Selon un commissionnaire oeuvrant à l’agence Immo Kimbangu, à Kinshasa, « il est avéré que 70% de différends enregistrés dans les cours et tribunaux sont d’ordre foncier, avec un plus grand nombre de conflits de bail dont plusieurs déguerpissements forcés ».
Les locataires ne mènent pas toujours une vie aisée. A Kinshasa comme en provinces, les prix du loyer prennent l’ascenseur du jour au lendemain. A Ngiri-Ngiri, l’une des 24 communes de la capitale, la location d’une maison d’une chambre et salon est passée de 30 à 50 dollars américains.
A. Kalamu, une commune voisine, une maison de deux chambres, salon, cuisine et salle de bain, coûte désormais 200 USD, alors qu’il y a deux ans, elle se négociait à 80, voire 100 USD.
Garantie locative exagérée
Parallèlement au prix du loyer, la garantie locative est exagérée. Au lieu de trois mois comme l’exige la loi, elle oscille entre 10 et 12 mois pour une maison de 3 chambres, salon, cuisine et salle de bain dont le coût varie généralement entre 300 et 400 dollars. Pour la plupart de Kinois interrogés, la carence en maisons est à la base de cette surenchère. Pourtant, les conditions ne sont pas toujours viables.
Gauthier Mayala, locataire dans la commune de Ngiri-Ngiri, décrit son calvaire: « J’ai paye une garantie de dix mois que m’a exigée mon bailleur. Nous sommes nombreux dans la parcelle, mais nous n’avons même pas un robinet. Nous sommes obligés d’aller puiser de l’eau ailleurs. Pire, nous n’avons qu’une seule installation sanitaire. Cette situation est un cas parmi des centaines de milliers dans la ville de Kinshasa.
Le parcours du combattant
Trouver une maison à louer dans la capitale n’est pas une mince affaire. Si les expatriés et les personnes qui ont un emploi rémunérateur sont souvent les bienvenus, il n’en est pas le cas pour bon nombre de candidats locataires pour qui cette démarche ressemble à un parcours du combattant.
En fait, plusieurs bailleurs brandissent une avalanche de conditions à leurs clients potentiels. Redoutant le surnombre, ils n’acceptent de loger que des couples mariés qui ont au plus un enfant. D’autres cherchent même à connaître les origines ethniques de leurs futurs locataires avant de leur accorder le logement. Résignés, ces derniers se plient aux caprices des bailleurs.
Kabongo est locataire sur la 1ère rue Limete-Dilandos. Il rapporte que, pour avoir sa maison d’une chambre et salon, mesurant à peine 3,5 m2, il a dû débourser 700 USD comme garantie locative la raison de 60 USD par mois et une commission obligatoire de 20 USD, versée aux commissionnaires pour entrer en contact avec le bailleur.
« En juriste averti, je suis conscient que tout cela est illégal, mais le problème est qu’on n’y peut rien, car l’Etat n’offre aucune alternative. C’est pourquoi les privés montent les enchères, regrette-t-il, impuissant. Pour permettre à leurs proches d’acquérir un layer sans trop de difficultés, certains locataires ont développé des subterfuges pour les sous loger momentanément avant de leur céder le lieu.
Journaliste, Tshienda Njila Mule, 31 ans, avoue avoir trouvé un logis en recourant à cette pratique. Il a dû tout simplement restituer un ancien locataire sa garantie locative de 280 USd, sans conclure un quelconque contrat de bail.
Vilipendés, les propriétaires des parcelles ne manquent pas d’arguments pour justifier leur comportement. « Construire une maison est très coûteux. Il faut donc récupérer l’argent dépensé. Moi » par exemple, je n’ai pas d’emploi et mes enfants ne vivent que grâce à cette maison », se défend Mme Elysa Nkenge, propriétaire d’une par cette dans la commune de Kasa-Vubu. Ayant investi dans l’immobilier, la plupart de bailleurs n’ont que leurs maisons comme gagne-pain.
Des commissionnaires malhonnêtes
Agent immobilier, Kungu André, dit « vieux Juif », 64 ans, exerce cette profession depuis 25 ans. Il reconnaît qu’actuellement, les bailleurs font la surenchère pour survivre. Ainsi, pour avoir une maison de 50 USD dans la commune de Lemba, il faut prévoir une garantie locative de 1.050 USD (l’équivalent de 21 mois) et 1.500 USD (environ 18 mois) pour celle qui revient à 80 USD par mois.
A Lemba, les commissionnaires sont organisés dans une association pour défendre leurs intérêts et faire fonctionner leur réseau d’information. « Concrètement, chaque fois qu’il y a un avis de vente ou de location d’une maison, tous ceux qui sont impliqués dans l’opération ont droit au partage de la commission qui est fixée à 10%, au moment de la conclusion du dossier », renseigne Kungu André.
« Notre profession, explique-t-il, est menacée par les propriétaires qui s’érigent de plus en plus en commissionnaires et imposent parfois que leurs fils figurent dans le partage du pourcentage. C’est pour cette raison que notre corporation est actuellement infectée par de nombreux escrocs. Rien que cette année, la police a mis sous le verrou sept personnes pour tentative d’escroquerie ».
(Milor)
Suzy mankenda et tshieke bukasa/ le citoyen
Last edited: 18/06/2008 10:26:50