A quand remonte la dernière couche de peinture sur les murs des installations d’accueil de l’aéroport international de Kananga ? En 2001, 2003 et 2006, de passage par ce coin, tout observateur l’aura constaté : la couche est restée la même.

Pire, de la partie centrale (bureaux) aux dépendances (restaurant, bar, toilettes etc.), tout était en état piteux. C’est à croire que ni les autorités provinciales, ni les directions générale et provinciale de la Rva ne voulaient prendre l’initiative d’une rénovation appropriée… Et voilà que le mardi 24 juin 2008, lorsque le 727 de Gomair atterrit sur la piste demeurée impeccable - Dieu merci – le miracle est là, visible, palpable : le bâtiment fait peau neuve, sur fond bleu et jaune, deux des trois couleurs nationales avec le rouge. Le génie civil des Fardc s’y attelle ; le cœur réellement à l’ouvrage. Comme pour dire que l’armée, ça ne sert pas qu’à guerroyer.
En fait, le miracle a une explication
Capitale manquée du pays, la ville autrefois appelée Luluabourg abrite, ce 30 juin 2008, les festivités marquant le 48ème anniversaire d’Indépendance. Ainsi en avait décidé Joseph Kabila Kabange après le 47ème célébré à Kisangani.
Cette fois, il s’agit d’un anniversaire hautement symbolique en ce qu’il survient en cette année du Centenaire du Congo colonie et souverain.
Mais, l’évènement dans l’évènement, c’est le lancement des 5 Chantiers dans la partie Centre du pays comprenant le Kasaï Occidental et le Kasaï Oriental, alias Grand Kasaï. Le Chef de l’Etat l’a fait à l’Ouest (Kinshasa, Bas-Congo, Bandundu et Equateur) avec l’avenue de Libération dans la capitale ainsi qu’à l’Est (Katanga, Maniema, Sud-Kivu, Nord-Kivu et Province Orientale) avec l’autoroute de Kasumbalesa et la route de Kavumu.
On ne peut pas dire qu’avec tout ce déploiement, il y ait improvisation dans dans le chef du Président de la République et du Gouvernement. Tout est bien, mais alors bien agencé.
Compte à rebours
A Kananga, l’événement prend un tout autre relief en ce que la ville a réceptionné, juste après Kinshasa, son lot de véhicules et équipements de construction. Si les Kinois se sont contentés du seul cortège motorisé avec Poids lourds des routiers, les Kanangais vont bénéficier d’une triple portion : l’arrivage par train, le cortège routier après montage des engins et, lundi prochain, la participation au défilé.
Avec ses 35 km de réseau urbain retenus dans la convention congolo-sinoise, Kananga entend recouvrer son lustre. Elle l’attend de Joseph Kabila qui a mis sur ce « chantier » ministres et membres de son propre cabinet dont certains, comme l’ingénieur Kimbembe Mazunga en charge des Infrastructures, s’y sont carrément installés.
Le compte est actuellement à rebours quand on voit toute la ville mobilisée pour renouveler ici la couche de peinture, là entreprendre des travaux dits points à temps quand ce n’est pas remettre à jour l’éclairage public, ici et là badigeonner les arbres pendant que la tribune pour le défilé – placée entre le Palais de la Justice et la Bcc – est en montage.
Come back de Joseph Kabila
Pour la géopolitique, il est bon de rappeler que le Grand Kasaï constitue l’axe central du pays. Il porte, en quelque sorte, l’Ouest et l’Est. L’Histoire devra toutefois retenir que le Kasaï Occidental est le « géniteur » du Kasaï Oriental. A ce titre, il aura donné naissance, dans le cadre de la Décentralisation, aux futures provinces du Kasaï Oriental, du Sankuru, du Lomami, du Kasaï et du Kasaï Central.
Œuvre « prophétique » : ce découpage épouse à près de 90 % celui préconisé en 1964 lors de la Conférence constitutionnelle de Luluabourg de laquelle est issu ce qui devrait être la 1ère Constitution réellement congolaise car rédigée par les Congolais et approuvée par référendum par les Congolais.
Mobutu y avait mis fin avec le coup d’Etat de 1965.
L’Histoire ne peut pas ne pas retenir le fait majeur suivant : à plus de 90 %, l’élite intellectuelle kasaïenne (lulua, luba, songye, tetela etc.) à avoir animé les 2 premières Républiques et la longue Transition a été formée dans les écoles du Kasaï Occidental. Même celle qui est en train de prendre la relève sous la 3ème République. Point n’est besoin de citer des noms.
Il se fait seulement que sous la IIème République essentiellement, cette élite s’était tellement entredéchirée que la province s’est finalement « confortablement » installée dans le cycle de Déchéance continu. Et, tout naturellement, dans la fronde politique.
La conséquence s’observe dans le contraste entre, d’un côté, le riche parc immobilier (hérité de la colonisation) et, de l’autre, une absence par trop criante de volonté d’entretien, surtout dans la partie « Gombe » avec son centre résidentiel, son centre administratif et son centre commercial.
Contraste saisissant : pendant qu’à l’Est (Kasaï Oriental), l’initiative privée bâtit en dépit de la même fronde politique (Mbuji-Mayi née début les années 60 dépasse largement Kananga en nombre d’hôtels de qualité), à l’Ouest (Kasaï Occidental), l’initiative privée est presque inactive.
Il lui aura fallu l’électrochoc du 48ème anniversaire appliqué par Joseph Kabila Kabange pour sortir de la somnolence.
Survenant à l’occasion du Centenaire de l’ex-Etat Indépendant du Congo, cet électrochoc envoie ses pulsions sur les 10 autres provinces qui s’apprêtent à fêter le 30 juin avec le lancement effectif des 5 Chantiers.
Résultat : c’est un Joseph Kabila triomphant qui fait son come back à Kananga, précédé de l’élite intellectuelle kasaïenne ayant compris qu’elle a tout à gagner dans le rapprochement avec le 1er chef d’Etat congolais élu au suffrage universel direct et secret. Celui-là même qui, après tout, porte dans ses veines le sang kasaïen au travers de ses grands-parents.
Omer Nsongo die Lema/MMC
Last edited: 27/06/2008 14:01:41