

Le Phare

Last edited: 27/06/2008 13:07:22

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