Le professeur émérite Louis Baeck place les problèmes, belgo - congolais dans une perspective géo- politique. Pour lui, “ De Gucht est le porteur d’eau de Washington ”.

Louis Baeck (80 ans) est docteur en économie et a travaillé entre 1954 et 1961 au Congo, au Rwanda et au Burundi, il a vécu la transition vers l’indépendance et a travaillé dans les cabinets des démocrates chrétiens Pierre Harmel et Paul Vanden Boeynants. Il a rencontré Henry Kissinger et le pape et jusqu’à aujourd’hui continue de faire des analyses pointues des marches financiers et des relations géopolitiques.
Sur la globalisation il a notamment dit : “ La globalisation n’est rien d’autre que l’occidentalisation, le fait d’imposer la démocratie parlementaire à l’occidentale et le marché libre au reste du monde. Mais les chinois n’y participent pas et en Afrique centrale, cela n’a jamais fonctionné non plus. Mais en Occident on n’a pas encore compris cela.
C’est cet imminent professeur qui a accordé au journal De Tjd, une importante interview sur ce qu’on est en droit d’appeler l’“ affaire Belgique Rdc ” à la suite des déclarations de Karel De Gucht. De Tjd est un journal flamand destiné aux hommes d’affaires à comparer avec l’Echo de la bourse. Cette interview était publiée le 5 juin 2008 en flamand. Ci-dessous la traduction d’importants extraits de cette interview.
“ De Gucht est le porteur d’eau de Washington ”
“ Vous pouvez en être sur que les Américains se frottent les mains quand le ministre des Affaires étrangères belge va jouer le moraliste au Congo ” dit Louis Baeck. Selon l’ancien professeur d’économie, les Américains essaient d’une façon discrète de sécuriser les intérêts commerciaux au Congo. Ils aiment voir Karel De Gucht donner des leçons contre la corruption et la connexion chinoise au Congo. “ Et De Gucht n’est pas à calmer ”.
Louis Baeck : “ Les Chinois ont une meilleure approche des Congolais que nous. Ils ne mettent pas de l’argent sur table, mais ils font du troc. Cela donne moins la possibilité à la corruption. ”
Est-ce que Karel De Gucht n’a pas raison de demander au Président Joseph Kabila une bonne gestion du pays en échange des 175 millions d’euros que nous donnons au Congo annuellement ?
Louis Baeck : “ De Gucht ne comprends pas le contexte. Les cinq années dernières les prix sur le marché mondial comme le cuivre, cobalt ou en bref toutes les matières premières qui se trouvent au Congo, se sont triplés voir multipliés par cinq. En comparaison avec cela, ces 175 millions d’euros ne signifient rien. En plus, l’intervention du triumvirat De Karel Gucht, Pieter De Crem et Charles Michel venait à un mauvais moment malheureux. La veille au soir, Kabila venait encore de recevoir une délégation de représentants de sociétés Américaines, Britanniques et Sud-Africaines. Celles-ci ont d’autres soucis. Car au Congo il existe une commission qui est en train de revoir des contrats qui sont très déséquilibrés. Des sociétés occidentales - y compris les belges - ont acheté des mines congolaises pour 10 millions de dollars et ont tiré dans les cinq années suivantes pour des centaines de millions de dollars de cuivre et d’autres minerais. C’était un vrai pillage par les sociétés occidentales. Et alors De Gucht - dont le poulain Pierre Chevalier acquiert le poste au conseil de sécurité - vient là donner des leçons. C’est inimaginable !
Entre temps les Etats -Unis se frottent les mains ?
Baeck: Oui, les Américains se taisent et laissent faire le boulot par De Gucht, pendant qu’eux continuent à travailler en toute discrétion pour sécuriser leurs intérêts commerciaux. De plus, selon la presse congolaise, 60% des 175 millions d’euros d’appui belge sont dédiés aux jeunes coopérants belges qui, avec toutes les bonnes intentions du monde, vont expliquer aux Congolais ce qu’ils doivent faire, sans comprendre quelque chose de leur culture. Les Congolais nient avec eux. Cela est la réalité.
L’approche belge est en contradiction totale avec la stratégie chinoise au Congolais
Baeck : “ Les Chinois savent aussi que les contrats avec les Occidentaux sont en train d’être revisités. Et que font-ils? Ils vont vers Kabila, pas avec 175 millions d’euros, mais avec 9 milliards de dollars. Et les Chinois s’y prennent beaucoup mieux que nous. Ils ne mettent pas des sous sur table, mais ils font du troc direct à l’image de l’économie de plan de Mao Zedong : l’échange de produits pour des produits ou des services pour des services.
En échange de l’exploitation des matières premières congolaises la Chine va investir 6 milliards de dollars pour construire 3000 km de nouvelles routes, 130 centres médicaux, 5 hôpitaux et 2 Université. Par ce système la corruption a moins de possibilité. Car il y a moins d’argent qui peut rester dans les poches de certains Congolais comme c’est toujours le cas quand des étrangers investissent de l’argent au Congo.
En plus, les Chinois prêchent la non-intervention, dans les affaires intérieures congolaises, contrairement aux gouvernements occidentaux, le Fonds Monétaire Internationale et la Banque Mondiale. Pour Kabila, c’est un cadeau du ciel. Et alors De Gucht va se comporter comme le plus grand chevalier du Washington-consensus (ndln : c’est la politique néo-libérale qui est imposée par les institutions financières internationales et le gouvernement américain).
(Ern.)
L’Avenir
Last edited: 17/06/2008 14:26:56