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Tous les shegués à l’école

Kinshasa, 29/05/2008 / Société
Cheveux crépus semblables à ceux qui n’ont pas touché à un peigne depuis des lustres, habits en haillon, pieds déchaussés, yeux rougis, Joël qui n’a que 11 ans, vit dans la rue. Il a quitté son toit familial depuis l’année dernière, à la recherche d’argent afin de créer une échoppe dans son quartier du genre « ligablo » comme on l’appelle à Kinshasa. Cette échoppe lui permettra de poursuivre ses études. Ses parents vivent ensemble à Masina, municipalité localisée dans la partie Est de la capitale. Son père dirige la cellule de l’une des églises de ladite commune  alors que sa mère n’est qu’une vendeuse de pain. Depuis plus d’une décennie la non scolarisation des enfants de la rue communément appelés « Shegues », prend une allure inquiétante dans la ville-province de Kinshasa à telle enseigne que si le Gouvernement n’y prend garde, la situation deviendra très catastrophique.

J’ai rencontré Joël au parking de la direction générale de la Commission électorale indépendante (Cei), sur le boulevard du 30 juin dans la commune de la Gombe. Joël est issu d’une famille de sept enfants. Il est le 2ème de la famille. Leur cadet est âgé d’une année et demie.

Ce qui l’a poussé à quitter la maison de ses parents, déclare Joël « mes parents n’étaient plus en mesure de me payer les frais scolaires. La preuve en est que, j’ai passé deux ans sans étudier, alors que j’avais passé déjà en cinquième année primaire, après avoir obtenu 54% ».

A l’heure qu’il est, ce pauvre garçon, à l’instar de ses collègues de la rue, passe nuit devant l’immeuble des Galeries présidentielles. Et pour y avoir accès,  il suffit de remettre la somme de 200 francs congolais par jour aux sentinelles commises à la surveillance de cette entité commerciale. Aussi, m’ a t-il dit, « je me suis sympathisé avec les soldats de la Monuc qui assurent la sécurité du siège administratif de la Cei ».

Joël a dévoilé qu’il a commencé le vagabondage en  ville depuis un très bas âge et a déjà rencontré son père à plusieurs reprises. Toutefois, au début, son père le menaçait. Mais au fil du temps le pauvre père s’est fatigué.

Un autre enfant de la rue que j’ai surpris devant l’immeuble Regina, en diagonale du siège social de l’Onatra répond au nom de Franck. Elancé de taille, ce dernier n’a que 12 ans. A la première vue, Franck présente les apparences d’un fou. Moulé dans un tricot en lambeau, de surcroît très sale allant jusqu’au niveau des cuisses et  camouflant la culotte, pieds-nus, cheveux avaient une couleur à peu près chocolat qui reflétait l’image de la saleté, Franck est issu d’une famille de trois enfants, il est l’aîné de la famille. Leur cadet, nous a-t-il relaté, a cinq ans et demi. Son père vit depuis 2002 à Kisangani et sa mère est une fille-mère  vivant seul dans la commune de Barumbu à Kinshasa.

Franck dit être victime de la discorde entre son père et sa mère. C’est depuis une année qu’il passe nuit devant l’alimentation Kin-Mart. A la différence de Joël, Franck ne soudoie pas les sentinelles pour s’abriter.

Déjà en 5ème année primaire, Franck a abandonné ses études, lui qui, en 4ème année avait obtenu 63% et classé 2ème de la classe. Très inquiet de sa situation, Franck aspire à devenir un grand footballeur dans ce pays.

13.643 enfants kinois dans la rue

Dans un rapport publié par l’Unicef en collaboration avec REJEER, la  ville-province de Kinshasa compte à elle seule environ 13.643 enfants de la rue dont l’âge varie entre 6-18 ans, 2.782 enfants soit 20%, non scolarisé. On compte 8.791 enfants de niveau primaire soit 64,4% ; plusieurs enfants ont déjà fait plus d’une année dans la rue soit 62%.

Selon les enquêtes, 3.583 enfants de la rue sont orphelins de deux parents (Père et mère). Cela implique 25, 8 % du nombre total d’enfants de la rue dont  l’âge  varie entre 0-18 ans (13877 enfants) la plus part des enfants de la rue ne présentent aucun signe manifeste de la malnutrition.

Quid de la responsabilité du Gouvernement ?

Le gouvernement congolais a quant à lui, mis en place le programme national de l’éducation non formelle pour le rattrapage scolaire des enfants n’ayant pas eu l’accès à l’éducation classique du  niveau primaire. Ce programme a été appliqué dans les 720 centres de rattrapage scolaire fonctionnels à travers le pays depuis 2002, et 24.376 enfants vulnérables, dont 30 % de filles, ont eu accès régulier et gratuit aux soins de santé et à l’éducation entre 2001 et 2003.

La Constitution de la République Démocratique du Congo a pour la première fois de son histoire, défini l’enfant à l’article 41, alinéa 1 qui dispose : «l’enfant mineur est toute personne, sans distinction de sexe, qui n’a pas encore atteint 18 ans révolus ». Cette définition renforce celle qui est contenue à l’article 219 du Code de la famille formulé pratiquement dans les  mêmes termes.

A la question de savoir ce que ces deux enfants ressentent quand ils aperçoivent les enfants de leur âge fréquenter l’école, ils nous ont répondu  sans ambages que cela leur fait parfois mal.

Eu égard à ce qui précède, l’Etat congolais a tout intérêt à protéger les enfants comme le recommande la Convention  relative aux droits de l’enfant ratifié par la Rdc, plus précisément dans son deuxième article, dans l’alinéa 2 qui stipule : «  Les Etats partis s’engagent à assurer à l’enfant la protection et les soins nécessaires à son bien être, compte tenu des droits et des devoirs de ses parents, de ses tuteurs ou des autres personnes légalement responsables de lui…. ».

Sylvie Meta/MMC

Last edited: 29/05/2008 17:28:09

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