Les zélotes et les hypocrites amis du leader du Mlc se livrent à une grotesque partie de défense de l’ancien vice-président inculpé par la CPI et à ce jour en arrestation préventive en Belgique. L’exercice est si risqué que les concernés s’y fourvoient sans savoir sauver leur homme.

Alors que l’élection du porte-parole devrait être la priorité des priorités pour l’Opposition à l’ouverture de la session ordinaire de mars ( question d’instaurer l’unité de commandement), les Députés nationaux et les Sénateurs de l’Opposition ont préféré consacrer le temps à d’autres activités : que de temps effectivement perdu dans l’affaire Bundu dia Kongo 2008, que de temps perdu dans les questions orales ou écrites, les questions d’actualité, les interpellations des membres du gouvernement, les commissions d’enquête et les auditions des commissions pendant qu’il y avait péril en la demeure !
Que de temps perdu même dans la procédure de désignation dudit porte-parole ; les uns étant pour le consensus, les autres pour le vote secret, les autres encore pour le vote à main levée. Que de temps perdu dans les “ contrats chinois ”. Tout le monde l’aura au moins constaté : ce n’est qu’au mois de mai dernier que les Opposants ont semblé se réveiller pour s’engager dans une course contre la montre, une course ne pouvant avoir qu’une explication : le calendrier de la Cpi activé depuis le 2 mai 2008 ! Les Opposants ont joué là un très mauvais jeu…
L’amalgame de Terminator !
Honoré Ngbanda n’aime pas du tout Jean-Pierre Bemba Gombo. Il en a fait la démonstration dans son communiqué officiel du 26 mai 2008 relatif à l’arrestation de Chairman. Son parti (Apareco), dit-il, “ s’étonne que le Procureur de la CPI, Monsieur Luis Moreno Ocampo, ait procédé immédiatement à l’arrestation de Monsieur Jean Pierre Bemba sur simple présomption des faits, sa responsabilité personnelle n’ayant pas encore été prouvée dans l’exécution des crimes, alors qu’il devrait normalement bénéficier de la présomption d’innocence ”.
Ngbanda fait de l’amalgame autour de la notion “ présomption d’innocence ”. En droit, il est clairement établi que “ Toute personne accusée d’une infraction est présumée innocente jusqu’à ce que sa culpabilité ait été établie par un jugement définitif ”. Or, en cette matière, une personne soupçonnée d’infraction peut être mise aux arrêts ; d’où le mandat d’arrêt provisoire (Map). Pour une raison ou une autre, elle peut rester en détention pendant l’instruction du dossier et le procès. Sous ces deux étapes, elle continue de jouir de la présomption d’innocence.
C’est seulement à l’étape du verdict (fin du jugement) qu’en cas de condamnation, elle perd cet avantage et, de ce fait, elle est déclarée coupable ! En d’autres termes, et pour prendre des cas précis, Thomas Lubanga, Germain Ngujolo et même le célébrissime Charles Taylor actuellement détenus à la prison de La Haye bénéficient pleinement de la présomption d’innocence.
Nbganda, par le canal de son parti, se demande en outre “ pourquoi Monsieur Ange Félix Patassé, président de la République Centrafricaine au moment des faits, et qui a sollicité et obtenu l’aide des troupes du MLC qui ont opéré sur le territoire centrafricain sous son commandement direct, n’ait pas été inquiété jusqu’ici, d’autant plus qu’il n’est plus couvert par l’immunité des fonctions présidentielles ? ”. Sur ce terrain-là, l’amalgame continue. En effet, à ce stade, c’est un non-sens que de lier le sort de Bemba à celui de Patassé dans la démarche Cpi.
S’il est vrai que Bemba a envoyé ses hommes en Centrafrique à la demande de Patassé, faut-il encore que ce soit vrai que c’est Patassé qui aura ordonné la commission des crimes. Sur ce point précis, c’est Bemba, hélas !, qui détient l’information clé. C’est à lui à déballer le “ cahier des charges ” de son deal avec Patassé et, éventuellement, charger ce dernier !

Ngbanda ne s’arrête pas là dans l’amalgame. Faisant observer que les crimes – qu’il qualifie au passage de graves - à l’origine de l’arrestation de Bemba remonte aux années 2003 et 2004, il s’étonne du silence de la Justice internationale pour ceux commis en RDC. Bien plus, soulignant les deux guerres d’invasion “ déclenchées par le Rwanda, l’Ouganda et leurs ‘alliés’ congolais et étrangers ”, guerres ayant fait “ plus de cinq millions de nos concitoyens ”, il se plaint de voir que “ cela n’émeuve outre mesure la communauté internationale ni même certaines organisations des droits de l’homme ”.
Edifiante petite histoire !
Le lecteur avisé constatera que pour un communiqué voulu de si haute portée politique et certainement diplomatique, Ngbanda – par l’Apareco interposée - se révèle incapable de situer la période exacte de commission des crimes de Bangui. C’est bien la preuve que personne dans ce parti, à commencer par son président, n’a pris soin de lire le mandat d’arrêt, pourtant suffisamment clair dans la datation des événements. Il y est bien dit que les crimes avaient été perpétrés entre le 25 octobre 2002 et le 15 mars 2003.
Pour la petite Histoire, le 19 avril 2002, Jean-Pierre Bemba avait été désigné Premier ministre ; le poste de président de la République ayant échu à Joseph Kabila et celui la présidence du parlement confié au Rcd. C’est ainsi que le pouvoir avait été partagé dans le cadre de l’Accord de Sun City. Si Bemba avait manqué de prendre ses fonctions, c’est à la suite de la surenchère à laquelle il s’était lui-même livré. D’où l’échec des travaux de la Commission constitutionnelle de Matadi en mai-juin 2002 ; d’où également la désignation par l’Onu de Moustapha Niasse en qualité de médiateur.
Ainsi, l’aventure du Mlc à Bangui avait eu lieu après Sun City I. Commencée avant la signature de l’Accord global et inclusif le 17 décembre 2002, elle s’était terminée la veille de la clôture du Dialogue intercongolais le 4 avril 2003. En 2004 – si Ngbanda ne s’en souvient plus - Bemba était déjà vice-président de la République depuis le 7 juillet 2003. Prétendant tirer Chairman des crimes de Bangui, Ngbanda l’enfonce du coup dans ceux de la RDC. Simplement puisque Bemba fait justement partie des alliés congolais de l’agresseur ougandais ! Il est totalement lié aux affrontements survenus à Kisangani entre les armées gouvernementales rwandaise et ougandaise.
“ Mentez, mentez, il en reste toujours quelque chose ”, dit l’adage. Des mensonges de Ngbanda, il est resté quelque chose d’abject dans la manière dont il interprète politiquement l’arrestation de Chairman. En effet, dans le même communiqué, le président de l’Apareco considère qu’au travers de cette arrestation, la “ Communauté Internationale vient (…) d’éliminer définitivement de la vie politique congolaise celui qui, de l’avis de plusieurs observateurs politiques et aux yeux de la majorité des congolais, avait gagné l’élection présidentielle ” !
Pourtant, c’est cette même communauté qui, réagissant aux événements de mars 2007 à Kinshasa, avait déclaré crédible le processus électoral congolais consacré par la victoire de Joseph Kabila. “ J’attire l’attention aussi que M. Bemba, dans une élection que nous considérons comme une élection qui a été crédible, a gagné 42 % des votes du peuple congolais… ”, avait déclaré Andy Sparks, ambassadeur britannique en RDC, le 27 mars de l’année dernière.
Et comme pour discréditer à dessein et à jamais Jean-Pierre Bemba, Honoré Ngbanda lance dans le communiqué officiel de son parti l’accusation grave suivante : “ L’opinion congolaise se souvient encore en effet du chantage exercé sur Jean Pierre Bemba pour qu’il accepte l’“ inacceptable ”, c'est-à-dire proclamer Joseph Kabila vainqueur de l’élection présidentielle et d’obtenir en échange l’abandon des poursuites devant la CPI ” !

Il y a là un mensonge avéré et une culpabilisation certifiée. Le mensonge avéré, c’est par rapport à la victoire électorale de Kabila. La déclaration de l’ambassadeur de Grande-Bretagne en fait foi. La culpabilisation certifiée, c’est par rapport au “ troc ”. En fait, Honoré Ngbanda confirme que Jean-Pierre Bemba avait conscience de sa responsabilité dans les crimes commis à Bangui et qu’il en avait négocié l’abandon en échange de la “ cession ” de sa victoire aux élections !Si les pro-Bemba ne démentent pas cette assertion, Bemba entrera dans l’histoire pour un politico-affairiste !
Politisation signée Mlc
Trahi ainsi par son frère de sang et de province, Bemba est comme trahi aussi par les dirigeants du Mlc en particulier, les Opposants en général. Dans le communiqué du 25 mai 2008 rendu public le lendemain de l’annonce de l’arrestation de leur leader, les premiers constatent “ avec regret, la politisation de la procédure judiciaire initiée par le Procureur de la Cour Pénale Internationale ”, ce au motif que “ l’arrestation du Sénateur Jean-Pierre Bemba, à quelques jours de son élection en qualité de Porte-Parole de l’Opposition en RDC ne saurait être innocente... ”.
Soyons tout de même sérieux. La loi sur le statut de l’Opposition reconnaît certes aux présidents de l’Assemblée nationale et du Sénat la compétence de convoquer la plénière élective du chef de l’Opposition. La session parlementaire actuelle s’étant ouverte le 15 mars 2008, l’élection du porte-parole devrait être la priorité des priorités l’Opposition, question d’instaurer l’unité de commandement.
Il se fait seulement que les Députés nationaux et les Sénateurs de l’Opposition ont préféré se consacrer à d’autres activités. Que de temps perdu dans l’affaire Bundu dia Kongo 2008. Que de temps perdu dans les questions orales ou écrites, les questions d’actualité, les interpellations des membres du gouvernement etc. alors qu’il y avait péril en la demeure ! Que de temps perdu dans les “ contrats chinois ”. Que de temps perdu même dans la procédure de désignation dudit porte-parole ; les uns étant pour le consensus, les autres pour le vote secret, les autres encore pour le vote à main levée !
Tout le monde l’aura au moins constaté : ce n’est qu’au mois de mai dernier que les Opposants ont semblé se réveiller pour s’engager dans une course contre la montre, une course ne pouvant avoir qu’une explication : le calendrier de la Cpi activé depuis le 2 mai 2008. En effet, à la lecture du mandat d’arrêt, il se révèle que c’est à partir du 2 mai exactement que Luis Moremo Ocampo a entamé le processus ayant abouti à l’arrestation de Chairman.
En d’autres termes, la politisation ne vient pas de la Cpi, mais plutôt des dirigeants du Mlc conscients, eux, que leur carrière en RDC est désormais mise en jeu. On imagine, en effet, l’électorat qui sera le leur si les Congolais réalisent qu’au travers de leur solidarité avec Bemba, Bemba n’aura en fin de compte dédouané que Kagame et Museveni ! (lire article “ Les Bembistes dédouanent Kagame et Museveni ” !Les dirigeants du Mlc tout comme leurs collègues Opposants ne diront pas qu’ils n’en savaient rien…
Correspondance de Omer Nsongo die Lema
Last edited: 09/06/2008 14:42:56