Ruée observée des acteurs politiques vers le poste de porte-parole et donc de leader de l’opposition pour lequel les prétendants et concurrents vont jusqu’à proposer une occupation rotative de cette fonction pour s’assurer d’en jouir jamais les alléchants avantages.

C’est déjà excusable, n’ayant inventé ni les théories ou les doctrines politiques, que nous ayons du mal à intérioriser les fondamentaux de la gestion d’un espace politique. Certes, tout le monde ne peut pas inventer, mais chacun devrait, au moins, fournir des efforts pour comptabiliser les règles les plus élémentaires pour conduire une société d’hommes au sein de laquelle ne manquent pas de talents avérés.
Cela fait plus d’une année que les nouvelles institutions politiques de la troisième république, issues des élections générales en 2006, sont en place. Elles fonctionnent en dépit de tous les avatars d’un pays qui sort d’une longue période conflictuelle, au lendemain d’une des plus célèbres tyrannies d’Afrique.
Cependant cela fait exactement le même temps qu’on est à la recherche de la « perle » rare devant fédérer l’opposition. Une certaine logique, qui n’a aucun caractère impératif, aurait voulu que le candidat malheureux à la présidentielle en soit -une sorte de tête de file. Mais, en démocratie, les libertés fondamentales ne posent aucune exclusive quant à l’expression des avis et opinions sous réserve du respect de l’ordre public.
Seulement voilà, lors de l’élaboration et des discussions sur la loi portant statut de l’opposition, nos politiques ont inventé autant qu’ils ont franchement innové. En effet, s’agissant du leader de l’opposition, le législateur a préféré designer celui-ci en tant que porte-parole qui serait élu par l’opposition dite institutionnelle, avec rang de ministre d’Etat, payé, blanchi, véhiculé et escorté. On se demande si Jean-Pierre Bemba lui-même se serait senti à l’aise dans cette posture.
Du coup, tout le monde a senti naître l’odeur des prébendes à tirer d’une fonction devenue juteuse. Il n’en fallait plus pour déchaîner les passions. Tout le monde veut de ce poste, et de manière rotatoire. Ainsi, tous les six mois ou douze mois, on aurait un porte-parole de l’opposition payé par les institutions qu’il combat, du moins sur le plan des idées.
Une partie de l’opposition dite non-institutionnelle elle aussi réclame le poste de porte-parole. A ce sujet, certains pensent que ce porte-parole devrait provenir du Parlement parce qu’il est mieux au courant des différents dossiers concernant la gestion du pays, quitte à se faire entourer d’un ou de deux adjoints en dehors de cette institution.
Mais, pourquoi faut-il tellement soigner ce porte-parole, au point de l’entourer de tant de prérogatives ? L’opposition ne s’est-elle pas piégée en voulant peut-être piéger la majorité ? Peut-on croire que seul ce porte-parole aurait voix au chapitre comme si on voulait embastiller la démocratie ?
A telle enseigne que tout ce qui n’émanerait pas de la bouche de ce dernier ne constituerait pas une « parole d’évangile ».
En fouillant les théories de droit constitutionnel et des institutions politiques, on a de la peine à trouver un tel personnage. Si tel est le cas, il serait temps que la science politique s’occupe du cas de la RD Congo pour le citer en exemple.
Cela ne tardera pas. Mais, en quels termes ? De toute évidence, et comme il n’y a pas encore proprement beaucoup d’hommes politiques de qualité en RD Congo, on aura le temps de cuire l’os de Mor Lame, car comme pour désigner l’actuel Premier ministre, l’opposition pourrait aussi se tirailler pendant deux ou trois mois avant de se décider. Or, pour le bien de nos institutions et la crédibilité de nos politiques, il serait plus utile d’aller à l’essentiel. Car, en dépit de tout, au sein de l’opposition on décèle bel et bien des têtes vraiment pensantes. Dommage que le porte-parole n’aura pas une bonne conscience tranquille. Sauf...
(Milor)A.L./L’Obsevateur
Last edited: 31/05/2008 13:32:28