Entretien vérité avec le député national Richard Muyej Mangeze Mans qui commente, avec sa rare lucidité et sa perçante vision, la nouvelle turbulence politique en RDC autour des contrats chinois et des dépits belges en qualifiant cette agitation de distraction et de dangereuse diversion de la mobilisation générale sur la reconstruction.

Le député national Richard Muyej Mangeze Mans lance une sorte d’avertissement sur le climat d’agitation qui survient une fois de plus en RDC au sujet cette fois des débats autour des contrats chinois, des propos sarcastiques proférées par le chef de la diplomatie belge à l’endroit des dirigeants congolais, et même en dernière minute, l’affaire de l’arrestation du leader du MLC Jean-Pierre Bemba.
M. Muyej dénonce la distraction qui caractérise cette agitation en allant jusqu’à relever le pernicieux danger qu’elle comporte en faisant détourner l’attention de l’opinion congolaise sur l’essentiel autour duquel tout le peuple doit se mobiliser autour du président de la République, à savoir : le décisif démarrage de la reconstruction du pays avec le déterminant engagement à cette tâche assurément éprouvante après la facile entreprise de destruction à laquelle s’était livrée la longue dictature vécue par la RDC.
Les pertinentes remarques du député Muyej sont contenues dans l’entretien ci-après qu’il a accordé à Digitalcongo.net, entretien dont les propos révèlent certaines vérités inconnues tels les dessous des âpres négociations qui ont abouti à la convention de collaboration critiquée à tort entre la RDC et la Chine : sept mois de tractations avec navettes des experts entre Beijing et Kinshasa. Tant de peine aurait-elle été endurée pour des badinages sur ces décisifs contrats ?
Le député Muyej a aussi émis des lucides remarques autour de ce qui apparaît de plus en plus comme un net dépit d’une Belgique nostalgique face au renouveau dans lequel s’engage la RDC dans sa coopération avec des partenaires considérés plus efficaces que les traditionnels qui n’ont contribué qu’à maintenir dans l’asservissement et la misère un pays naturellement pourvu et voué à un grand essor et un destin d’éclat. Ce qui est encore plus frappant dans les observations du député Muyej, c’st sa façon d’exprimer simplement cette lucide perception des faits et de la situation. Voici ces édifiants avis dans l’interview ci-après.
Honorable député, vos réguliers commentaires sur la politique congolaise dans les colonnes de Digitalcongo.net se révèlent d’une pertinence qui n’a jamais manqué de retenir l’attention de plus d’un internaute du site. Vous êtes, par exemple, intervenu dernièrement avant le chaud débat parlementaire sur les contrats chinois, pour dire que ce dossier avait suscité la controverse parce que tout simplement il y avait rétention de l’information sur le sujet, alors qu’il suffisait d’en faire une bonne communication médiatique pour décanter toute la montagne de méfiance qui avait été échafaudée autour de la question. Que pouvez-vous donc dire après le passage de la bourrasque du débat parlementaire ?
Il faut toujours communiquer et le débat qui s’est déroulé au Parlement aura tout de même été un débat utile qui a permis à notre peuple d’accéder à l’information. Mais étant donné l’importance de ce projet, il faut multiplier des occasions et cibler des milieux sensibles pour poursuivre le programme d’information concernant les conventions de collaboration signées avec la Chine.
Après un rapprochement des gouvernements chinois et congolais, de longues négociations (7 mois durant) entre les experts des deux parties, chinoise et congolaise, ont abouti à l’élaboration des textes des conventions de collaboration et de joint-venture (en avril 2008), lesquels permettront de soutenir le projet de construction des infrastructures ainsi que celui de la mise en valeur des deux grands gisements de Kolwezi au Katanga (DIKULUWE et MASHAMBA)
L’autre accord important entre les deux parties concerne les statuts d’une nouvelle société, la SICOMINES ou la Sino-congolaise des Mines, créée par le Groupe Gécamines et le consortium d’entreprises chinoises. Son capital social sera de Cent millions de dollars américains réparties en parts sociales : 68 % pour le consortium d’entreprises chinoises et 32 % pour le groupe Gécamines. La SICOMINES a l’obligation d’assurer l’exploitation minière et le remboursement du financement destiné aux infrastructures et à la mise en valeur des gisements (9 milliards de dollars américains).
Il est un fait que le dossier contrat chinois ne constituait pas un projet de loi digne d’être adopté suivant la formule à l’Assemblée nationale, mais d’aucuns ont trouvé suspect qu’on ait utilisé le terme « prendre acte » pour signifier le quitus que la Chambre basse a donné à ce dossier, en dépit du refus de l’opposition de marquer cet avis favorable. On a considéré comme une sorte de réserve subtile dans l’expression « prendre acte » en lieu et place d’une position favorable mieux affirmée. Qu’est-ce que vous en dites ?
C’est une procédure normale, s’agissant d’une question d’information. Le spectacle offert par l’opposition est tout à fait régulier à mon avis ; l’opposition s’efforce de gêner toute démarche tendant à renforcer le pouvoir de la majorité. Mais il aurait été regrettable que le bureau considère indéfiniment l’absence de l’opposition comme condition pour la reprise des débats, ce qui aurait empêché à notre peuple d’accéder à l’information, le bureau s’est donc bien comporté. En dehors de quelques incidents regrettables qui ont émaillé ces échanges, tout s’est bien déroulé.
Est-ce qu’après le go donné par l’Assemblée nationale, le Sénat doit-il encore être appelé à se prononcer également sur ce dossier ? Si non, pourquoi ne requerrait-on pas l’avis de cette Chambre haute du Parlement pour un engagement dans un contrat de partenariat aussi décisif couvrant une période débordant largement le mandat d’une législature ?
Nous n’avons pas le droit de faire le jeu des agités d’autres cieux. L’information a été donnée à notre peuple à travers l’Assemblée nationale. Si le Sénat a besoin de plus de lumière sur ces accords, les procédures parlementaires sont bien connues. Notre peuple n’a que faire des spectacles, il veut vivre maintenant des réalisations, la souffrance n’a que trop duré.
L’actuelle convention de collaboration RDC-Chine est un partenariat décisif, certes, mais les autres accords qui ont été négociés les dernières années ne sont pas moins importants ; et pourtant, comparativement à la convention de collaboration conclue avec la Chine, l’impact matériel semble plus évident maintenant qu’avant. La partie congolaise a fait montre d’amateurisme dans les négociations des premiers accords, ceux notamment négociés pendant la transition, ce qui explique la tendance au redressement qui s’est dégagé à travers la campagne de revisitassions des contrats. Avec les Chinois, la marque de professionnalisme des experts congolais est perceptible.
Vous aviez déjà plus ou moins stigmatisé les attaques orchestrées contre le partenariat de la RDC avec la Chine autour des contrats conclus, surtout qu’il s’est même agi d’attaques sournoisement menées par le chef de la diplomatie de l’ancienne puissance coloniale au Congo et qui, du reste, ne semble pas avoir abandonné la partie, puisqu’on le dit poursuivre sa mission déstabilisatrice jusqu’en Chine. Cette situation finit par intriguer plus d’un. Quel est, selon vous, M. Muyej, le casus belli que recèle le dossier des contrats chinois et qui soulève tant d’attaques jusqu’à l’étranger ?
Les milliards des Chinois ont permis à la RDC de prendre un raccourci pour déclencher les chantiers de la reconstruction. Les Occidentaux ont été pris de court, surpris par cette nouvelle dynamique qui ne s’identifie pas aux méthodes de l’Occident, lesquelles ne prennent souvent pas en compte l’ampleur des préoccupations des pays en voie de développement. L’esprit de la coopération Occident-Afrique laisse toujours entrevoir la tendance d’assujettissement, de domination, de relation de maître à élève.
Le succès prévisible des conventions avec les Chinois mettra davantage en évidence cet écart flagrant entre les deux types de rapprochement, occidental et chinois, et dévoilera les faiblesses de la coopération traditionnelle.
Avec les mêmes Chinois, le modèle angolais impressionne ; un nouvel élan qui partirait de la même ouverture chinoise viendrait consacrer la coopération chinoise comme support pour le développement de l’Afrique subsaharienne. Cela pourrait réduire sensiblement l’influence de l’Occident dans la sphère des pays pauvres. L’agitation constatée résulterait donc de la crainte de la montée de l’influence chinoise.

Quant au ministre belge des Affaires étrangères, le fait qu’il n’y ait pas d’opposition manifeste à sa démarche dans la classe dirigeante belge devrait nous éviter l’erreur de considérer que c’est une action isolée, et par conséquent de minimiser le vaste programme de déstabilisation du régime en place. La cour a choisi son fou ; nous devons aiguiser des stratégies pour défendre nos intérêts et protéger l’indépendance et la souveraineté de notre pays.
Après le semblant d’apaisement de la tempête de la controverse autour du dossier contrats chinois, l’on perçoit un nouveau front que l’on soulève avec un désordre que l’on relèverait dans le camp AMP et pour lequel on alerte le Chef de l’Etat sur une nouvelle menace en la demeure de sa direction du pays. Etes-vous au parfum de cette crise et qu’en dites-vous ?
Je l’apprends. Au départ, l’AMP a été structurée pour gagner les élections. Elle est en phase de restructuration, maintenant, pour adapter ses organes à la période de gestion du pouvoir, mais aussi pour se préparer à conserver le même pouvoir, par les urnes en 2011. Ces mutations peuvent, par moments, susciter des agitations, mais pas au point de démobiliser et de déstabiliser le système.
La série de crises auxquels le président de la République ne cesse de faire face depuis qu’il est aux affaires, crises qu’il parvient à surmonter toujours et heureusement d’ailleurs, laisse croire que le Chef de l’Etat est tout le temps poussé à une sorte d’éprouvant exercice de sauts d’obstacles qui ne lui donne pas le temps de s’attaquer on ne peut plus sereinement aux solutions des problèmes cruciaux de développement qui se posent à la RDC, pays sorti d’une dictature destructrice d’abord, d’une guerre civile particulièrement meurtrière et déstabilisatrice ensuite. Que pouvez-vous dire de toute cette situation ?
Si toutes les secousses provoquées par le démarrage du train de la démocratie en RDC doivent être considérées comme des crises, nous risquons de nous tromper d’analyse. Je crois aussi que vous vous trompez dans l’appréciation de l’attitude du chef de l’Etat ; Joseph Kabila est naturellement calme, patient et profond. Que faut-il encore comme vertus pour affronter les difficultés dues à l’héritage douloureux que constitue un pays fortement détruit, el que vous en avez, vous-même, peint le tableau.
Je peux vous rassurer que la dynamique de la reconstruction se réalise lentement, mais sûrement ; il faut y croire ! Si détruire est aisé, le pays a été détruit pendant plus de 30 ans ; construire ou reconstruire est un processus laborieux, il faut du temps. Nos exigences devraient être modérées et réalistes.
En définitive, Honorable député, quelles leçons tirer de ce contexte politique de permanents montages de coups tordus ? Comment déjouer ces aléas qui se révèlent tout de même une déplorable diversion pour les dirigeants du pays ? Cela procède-t-il d’un état d’esprit malveillant ou d’une culture négativiste d’une opinion publique difficilement maîtrisable, parce qu’il ne paraît pas normal que, par exemple, un certain public congolais ne se complaise qu’à contrecarrer des entreprises qui peuvent concourir au bien-être général, simplement parce qu’elles sont initiées par un concurrent pourtant légitimé par le jeu démocratique donné comme ultime palliatif aux turpitudes de la société ?
Le virus de la Prima Curia agit encore ! Il faut une thérapie forte pour l’extirper de l’esprit de l’homme congolais qui a vécu dans le système de la 2ème République. Le programme passerait par la cure de désintoxication, la campagne de moralisation ainsi que celle du réarmement moral. Toute cette procédure doit être soutenue par des efforts économiques remarquables susceptibles de rendre le contexte social viable. Le changement est à ce prix.
On ne saurait terminer ce tour d’horizon sans évoquer le sujet de brûlante actualité qui a surpris plus d’un, à savoir : l’arrestation de Jean-Pierre Bemba par la Cour Pénale internationale (CPI). Quel commentaire peut-être un peu trop sur le vif pouvez-vous en faire ?
Je respecte la CPI et je ne voudrais pas anticiper sur la démarche de la justice ; mais je souligne tout simplement que c’est un signal fort pour ceux qui résistent encore à adhérer au schéma de la lutte contre l’impunité. Nos institutions devraient s’inspirer de ce cas.
Propos recueillis par Daniel Nzuzi/MMC
Last edited: 29/05/2008 15:05:28