S’il y a des secrets que d’aucuns suspectent dans l’arrestation de Jean-Pierre, l’évidence est que le concerné et les parties impliquées dans le dossier connaissent parfaitement bien les tenants et les aboutissants de l’affaire dont il faut craindre que le grand public ne voit que du feu !

Allons-y mollo, maintenant que la passion suscitée par l’arrestation du sénateur Jean-Pierre Bemba à Bruxelles, la nuit du samedi 24 au dimanche 25 mai 2008, commence à s’estomper, du moins au niveau des médias étrangers. Deux questions soulèvent deux observations pertinentes. La première, on s’en doute, se rapporte au mandat d’arrêt émis le 23 mai et exécuté le 24 courant. L’observation à faire est que c’est le 16 mai 2008 que le Bureau de Procureur a présenté aux juges de la Cpi les éléments de preuve contre J-P. Bemba, éléments établissant la perpétration des crimes contre l’humanité et des crimes de guerre.
En termes clairs, durant les 8 jours séparant la présentation des preuves de l’arrestation de Chairman, les autorités politiques belges, et avec elles les autorités occidentales, n’ignoraient rien de ce qui était en train de s’opérer ! D’ailleurs, à l’analyse du mandat proprement dit enregistré sous le n°ICC-01/05-01.08 119 23 mai 2008, la chronologie des dates situe à partir du 2 mai 2008 le dépôt, par le Procureur, de la “ Notification to Pré-Trial ”, document dans lequel Luis Moreno Ocampo “ demandait inter alia, d’augmenter le nombre de pages autorisé pour une requête subséquente… ”.
Le 8 mai, la Chambre Préliminaire III en charge du dossier rendait la décision “ dans laquelle elle faisait droit à la requête du Procureur en autorisant l’augmentation du nombre de pages autorisé ”. Le 9 mai 2008, le Procureur déposait sa requête “ aux fins de délivrance d’un mandat d’arrêt à l’encontre de M. Jean-Pierre Bemba Gombo ”. D’où la sous-question, non moins pertinente, de savoir pourquoi et comment les autorités occidentales – qui avaient pris sur elles la responsabilité de sécuriser le sénateur – n’ont pas avisé l’intéressé de la procédure ainsi déclenchée !
Après tout, Bemba est devenu presque leur enfant chéri. L’une des démonstrations du maternage est que le 27 mars 2007, soit quatre jours après les événements de Kinshasa, 14 ambassadeurs des pays de l’Union européenne en RDC l’avaient publiquement soutenu. Stigmatisant, en effet, le caractère disproportionné des moyens utilisés par le haut commandement des Fardc par rapport aux objectifs de désarmement des éléments de sa garde, l’Ue avait, par la voix de l’ambassadeur britannique Andy Sparks, fait valoir les 42 % des suffrages exprimés en sa faveur.
“ J’attire l’attention aussi que M. Bemba, dans une élection que nous considérons comme une élection qui a été crédible, a gagné 42 % des votes du peuple congolais et quoi que ce soit et qu’on pense des événements des derniers jours, ça lui donne une certaine importance sur le plan politique et la stabilité de ce pays, dans une certaine mesure, est attachée à ce qui se passe à M. Bemba ”, avait déclaré le diplomate britannique.
Il ressort de quelques indiscrétions que l’attentisme observé par les bailleurs de fonds pour réaliser les promesses préélectorales d’un financement à la Marshall du Plan de reconstruction de la RDC est consécutif notamment au sort de Bemba ; les Occidentaux estimant qu’ils ne pouvaient contribuer à l’instauration d’une nouvelle dictature (sic). Les “ contrats chinois ”, dit-on, seraient justement la parade trouvée par Kinshasa à cet attentisme. De Bruxelles à Paris en passant par Washington, les “ décideurs ” semblent avoir lié leurs interventions financières au sort que le Pouvoir en place réservait à Chairman.
Aussi, pour avoir donc “ organisé ” la sortie de ce dernier, ces diplomates – réconfortés dans leur prise de décision par leurs gouvernements respectifs - ne peuvent prétendre n’avoir rien su du mandat lancé par la Cpi. Surtout pas leurs gouvernements. Cela se constate dans le mot de remerciement de Luis Moreno Ocampo quand il est dit au sujet dudit mandat, citation : “ Nous saluons tous les pays impliqués dans son exécution, dont la Belgique qui a immédiatement exécuté le mandat d’arrêt en fonction de ses obligations d’Etat partie au Statut de Rome ”. Fin de citation.

Dans “ tous les pays ”, on ne peut pas ne pas compter les Etats d’Amérique, d’Europe et d’Afrique où Jean-Pierre Bemba circulait librement, accédant avec d’incroyables facilités aux palais royaux et présidentiels. Ceci au plan extérieur. Au plan intérieur, ceux qui ont la même lecture pragmatique des choses se souviennent qu’une dizaine de jours avant l’arrestation de Bemba, Vital Kamerhe et Léon Kengo wa Dondo ont séjourné en Belgique. C’est, du reste, leur absence au pays qui a servi de justificatif au report de la convocation de l’assemblée élective du porte-parole de l’Opposition.
Des deux personnalités, seul Léon Kengo – au travers de ses réseaux très actifs en Occident – aura été le mieux placé pour en savoir un peu plus sur le sort de Bemba. Après tout, c’est son sénateur ! Ce n’est, du reste, pas sans raison qu’en sollicitant l’intervention des animateurs du Parlement congolais dans le processus de libération de son chef, François Muamba a mis en exergue l’élément “ carnets d’adresses ”, c’est-à-dire “ relations informelles ” ! On peut supposer que l’un des deux savait, et l’on devine facilement qui. Bien plus, Léon Kengo sera le premier à relever l’invalidité de l’immunité parlementaire en dehors du territoire national. Ce qui suppose qu’il savait Jean-Pierre Bemba “ cueillable ” à tout moment, en dépit de sa qualité de sénateur. Cette précision s’impose : en lisant le mandat d’arrêt de la première à la dernière ligne, cette qualité n’apparaît nulle part !
Bras de fer
Avec, finalement, ses entrées “ avérées ” dans l’Union européenne et ses relations réelles dans l’establishment zaïrois, Jean-Pierre Bemba n’était pas homme à ignorer ce qui devrait lui arriver au Portugal, en Belgique ou ailleurs à l’étranger. En effet, dans le communiqué du Bureau d’Information du Procureur de la Cpi daté du 24 mai 2008, Luis Moreno Ocampo le soupçonne carrément de tentative de se soustraire à la justice. “ Je suis reconnaissant à tous ceux qui nous ont aidés à surveiller les mouvements de M. Bemba, afin d’éviter qu’il n’échappe à la justice internationale ”, dit-il.
Concrètement, au travers de leurs Polices respectives – et par ricochet de leurs ministères de l’Intérieur, c’est-à-dire de leurs Gouvernements – les pays européens ont aidé la Cpi à mettre le grappin sur Bemba. Et dès lors que ce dernier ne pouvait que s’y attendre, son déplacement de Faro pour Bruxelles devrait avoir des motivations politiques. Au Portugal, son arrestation (peut-être devant femme et enfants) pouvait facilement être banalisée ; la communauté congolaise y étant faiblement représentée. Par contre, en Belgique, c’était le boucan garanti.
Et Bemba a résolu d’engager un bras de fer avec la communauté internationale, via la Cpi. Son malheur est d’avoir été attrapé dans le premier pays au monde à appliquer le principe d’universalité en matière de compétence judiciaire. Ce pays où tous les Rwandais arrêtés dans le cadre du génocide de 1994 sont soit jugés sur place puis condamnés, soit confiés au Tpir. La Belgique ne peut pas se dédire ! C’est que, lundi 2 juin dernier, l’ambassadeur de Belgique à Kinshasa s’est efforcé de laisser entendre à la délégation du Mlc conduite par François Muamba…
Correspondance de Omer Nsongo die Lema
Last edited: 09/06/2008 14:42:57