L’affaire Bemba va révéler bien de troublantes connections entre les commanditaires de la déstabilisation de la région de l’Afrique centrale, en l’occurrence les tireurs des ficelles de la crise congolaise manipulant leurs pions injectés notamment à l’Est de la RDC.

Les réactions pro-Bemba à Kinshasa et à l’Equateur autour de l’arrestation en Belgique de Chairman sont certainement fort appréciées à Kigali et Kampala. A preuve, réputé porte-voix de Paul Kagame, Laurent Nkunda s’est joint au chœur des Bembistes pour réclamer la libération du sénateur. C’est ici que l’on boucle la boucle : quand, en effet, un chef d’Etat étranger, auteur intellectuel des crimes de guerre, des crimes de génocide et des crimes contre l’humanité perpétrés sur un territoire étranger (en l’occurrence la RDC) commence à plaider indirectement pour un ex-chef rebelle, lui aussi auteur intellectuel des mêmes crimes commis sur un autre territoire étranger (en l’occurrence la RCA), c’est qu’il y a jonction d’intérêts et conjonction d’objectifs !
C’est comme si pour les pro-Bemba aujourd’hui ainsi que les pro-Kagame et pro-Museveni demain, les crimes perpétrés à l’étranger sont excusables. Les Congolais, principalement ceux de l’Est, du Centre et d’une bonne partie de l’Ouest, victimes des actes terroristes rwando-burundo-ougandais, sont comme avertis : aux yeux des Bembistes, ils ne valent rien…
L’action “ M.I.D. ” (Manipulation-Intoxication-Désinformation) fait des ravages autour de l’arrestation du sénateur Jean-Pierre Bemba. A Kinshasa, le Mlc a projeté deux marches. La première, sur initiative de la fédération de Kinshasa, le mardi 27 mai 2008 ; la seconde, sur initiative du comité national, le samedi 31 courant. On sait que la dernière a été interdite par l’hôtel de ville pour des raisons sécuritaires. En effet, à l’Equateur (province d’origine de Chairman), des marches ont été organisées respectivement à Mbandaka, Gemena et Lisala, mais avec des dérapages constatés dans les deux premières villes. Au chef-lieu de l’Equateur, les installations de la Monuc ont été touchées tandis que dans la ville natale de la famille Bemba, des intérêts “ belges ” ont été atteints. Maire de Kinshasa, André Kimbuta ne veut pas du “ 16 février ”.
Les ravages de l’action “ M.I.D. ” se situent, à proprement parler, au niveau de l’interprétation du mandat d’arrêt et du communiqué de presse du Bureau du Procureur, documents datés le premier du 23 et le second du 24 mai dernier. Manifestement, les Bembistes ont fait le choix de ne pas en expliquer, ni en expliciter le contenu à leur base. Or, ces deux documents justifient l’arrestation par des crimes contre l’humanité et des crimes de guerre “ commis en République centrafricaine ”.
Ainsi, au point 9 du mandat, il est dit : “ La Chambre est d’avis qu’il existe des motifs raisonnables de croire que du 25 octobre 2002 au 15 mars 2003, un conflit armé a eu lieu en Républicaine centrafricaine et qu’une partie des forces armées nationales de M. Ange-Félix Patassé, Président de la Républicaine centrafricaine à cette époque, s’est confrontée à un mouvement de rébellion mené par M. François Bozize, ancien Chef d’Etat major des forces armées centrafricaines.
La Chambre estime qu’il y a des motifs raisonnables de croire que ce conflit armé a opposé de manière prolongée des groupes armés basés sur ce territoire qui possédaient une organisation hiérarchique et une capacité de concevoir et de mener des opérations militaires prolongées. La Chambre considère que les forces en présence étaient, notamment, d’un côté, une partie des forces armées centrafricaines restée fidèle à M. Ange-Félix Patassé alliée à des combattants du Mouvement de Libération du Congo (MLC) dirigés par M. Jean-Pierre Bemba, communément dénommés “ Banyamulenge ” et d’un autre côté, les forces de M. François Bozize ”
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Si au point 10, il est fait allusion aux mercenaires tchadiens, du point 12 au point 15 la Cpi donne une qualification aux crimes commis par les troupes du Mlc. Au 13, par exemple, on lit “ La Chambre estime par conséquent qu’il existe des motifs raisonnables de croire que, durant tout le temps de la présence des combattants du MLC en République centrafricaine, ont été commis des crimes de guerre relevant de la compétence de la Cour en vertu des articles 8 (20)(c)(i), 8 (2)(c) (ii), 8 (2)(v), 8 (2)(vi) du Statut, tels que décrits dans la Requête du Procureur… ”.
Au 14, il est dit : “ La Chambre est par ailleurs d’avis qu’il existe des motifs raisonnables de croire qu’entre le 25 octobre 2002 et le 15 mars 2003, les combattants du MLC ont mené une attaque contre la population civile, ont commis des actes criminels constituant des faits d’actes de torture et de viols et que la commission des crimes revêtait un caractère systématique généralisé ”.
C’est cependant du point 16 au point 18 que la responsabilité de Bemba et Patassé est engagée. Au point 16, on peut lire : “ La Chambre considère qu’il existe des motifs raisonnables de croire que M. Jean-Pierre Bemba était le Président et Commandant en Chef du MLC et qu’il était investi d’une autorité de jure et de facto par les membres de ce mouvement pour prendre toutes les décisions tant sur le plan politique que militaire ”.
Au point 17 : “ La Chambre est d’avis qu’il existe des motifs raisonnables de croire qu’il existait un plan commun entre M. Jean-Pierre Bemba et M. Ange-Félix Patassé et que ce plan reposait sur l’engagement mutuel pour M. Ange-Félix Patassé, de bénéficier de l’assistance militaire de M. Jean-Pierre Bemba afin d’assurer son maintien au pouvoir et pour M. Jean-Pierre Bemba de bénéficier, entre autres, du soutien stratégique et logistique de M. Ange-Félix Patassé et éviter que la République centrafricaine s’allie avec le Gouvernement en place à Kinshasa ”.
Ceux qui ont encore de la mémoire se souviendront que l’expédition militaire du Mlc à Bangui est intervenue après l’Accord de Sun City désignant Jean-Pierre Bemba Premier ministre et conclu le 19 avril 2002 et avant l’Accord global et inclusif signé le 17 décembre courant. (nous y reviendrons avec un autre article).
Géolopolitique…
Ce qui est donc à retenir à ce stade, c’est que la Cpi n’a encore rien entrepris contre Bemba ou contre un autre seigneur de guerre congolais majeur par rapport à des crimes commis sur le territoire congolais. Dès lors, il y a lieu de retenir le fait que les crimes mis sur le dos de Bemba en Centrafrique ressemblent aux crimes perpétrés par Kagame et Museveni en RDC et par personnes interposées (les mouvements rebelles congolais) et par eux-mêmes directement (les affrontements entre l’armée rwandaise et l’armée ougandaise en pleine ville de Kisangani, et encore à deux reprises).
Résultat : si Bemba ne peut être poursuivi pour ce qu’il a fait en Centrafrique, la conséquence logique sera que Kagame et Museveni ne soient non plus poursuivis pour ce qu’ils ont fait en RDC ! C’est cela la dure réalité…Il est vrai que le Mlc, en tant que parti national, est dans une situation délicate. En effet, s’il se limite à prendre acte de l’arrestation de son leader, il le trahit avec tous les risques de ne jamais s’en remettre.

C’est pour cette raison que le Mlc multiplie des initiatives genre marches de soutien ou marche de protestation. Mais, les François Muamba, Delly Sessanga, Adam Bombole et autres José Makila sont conscients de ne pouvoir aller loin dans leurs revendications pro-Bemba. Ils ne peuvent continuellement narguer la Cpi qui (leur) dit : “ Personne ne peut prendre le parti d’un criminel contre les victimes ”. Ils sont peinés d’entendre Luis Moreno Ocampo renchérir que “ Les témoignages des victimes seront autant de preuves.
Les victimes viendront raconter leur histoire à la Cour. Elles auront ce pouvoir ”. Ils savent qu’autant que le peuple congolais, le peuple centrafricain a droit au respect de la vie et que ce n’est pas parce que le centrafricain est étranger par rapport au congolais qu’il est moins homme, c’est-à-dire qu’il est un sous-homme. Bien plus, les populations congolaises et centrafricaines transfrontalières sont issus du même sang ! Il y a là une crise qui pourrait se résoudre difficilement. C’est comme si l’on transposait à l’Equateur la crise de cohabitation entre populations kivutiennes et populations rwandaises… La géopolitique pourrait donc faire des siennes !
On boucle la boucle
C’est justement à ce niveau que l’on devrait faire preuve de pragmatisme. Pour l’avoir suffisamment démontré, nos bien-aimés Occidentaux sont capables de tout pour sauver Kagame et Museveni ! Un “ deal ” n’est pas à écarter dans le sens d’une initiative qui effacerait les crimes de ce duo en contrepartie d’une initiative qui effacerait également les crimes des Congolais au Congo. On en veut pour indice le fait de voir Laurent Nkunda, potentiel candidat à l’arrestation, réclamer la libération de Bemba pendant qu’il refuse de livrer à la Cpi le fameux Bosco Ntaganda, poursuivi pour des crimes commis en Ituri ! Ce Bosco, Nkunda en a fait le “ chef d’Etat-major général ” de son mouvement politico-militaire (sic), le Cndp !
Etant de notoriété publique que le “ général démissionnaire ” est devenu le porte-voix de Paul Kagame, les choses se présentent comme si c’est le président rwandais qui revendiquait en personne cette libération. C’est ici que l’on boucle la boucle : quand, en effet, un chef d’Etat étranger, auteur intellectuel des crimes de guerre, des crimes de génocide et des crimes contre l’humanité perpétrés sur un territoire étranger (en l’occurrence la RDC), commence à plaider indirectement pour un ex-chef rebelle, lui aussi auteur intellectuel des mêmes crimes commis sur un autre territoire étranger (en l’occurrence la RCA), c’est qu’il y a jonction d’intérêts et conjonction d’objectifs !
Peut-être sans le vouloir ni le savoir, les pro-Bemba – par leurs manifestations – sont en train de nous faire rentrer de plain-pied dans la géopolitique à la congolaise. Les compatriotes de l’Est, du Centre et d’une bonne partie de l’Ouest, victimes d’actes terroristes rwando-burundo-ougandais, n’ont encore rien dit là-dessus. Ils observent certainement. Or sur ce terrain “ géopolitique ”, Jean-Pierre Bemba sait qu’il part perdant…
Correspondance de Omer Nsongo die Lema
Last edited: 09/06/2008 14:42:48