Séjournant ŕ Lubumbashi, le Pr. Likulia Bolongo, qui était en visite d'inspection des entreprises publiques du Katanga, du 5 au 12 décembre 2000, a décidé, au terme de ladite visite de travail, de traduire en justice certains mandataires des entreprises publiques. Cette décision est tombée aprčs les visites de la Gécamines/Lubumbashi, la Sodimico, la SNCC, Kisenge Mangančse, la STL, Gécamines Kipushi, Gécamines/Likasi, Luswihi et l'usine de la Gécamines Kipushi.
Mais ŕ Lubumbashi et au terme de sa visite d'inspection ŕ travers les entreprises publiques, il crée une surprise par l'affirmation: «Je suis sur le point de traduire en justice plusieurs mandataires des entreprises publiques.» Cette décision qui n'est plus une simple menace concerne toutes les entreprises publiques de la République démocratique du Congo.
Car les entreprises publiques du Katanga lui ont permis d'avoir une idée claire, en bien ou en mal sans doute, de la gestion réelle des entreprises du Portefeuille. Pour le Général Likulia, les entreprises publiques de la République démocratique du Congo sont considérées par leurs mandataires comme des biens abandonnés. Le ministre du Portefeuille enchaîne «J'ai découvert par exemple au terme d'une enquęte en Europe que les entreprises belges oů la République démocratique du Congo a des participations nous doivent entre 2 et 3 milliards de francs belges. Mais plusieurs années aprčs, Kinshasa ne demande jamais des comptes ŕ ses partenaires.»
Ce n'est pas tout, dit-il, car ŕ elle seule Sabena doit ŕ la République démocratique du Congo une bagatelle somme de 1,5 milliards de Francs belges depuis l'indépendance. «Et personne n'a révendiqué le versement de cet argent au tresor public. Je ne peux rester insensible, je dois sanctionner», déclare le patron du Portefeuille de l'Etat qui affirme qu'il vient d'entamer une procédure de négociation avec différentes firmes qui doivent ŕ l'Etat congolais des créances incontestables. Le ministre se dit ętre en possession de tous les documents et souligne qu'il fera le męme travail auprčs des sociétés d'économie mixte. Le constat est amer lorsque le ministre du portefeuille conclut qu'il y a manque de conscience citoyenne dans le chef des mandataires des Entreprises publiques. Ceci a comme preuve : « Le fait que les entreprises étrangčres partenaires de l'Etat congolais devaient ŕ tout moment chercher ŕ qui remettre les dividendes de nos participations. Celui qui avait l'information se faisait servir. » Le ministre Likulia révčle que męme aprčs avoir été relevés de leurs fonctions, certains mandataires continuent ŕ engager leurs entreprises ŕ l'étranger, d'autres sont encore en fonction de nos jours. Le ministre déclare pour cela qu'il a demandé et obtenu du Président de la République de surseoir ŕ la nomination des gestionnaires publics. Il pense aussi que les managers du secteur public ne sont pas du tout des fonctionnaires que l'Etat doit continuer ŕ prendre en charge.
Pour les mandataires encore en poste qui se trouvent dans la série noire des malversations financičres ŕ l'étranger, ils sont obligés de signer un contrat de performances avec l'Etat - propriétaire. Le tableau n'est pas partout totalement sombre, Likulia Bolongo se dit bien séduit par les jeunes ingénieurs de la Gécamines pour les efforts qu'ils ne cessent de déployer en vue de faire vivre la Gécamines.
Car, cette entreprise ex-Union miničre du Haut-Katanga, qui apportait jadis prčs de 67% des ressources financičres en devises se retrouve aujourd'hui dans un état ... la SNCC qui est sans financement exterieur en ce temps de guerre ne doit sa survie qu'ŕ ses managers pleins d'imagination créatrice. Sans doute, le Général Likulia est pręt ŕ rendre public l'état de lieux dans une dizaine de jours aprčs son retour ŕ Kinshasa.
Le ministre Likulia a été informé des difficultés qui empęchent ŕ la SNCC l'accomplissement total de son objet social. Il s'agit de la guerre d'agression qui sévit notre pays depuis le 2 aoűt 1998 et qui paralyse une grande partie de la SNCC dans les régions Est et Nord-Est du réseau, l'interdiction, du fait de la guerre, de circuler la nuit sur certains tronçons, la mise ŕ disposition des Fac et Alliés de locomotives et wagons en nombre important pour le besoin de la guerre: la réquisition des engins pour des raisons précitées, la vétusté des infrastructures, les difficultés dans l'approvisionnement en produits stratégiques tels que le carburant, les huiles, les sabots, les loyaux et les flexibles et l'insuffisance des wagons commerciaux.
Aux difficultés d'ordre technique s'ajoutent celles liées au vieillissement du personnel et ŕ l'insuffisance des effectifs pour une exploitation rationnelle. Tout cela amčne la SNCC ŕ recourir ŕ la location des locomotives et wagons auprčs des pays voisins comme la République sud-africaine et la Tanzanie, entraînant ainsi la SNCC dans un endettement qui amenuise les conditions de la survie. Ces difficultés n'empęchent pas la SNCC d'assurer la maintenance de l'outil de production pour donner tant soit peu une réponse ŕ l'offre de transport dans son réseau.
Les dirigeants de la SNCC ont déploré la consommation, ŕ la source par l'Etat, de peu de devises qu'elle génčre. Ils sollicitent l'appui du ministčre pour leur permettre d'entreprendre quelques actions de réhabilitation. Surtout que l'entreprise ne reçoit pas un seul appui du gouvernement et ne bénéficie d'aucune assistance financičre extérieure. Le ministre Likulia a saisi cette opportunité pour visiter tour ŕ tour l'atelier de maintenance des locomotives et wagons, l'unité de reconditionnement du matériel de la voie oů s'effectuent les travaux de redressage des rails, sondages et sciage des rails. Les dirigeants de la SNCC ont informé le ministre des contentieux qu'ils ont avec les services de titres fonciers au sujet des constructions anachiques dans les concessions de la SNCC. D'autres inciviques vont jusqu'ŕ enlever le rail.
Ce ŕ quoi le ministre a répondu qu'il va saisir son collčgue de l'Environnement pour permettre ŕ l'entreprise de recouvrer ses droits. A la SNCC comme ŕ la Gécamines, le ministre a suscité l'intéręt des agents et cadres pour des actions de partenariat afin de mieux relancer la SNCC. Car, il pense bien que tout projet de partenariat entrepris aura un effet d'entraînement sur l'ensemble des activités de l'entreprise. Le ministre promet avec fermeté qu'il soutiendra toute initiative de partenariat public - privé, mise en place au sein du ministčre.
Quant ŕ ce qui concerne Kisenge Mangančse, l'entretien que ses dirigeants a eu avec le ministre partait sur les efforts de réhabilitation et de relance de la production grâce au financement du gouvernement et du FPI. Actuellement, outre la vente ŕ l'export, via Dar-es-Salam, du concentré de mangančse grâce ŕ un contrat de 15.000 tonnes signé avec Glencore, l'entreprise Kisenge Mangančse envisage un partenariat avec la Gécamines pour une production évaluée ŕ 56 tonnes de Bioxydes de mangančse électrolyxique les trois premiers mois pour le reste de la période. Kisenge Mangančse se propose de réhabiliter ŕ moyen terme l'ancienne fabrique des piles ŕ mettre sur le marché, pour une production de 180.000 piles par mois.
Un autre projet de partenariat se fera avec Cluff Mining programme visant une production ŕ échelle industrielle de l'or et permette la diversification des activités. Mais, faute de décret présidentiel devant sanctionner la création de la structure mixte pour la gestion du projet, ce partenariat est dans une phase d'attentisme malheureusement. D'oů le soutien du ministre de Portefeuille s'avčre nécessaire afin de permettre ŕ l'Entreprise Kisenge Mangančse de retrouver sa place dans l'économie de la République démocratique du Congo et sur le marché international. Le ministre Likulia Bolongo a promis son appui et un suivi au niveau du gouvernement.
Pour rappel, le Général Likulia Bolongo, ministre du Portefeuille, est un ancien Premier ministre et patron des services secrets sous la deuxičme République. C'est l'homme qui a donné un visage humain, aux services de sécurité des années 1990, grâce ŕ son étonnante discrétion et son calme olympien.