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Bonjour | 13/10/2008 8:39 | English Make DC Home page | RSS feed

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Pertinentes remarques du Prof. Belge Bernard Remiche sur la crise actuelle entre la RDC et la Belgique dans laquelle il pointe comme cause de notoires maladresses diplomatiques et une perception pessimiste de la coopération avec le Congodans les milieux flamands de la Belgique Un professeur belge, avocat de son état, donne sa lecture de la crise belgo-congolaise. Il fustige la diplomatie de la place publique dont a fait usage le ministre belge des Affaires étran­gères, Karel De Gucht. Il note la “ nuisance ” de certains mi­lieux flamands à l’endroit de la RDC. A tout prendre, il suggère d’oublier ce qui divise pour voir plutôt ce qui rapproche. Aux institutions de Bretton Woods, il conseille la modestie en ad­mettant qu’il n’y a pas une solution unique au développement. Quant aux contrats chinois, il s’inscrit en faux contre leurs conclusions, une des parties, en l’occurrence la Chine, empoche son intérêt au détriment de l’autre, la RDC. Ci-dessous, in­terview qu’il a accordée au quotidien le Potentiel...

Professeur, vous vivez en Belgique et vous venez de séjourner à Kinshasa où vous venez souvent. Quelle lec­ture faites-vous de cette crise qui a éclaté entre la Républi­que démocratique du Congo et la Belgique ?

Je crois que la RDC se trouve dans un processus long et diffi­cile de reconstruction. On ne peut pas dire que la gestion est par­faite. C’est clair. Mais recons­truire un mode de gestion de nouvelles politiques, de nouvelles pratiques de gestion prend du temps. La Belgique n’a pas de leçons à donner à la RDC. En tant que pays ami, elle peut bien sûr, apporter son soutien, son aide, prodiguer des conseils. Si on veut critiquer ce genre de choses, on le fait discrètement. On parle entre amis, mais on n’amène pas le débat sur la place publique. Donc, je pense que les propos tenus par notre ministre sont inadéquats. Et je le regrette. Je disais sous forme de boutade l’autre jour à Bruxelles : “ Que dirait-on du côté belge, si le ministre des Affaires étrangères du Congo venait en Belgi­que et, avant d’être reçu par le roi, déclarait qu’il s’étonnait de ce que la Belgique ne nomme pas trois bourgmestres de la périphérie bruxelloise, alors qu’ils ont été élus largement au suffrage universel ... ”

Il y a, je crois, une tradition des bonnes relations entre les peu­ples belge et congolais. Je sou­haite que cette tradition se per­pétue.

Que peut-on en retenir ?

C’est une crise inutile qu’il faut remettre à un niveau, en partie, épidermique. Même si dans les propos du ministre belge, il y a l’expression d’un coin non négli­geable en Flandres qui n’a jamais fort apprécié l’importance que prend la RDC dans la coopéra­tion de la Belgique avec les pays en développement. Certains mi­lieux flamands préféreraient voir l’argent de la coopération belge aller vers les pays anglophones, par exemple.

 
Ne trouvez-vous pas qu’avec cette crise, il faudrait redéfinir les relations entre les deux pays ?

Je pense que ce n’est pas pro­pre aux relations belgo-congolai­ses. C’est vrai encore que dans un certain nombre de pays, dans les rapports colonisateurs-coloni­sés, on ne soit pas parvenu, de part et d’autre, à trouver un nou­veau mode de vie commune. L’époque coloniale a eu ses élé­ments positifs et négatifs. Nous devons avoir des relations adul­tes et respectueuses, dans les deux sens, de l’identité de l’autre, qui est aussi sa différence. Les Congolais ne sont pas des Bel­ges et les Belges ne sont pas des Congolais. Nous devons avoir des relations dans le respect mutuel des traditions, de culture, de mode de vie. Cela ne veut pas dire qu’on doit être d’accord sur tout. Je pense que nous pouvons critiquer, entre amis, certaines choses qui se passent au Congo.

Comme les Congolais peuvent faire autant à la Belgique. L’ami­tié, c’est aussi la capacité de cri­tiquer son ami, mais on le fait dans un esprit constructif. La forme pour le faire est très im­portante. A prendre également en considération le moment de le dire et le lieu où le dire. C’est vrai qu’on doit reconstruire ou cons­truire les nouvelles relations ba­sées plus sur la globalité des re­lations entre les pays et les peu­ples que sur les dirigeants quels qu’ils soient.

J’ai l’impression que c’est l’aspect économique qui est le plus privilégié alors qu’il existe entre Belges et Con­golais des relations affectives, historiques et, quelque­fois, culturelles qu’on tend à oublier…

On met souvent l’accent sur les relations économiques ou stric­tement politiques, alors qu’il y a ici un réseau de relations humai­nes entre les citoyens congolais et belges qu’on doit renforcer, à travers la culture au sens large du terme, tous les genres, à sa­voir le théâtre, la musique, le folk­lore, la presse… sont des liens qui doivent être renforcés parce que c’est ce qui fera la solidité des relations entre les peuples.

La Chine est présente au Congo. On a également l’impression que cela ne plait pas aux Occidentaux. Que pen­sez-vous de cette présence en RDC ?

Le Congo est libre d’avoir des relations avec qui il veut. Premiè­rement, c’est un pays indépen­dant qui a le droit d’avoir de re­lations d’amitié, économiques avec qu’il veut. C’est son choix. Deuxièmement, il est normal que la Chine ait des relations avec des pays africains, et le Congo en particulier. Je pense que les Chinois sont un partenaire impor­tant. Ils viennent ici comme tout le monde, pour des intérêts. Comme les Belges disaient “ Chacun doit défendre ses intérêts ”. Cela ne me choque pas. Au contraire, on est affranchi, c’est-à-dire que quand on déve­loppe des relations de type éco­nomique, on cherche son intérêt. Seulement, l’intérêt bien compris des parties permet que chacun soit gagnant. Là où je ne suis pas d’accord, c’est lorsque l’un em­poche des dividendes au détri­ment de l’autre. Il y aura un dé­séquilibre, un gagnant et un per­dant.

C’est dire que la présence chinoise ne vous embarrasse pas….

Que la Chine soit là, ce n’est pas un problème. Au contraire, si c’est pour aider le Congo à avoir des investissements et promou­voir son développement dans l’in­térêt aussi du Congo, les Chinois sont les bienvenus. Je pense qu’on éviterait les tensions inuti­les si les Congolais communi­quaient plus sur leurs relations avec la Chine. Quand il n’y a pas clarté, les gens imaginent n’im­porte quoi. C’est mauvais parce qu’il y a des rumeurs. Il faudrait, non pas une transparence totale, mais une certaine transparence dans l’affaire et un peu plus de compréhension. Pour me résu­mer, je n’y trouve aucun incon­vénient. Que le Congo gère bien, dans son intérêt, ce nouveau par­tenariat. Le Congo doit défendre son intérêt  de pays qui veut se développer. Je dirai qu’il y a de la place pour tout le monde dans un grand pays pour investir.

Comment voyez-vous le type de relations qui se développe avec les institutions de Bret­ton Woods ?

Je dirai deux choses. D’une part, je peux parler en ami du Congo. Celui-ci devrait être parfois un peu plus rigoureux dans la ges­tion des affaires publiques. Les institutions de Bretton Woods sont très attentionnées à la rigu­eur. Je pense que toute rigueur serait dans l’intérêt du Congo. Ce que je reproche souvent aux ins­titutions de Bretton Woods, c’est qu’elles viennent imposer leurs vues, analyses et réalités au pied desquelles elles travaillent. Cela a été dénoncé à maintes repri­ses par d’éminents économistes. Je crois que ces institutions de­vraient avoir de la modestie en admettant qu’il n’y a pas une solution unique, la leur, au déve­loppement. Il existe deux formes de développement. Il y a d’abord et avant tout la prise en consi­dération des réalités locales. Le Congo n’est pas le Brésil et le Brésil n’est pas la Chine et la Chine n’est pas l’Angola, par exemple. Chaque pays a ses réalités, ses traditions, sa culture et se doit de respecter les riches­ses du monde. Les institutions de Bretton Woods doivent tenir compte de ces diversités et ne pas se contenter d’un modèle unique qu’elles veulent passer dans tous les pays. A mes amis congolais, plus de rigueur, c’est dans votre intérêt. Aux institutions de Bretton Woods, un peu de respect de diversités culturelles.

Revenons à la crise belgo­-congolaise. De deux côtés, on tente de trouver des solu­tions. Avez-vous des pistes de solutions à proposer ?

Pour sortir d’une crise, il faut d’abord tâter le terrain. Premiè­rement, il faut le dialogue. En se parlant, dans les relations humai­nes, dans les relations d’Etat à Etat, quelles qu’elles soient, le dialogue est à privilégier. Deuxièmement, le respect de l’autre. Si on ne respecte pas son parte­naire, d’autres vont l’écouter. La Belgique doit admettre que le Congo est un Etat indépendant qui a le droit de poser les actes qu’il pose. Je pense que, si on écoute le point de vue de l’autre, si on admet l’adversité, très na­turellement, les choses se remet­tront en place parce que nous avons intérêt à ce que les rela­tions entre la Belgique et le Congo soient toujours meilleures. Elles peuvent encore s’améliorer. Donc, il faut faire passer les re­lations entre les deux peuples avant celles entre les personnes. Nous avons une histoire commune. Qu’on essaie d’oublier ce qui nous divise pour voir ce qui nous rapproche.

(Milor)

Mulumba Kabuayi Bondo/Le Potentiel

Last edited: 11/06/2008 15:11:17

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