Ambiance de plus en plus délétère au sein du Parti Lumumbistre Unifié de l’emblématique Antoine Gizenga Fundji.

Il y a une semaine, après avoir réuni ses plus proches collaborateurs ainsi que les membres du Comité Exécutif National, le leader du Palu recommandait de rapporter les décisions d’exclusion de Godefroid Mayobo, l’un de ses plus proches lieutenants, à la fois du parti et du gouvernement, où il preste en qualité de ministre près le Premier ministre.
Des décisions qui avaient naturellement pour principal don de provoquer un véritable séisme au sein du parti nationaliste et susciter un début d’émeute, que seule la légendaire sagesse du leader historique avait pu permettre de maintenir dans des limites tolérables d’un débat interne à toute organisation démocratique. Il fallait, notamment, éviter que le spectacle conduise certains observateurs à confirmer leurs analyses sur un hypothétique affrontement tribal.
Rébellion ?
Dans la foulée, Antoine Gizenga insistait sur le respect de la procédure. Godefroid Mayobo n’avait en effet pas été entendu contradictoirement par l’instance qui l’a condamné, afin de présenter ses moyens de défense. Résultat: le week-end dernier, la Commission de discipline se saisissait à son tour du dossier et auditionnait le ministre incriminé. Selon des informations parvenues au Phare, Godefroid Mayobo y a fourni ses moyens de défense, appelant particulièrement ses accusateurs à apporter les preuves des infractions qui lui sont reprochées.
Là aussi, on a frôlé l’émeute. Les foules mobilisées pour la mise à mort semblaient en effet prêtes à « manger » la presse et à bousculer certains cadres. Conséquence, ce n’est pas l’accalmie tant attendue qui a prévalu. Bien au contraire, c’est la confusion la plus totale qui s’est dégagée d’une procédure tirée par les cheveux. Ainsi, à l’issue d’une réunion marathon qui a regroupé, mercredi, le Comité exécutif national et la Commission de discipline, les mesures prises contre le ministre Godefroid Mayobo ont été confirmées, selon des sources dignes de foi proches du Palu.
Là aussi, ce sont des militants surchauffés et intéressés pour le besoin de la cause qui ont pris d’assaut le périmètre immédiat du lieu de la réunion, arborant des calicots pour le moins hostiles à Godefroid Mayobo et très proches de l’insulte « A dieu Mayobo » ou encore « Non à Mayobo l’indiscipliné », pouvait-on lire sur certains calicots à la limite de l’appel au lynchage. Un signe, pour les observateurs, que la mise à mort avait bel et bien été décidée dans certains cercles. Et que le folklore des réunions se succédant aux réunions ne servait que donner une forme plus ou moins civilisée à une authentique liquidation d’un homme politique qui gène certains intérêts. La foule mobilisée et surchauffée ne réclamait plus alors qu’une seule chose: descendre chez le Premier Ministre et exiger illico presto l’application des mesures prises contre Mayobo.

Difficile donc, dans un contexte si proche de l’hystérie collective et au regard des irrégularités qui caractérisent la conduite du dossier, de savoir ce qui va désormais se passer Pour le moins, c’est bien le Palu qui sort fragilisé de l’épreuve, avec en plus le risque de voir son leadership remis en cause au sein de la majorité gouvernementale. Tout le monde admet, en effet, que ce n’est pas un hasard si Godefroid Mayobo a été nommé par Antoine Gizenga à la place qu’il occupe au sein du gouvernement et du cabinet du Premier Ministre. Il constitue à l’évidence un élément clé dans le dispositif mis en place par Antoine Gizenga pour jouer un rôle précis dans le fonctionnement de l’institution gouvernementale. Une fonction qui exigence non seulement compétence, mais aussi et surtout discrétion et confiance.
Dos au mur
Ce n’est un secret pour personne que c’est Mayobo qui est au centre des contacts avec les autres éléments de la coalition majoritaire, tout comme il est le principal interlocuteur du cabinet du Président de la République dans les grands dossiers d’Etat, impliquant des rapports multiples et délicats tout comme la parfaite connaissance des réseaux et rouages du pouvoir d’Etat. Poste stratégique, le ministre près le Premier Ministre, comme son collègue de la Présidence, n’est sans doute pas un poste que l’on change au gré de certaines humeurs, au risque de compromettre dangereusement certains équilibres et certains dossiers où recommencer équivaudrait à tout remettre en cause.
Surtout qu’au regard de la densité et de la complexité des relations de confiance difficilement tissées à ce niveau, rien n’indique que le Chef de l’Etat serait disposé à relancer la même formule en cas de vacance au poste de Godefroid Mayobo. C’est dire, observent certains commentateurs, que non seulement la crise actuelle fragiliserait le Palu qui se verrait soudainement traversé par plusieurs lignes de fracture, mais aussi et surtout que contrairement à ce que d’aucuns pourraient croire, la succession serait automatique. Voilà pourquoi et comment Antoine Gizenga se trouve en ce moment précis face à une équation difficile et, littéralement, dos au mur.
(Ern.)
Kenge Mukengeshay/Le Phare
Last edited: 26/06/2008 15:40:36