Pour couper court à cette intoxication et manipulation subtiles qui risquent de nous conduire à des situations incontrôlables comme par le passé, les autorités devraient s’employer à expliquer clairement l’évolution de la procédure de Bruxelles, à commencer par le gouverneur de la ville, le sénateur Jean-Pierre Bemba étant son administré en tant que habitant de Kinshasa.
Cela fait des jours qu’une joie débordante doublée de frénésies sans bornes a saisi les nombreux militants du Mlc à Kinshasa, la capitale de la RDC, festoyant la libération effective de leur leader, J.P Bemba, incarcéré dans une geôle de la Prison St Gilles de Bruxelles, sur un mandat d’arrêt délivré par la CPI.
L’information à la base de cet état des choses n’est pourtant pas un canular. Mais elle provient bel et bien des instances dirigeantes du parti cher à Jean-Pierre.
Bemba faisant une interprétation démesurément erronée de la décision rendue par la Cour de cassation de Bruxelles le mardi 17 mars 2008, laquelle rendait caduc l’Arrêt de la Cour d’appel ayant déclaré irrecevable la demande de mise en liberté provisoire introduite par Jean-Pierre Bemba Gombo.
Pour des raisons faciles à deviner et que nous allons développer plus loin, le Mlc, sitôt cette décision rendue publique par la Cour de cassation de Bruxelles, a crié victoire et annoncé ipso facto la libération immédiate de son leader injustement détenu par les Belges. Ce qui justifie à la fois le délire ainsi que la veillée d’armes observée par sa base devant leur siège du centre de Kinshasa, à Kasa-Vubu, en face du Stade des Martyrs.
Procédure longue et fastidieuse
Pourtant le Mlc, dont la crème intellectuelle est indiscutablement de haute facture et qui dispose de juristes éprouvés, sait pertinemment bien que son Président national Jean-Pierre Bemba Gombo, mis en détention à Bruxelles sur base d’un mandat d’arrêt de la CPI, ne peut être libéré en un tournemain, c’est-à-dire en l’espace d’une rose, la procédure y afférente étant longue et surtout fastidieuse.
A ce sujet, le parti du Chairman n’ignore pas que la Belgique n’étant qu’un pays d’extradition, elle ne mettra jamais Jean-Pierre Bemba en liberté totale. Et que, même en cas d’une liberté provisoire afin de lui permettre de se présenter en prévenu libre à La Haye, il y serait aussitôt arrivé mis en détention, l’ordonnance de mise en liberté provisoire d’une juridiction belge n’ayant aucun pouvoir d’éteindre les poursuites pénales déjà enclenchées contre sa personne par le mandat d’arrêt définitif de la CPI.
Par ailleurs, pour ce qui est de l’Arrêt de la Cour de cassation de Bruxelles déclarant recevable la demande de mise en liberté provisoire introduite par Jean-Pierre Bemba Gombo, il ne remet pas automatiquement le Chairman du Mlc en liberté comme on l’a laissé croire à Kinshasa. Mais comme chaque intellectuel le sait, la recevabilité signifie que la requête de demande de mise en liberté provisoire introduite par Jean-Pierre Bemba et renvoyée par la Cour d’appel s’était conformée à la forme prescrite et doit être réexaminée.
Même en supposant que le requérant ait gain de cause au bout de cette nouvelle procédure sur la détention et non sur le fond de l’affaire qu’aucune juridiction belge ne peut aborder, il serait toujours transféré à La Haye en prévenu libre, mais pour y être incarcéré immédiatement, car il n’y a que la CPI émettrice du mandat qui peut connaître le fond de l’affaire. Comme on le voit, Bemba Gombo ne pourrait revenir à Kinshasa qu’après que la CPI aura examiné l’affaire dans le fond et non au cours de la procédure de détention sur laquelle ses avocats perdent inutilement du temps en se lançant dans d’interminables appels qui donnent de faux espoirs à ses partisans.
Le chairman du Mlc ira à la Haye
Dans l’entre temps, plus précisément le 10 juin 2008, la CPI a introduit deux autres requêtes aux autorités belges portant sur des faits encore plus graves et assorties celles-là à la différence de la première, d’un mandat d’arrêt définitif et d’une demande d’extradition à la Haye du Président national du Mlc, le Sénateur Jean-Pierre Bemba Gombo. On peut dire ici que la boucle de la procédure belge de cette affaire est irréversiblement bouclée et que Bemba Gombo ira effectivement présenter ses moyens de défense à La Haye, car jusqu’à preuve du contraire, il continue à bénéficier de la présomption d’innocence, il n’est que présumé coupable.
Pourquoi alors les dirigeants de son parti le Mlc, qui suivent minutieusement l’évolution de toute cette procédure et qui se sont déjà rendus à l’évidence que les carottes sont bien cuites pour la partie belge de l’affaire, continuent-ils à construire des châteaux en Espagne à leurs militants en leur faisant miroiter chaque jour l’imminence de la libération de leur leader ainsi que son retour triomphal à Kinshasa ?
Cette attitude n’est pas innocente, loin s’en faut, le Mlc jouant sur l’incontestable popularité de Jean-Pierre Bemba à Kinshasa. La stratégie consiste vraisemblablement à faire briller dans l’esprit d’une population fort peu au fait des arcanes judiciaires et donc et incapable d’interpréter les faits, la flamme d’une libération déjà acquise de Jean-Pierre Bemba Gombo en Belgique. Pour qu’au jour du transfert devenu inévitable de leur leader à La Haye, que cette flamme explose dans la tête de ses partisans, et qu’enfin ces derniers s’en prennent comme de coutume à Joseph Kabila qui serait présenté comme l’homme ayant précipité au transfert de Bemba à La Haye.
Pas de tabou côté institutions publiques
Pour couper court à cette intoxication subtile qui risque de nous conduire à des situations incontrôlables comme par le passé, les Autorités devraient s’employer à expliquer clairement l’évolution de la procédure de Bruxelles, a commencer par le gouverneur de la ville, le Sénateur Jean-Pierre Bemba étant son administré en tant qu’habitant de Kinshasa. En plus, au niveau des institutions de la République, ce dossier ne doit pas relever du tabou, ce qui profiterait justement à ceux qui tiennent à manipuler la population en l’absence des explications officielles par exemple du ministre de la Justice ou du Bureau du Sénat. Car l’opinion a encore en mémoire les péripéties malheureuses qui avaient dramatiquement entouré la publication des résultats du deuxième tour de la présidentielle de 2006 où de folles rumeurs annonçaient fréquemment de fausses victoires de Jean-Pierre Bemba sur Joseph Kabila. On sait ce que la population a enduré par la suite.
(Milor)
Kandolo Mulumba/Forum des As
Last edited: 26/06/2008 16:04:26