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Karel De Gucht veut éteindre le feu

Kinshasa, 03/06/2008 / Politique
Le Premier ministre belge Yves Leterme a téléphoné à Antoine Gizenga, mais ne sait pas joindre Joseph Kabila. Les députés francophones sont contents de leur séjour en Rdc, mais n’approuvent pas les propos de De Gucht. Karel De Gucht lui-même veut que l’on mette fin à un débat qu’il juge stérile sur ses propos frisant l’arrogance sur la République démocratique du Congo. La crise entre la Rdc et la Belgique est loin de se terminer malgré les efforts entrepris jusqu’à ce jour. C’est comme un feu allumé qui a aujourd’hui besoin de plus grands moyens pour l’éteindre. Et pourtant pour embraser les relations entre les deux pays, il avait suffi d’une petite étincelle. Le Premier ministre belge semble maintenant prendre conscience de l’étendu des dégâts que les propos de son ministre des Affaires étrangères avaient provoqués. Au départ, le gouvernement belge dans une large majorité, non seulement semblait minimiser la crise entre les deux Etats, mais aussi et surtout s’était montré solidaire de son ministre.

L’image de Leterne à une chaîne de télévision belge riant aux éclats lorsqu’on évoquait devant lui la souveraineté de la Rdc a provoqué chez les Congolais comme chez certains Belges, une colère que seul le coup de téléphone à Antoine Gizenga ne peut changer. Les Congolais qui apprenaient chaque jour à oublier les plaies de la colonisation, se sont retrouvés en plein conflit dans un cercle vicieux qu’on croyait avoir brisé.

Les efforts de Leterne pour mettre fin à la crise

Il nous revient qu’après avoir eu des contacts téléphoniques avec le Premier ministre Antoine Gizenga, Yves Leterme ne veut se rassurer de la volonté de Kinshasa de mettre un peu d’eau dans son vin, qu’en se mettant en contact avec Joseph Kabila. La même source souligne que les efforts du Premier ministre belge de rencontrer Joseph Kabila sont restés vains. Cela se comprend parfaitement lorsqu’on sait que le Chef de l’Etat congolais a beaucoup d’autres chats à fouetter en plus de la crise avec la Belgique. C’est pour lui, une façon de ne pas revenir sur ce coup de gueule, il est préoccupé à réaliser les objectifs qu’il s’est fixés dans le cadre des promesses électorales. C’est ainsi qu’il a été, il y a quelques jours à l’Est du pays. Il a lancé les travaux de construction de la route entre l’aéroport  de Kavumu et la ville de Bukavu.

Revenu à Kinshasa, il n’a même pas eu le temps de repos pour reprendre sa jeep en direction du chef-lieu de la province du Bandundu. Pendant le weekend dernier, par route toujours il est parti pour Kikwit. Il va mettre ce séjour à profit pour inaugurer un important tronçon de la nationale n°1 réhabilité et modernisé par une entreprise chinoise. De Kinshasa, Katanga, Sud-Kivu et aujourd’hui au Bandundu, Joseph Kabila est toujours parti. C’est sans doute la raison pour laquelle le Premier ministre belge ne peut pas le joindre. Et, il va de soi que le moment venu, le Premier ministre belge saura le joindre. En attendant, le Premier ministre congolais, Antoine Gizenga s’occupe du dossier. Les réponses qu’il a données au gouvernement belge engagent le gouvernement dans son ensemble.

Le mea-culpa de De Gucht

C’est en ce moment que Karel de Gucht, l’homme par lequel la crise est venue, semble lui aussi avoir mis un peu d’eau dans son whisky. Au cours de la journée de contacts diplomatiques à laquelle il a fait venir les plus importants diplomates de son pays, a souhaité mettre fin aux « débats stérilisé ». Karel De Gucht a exactement dit ceci: « Je souhaite que l’on mette fin, ici et là- bas, à un débat stérile sur le ton de mon message ». Devant cette position, il n’y a pas de raison que le gouvernement congolais focalise son attention sur ce dossier. Il est vrai qu’en mettant fin aux débats stériles, il n’est pas question de penser qu’il s’était agi d’un simple malentendu qu’il faut oublier en balayant tout de revers d’une main.

Il n’y a rien à gagner également en cherchant à donner davantage d’ampleur à ce conflit que personne au Congo n’avait cherché. Pour rappel, à la suite des propos discourtois du ministre belge des Affaires étrangères, propos jugés néocolonialistes aussi bien à Kinshasa que dans certains milieux belges, le gouvernement congolais, sans chantage, avait rappelé son ambassadeur de Belgique en consultation. Au même moment, il avait fermé son consulat d’Anvers. La Belgique, même sans être priée expressément de la faire, devrait, réciprocité oblige, rappeler son ambassadeur et fermer ses consulats de Bukavu et de Lubumbashi. Il nous revient que c’est chose faite depuis hier lundi. Ce geste peut-il être considéré comme une escalade ? C’est la suite logique du dossier. Peut-être l’absence de ces consulats apportera plus de paix entre les deux pays. Car, pour éviter les crises il faut diminuer les occasions de crise. C’est dire que la diplomatie belge a ses raisons que la diplomatie ignore.

Que Karel De Gucht reconnaisse qu’il y a crise, c’est aussi une importante prise de conscience, une façon de reconnaître ce qui est à la base de la crise. On n’a pas besoin à ce sujet qu’il soit plus clair. Car, a dit le ministre belge des Affaires étrangères, évoquant le dossier de l’Afrique centrale et particulièrement de la Rdc, a estimé que  la crise étant en plein milieu, il est difficile de faire à ce sujet une analyse.

Le son de cloche des députés francophones alors que la crise diplomatique entre la Rdc et la Belgique battait son plein, une importante délégation parlementaire de la Communauté française séjournait sur le territoire congolais. Les députés francophones de Belgique sont venus échanger leurs expériences avec leurs collègues congolais des Assemblées provinciales.

Pendant quatre jours, elle a participé aux séminaires organisés dans le but de partager les expériences parlementaires. Au cours de chaque séminaire a abordé les questions relatives au financement des entités fédérées, de la politique culturelle, de l’éducation, de la jeunesse, de la santé, du financement des partis politiques ou de l’égalité des chances. Les députés belges se sont dits heureux de ces échanges interparlementaires, ils les considèrent comme prometteurs  de l’évolution démocratique de la Rd.Congo, les députés francophones plaident pour la poursuite de ce type d’action volontariste et pérenne qui, associée au « respect de la population et de ses représentants », crée les conditions d’un réel partenariat. Pour les députés congolais, ces séminaires sont d’une importance capitale dans la mesure où, la députation provinciale est une  nouvelle expérience.   Aujourd’hui, personne ne retient l’expérience des Assemblées régionales de la deuxième République, encore moins de celles de la première République. Même si les députés provinciaux congolais n’avaient pas tout à apprendre de leurs collègues belges, ils ont appris beaucoup de choses.

Cette délégation belge est rentrée dans son pays. Malgré un contexte diplomatique agité, les députés régionaux belges ont eu des échanges chaleureux et constructifs. Ce qui a fait dire Jean François Istasse: « Je n’ai pas la compétence de juger ce qu’il se passe au fédéral, mais il faut savoir que les propos de M.De Gucht ont été extrêmement mal ressentis par les Congolais. Cela n’a malgré tout en rien perturbé les débats ». M. Istasse a également souligné que les séminaires n’avaient pas un but de « former » à proprement parler les élus congolais, mais plutôt d’échanger les expériences; « Nous leur expliquons d’abord comment nous fonctionnons au parlement de la Communauté française, pour ensuite aller plus loin dans des questions pratiques ».

(Ern.)

Joachim DianaG/L’Avenir

Last edited: 03/06/2008 19:10:14

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