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Toutefois, le président de l’Aica/Rdc invite les artistes plasticiens à revisiter l’histoire de l’art congolais moderne et contemporain avec objectivité scientifique, tout en expliquant les facteurs historiques, socioculturels, économiques, politiques, technologiques, etc. L’Association internationale de critique d’art section Rdc a réuni le lundi 19 mai 2008 dans la petite salle d’exposition de l’Académie des Beaux Arts, artistes et hommes de culture congolais, pour réfléchir sur la question des contre vérités contenues dans l’anthologie intitulée « Les arts du Congo d’hier à nos jours », écrite par le Belge Roger Pierre Turine et publiée aux éditions La Renaissance du Livre. Dans cet ouvrage présenté officiellement au Festival Yambi, l’auteur disqualifie une partie importante des créations modernes de la République démocratique du Congo dans sa chronologie, alors qu’il avoue lui-même ne pas connaître suffisamment ni les tenants ni les aboutissants des arts congolais quant à leur contexte de création.
Ainsi donc, plusieurs recommandations ont été proposées à l’issue de cette rencontre présidée par M. Charles Tumba Kekwo, président de l’Aica/Rdc. Les détails dans notre prochaine édition.

Ci-après la seule réaction d’un célèbre artiste congolais, Roger Bamba Ndombasi Kufimba, par rapport à cette publication erronée.

LES ARTS DU CONGO D‘HIER A NOS JOURS : UNE PROVOCATION INUTILE SINON DESOBLIGEANTE DE ROGER PIERRE TURINE

Par BAMBA NDOMBASI KUFIMBA

Dans le cadre des relations entre le Royaume de Belgique et son ancienne colonie affranchie en 1960, il y a eu quelques manifestations culturelles d‘éclat dont les plus marquantes sont sans conteste l‘exposition universelle et Internationale de Bruxelles en 1958 et le Festival YAMBI en 200 7(toujours en terre Belge).

Le premier événement comme le second, c‘est ni plus ni moins une expression d‘escroquerie et de partenalisme subtiles par certains anciens colonisateurs belges à l‘égard des Congolais dont 1‘identité pose aujourd‘hui problème de personnalité, d‘authenticité, d‘originalité et de dignité, conséquence, nous en sommes conscients, du fait que « la main qui donne est au-dessus de celle qui reçoit » hélas : Roger Pierre TURINE, dont nous saluons en passant le talent d‘écrivain et la liberté d‘opinion, a publié à l‘occasion de YAMBI un catalogue luxueux illustre de 199 pages aux Editions la Renaissance du livre, à Bruxelles.

Cet ouvrage aurait servi de véritable aperçu de l‘évolution des arts du Congo, si 1‘auteur n ‘eut pu être piqué on ne sait par quelle mouche d’un ethnocentrisme anachronique, maladroit, aveugle, rétro grade, tout le moins malhonnête, lorsqu‘il écrit de la page 48 à la page 51 : « … et puis, plus rien !... Eh bien, on a vu ce qu ‘on a vu ! Triste à pleurer. Triste à en vouloir à mort à tous ces prédicateurs de peinture d‘officine ou de dortoir... Laquelle n‘a strictement rien à voir avec ce qu‘on appelle L’ «art».  (sic) A bien regarder, quelle définition TURINE donne-t-il aujourd’hui au concept «Art», puisque celui-ci a éclaté en atomes depuis sa crise d‘interprétation et de signification apparue au 20ème siècle ? Notre auteur oublie-il que, depuis le KUNSTWISSENCHAFT, l‘art ne se juge plus par rapport à un type d’art idéal (Européen) d’autant plus qu’il est admis universellement qu’il n ‘y a pas de culture supérieure à une autre ?

Et notre auteur de poursuivre... Le rappel des faits qui précèdent se justifie tout juste par le souci de dire ce qui fut bien peu de choses au long d‘une histoire qui va, hélas, se répéter longtemps. J’ai eu beau à éplucher tous les livres parus sur le sujet et jusqu‘à la consternante (sic) Anthologie des Sculpteurs et Peintures Zaïrois contemporains, parue chez Nathan en 1987, sous la plume de BAMBA NDOMBASI KUFIMBA et MUSANGI NTEMO, avec le soutien de 1‘Agence de Coopération culturelle et technique, j‘ai eu beau voir autant que j‘ai pu des oeuvres congolaises de l‘ère du président MOBUTU, je n‘ai rien trouvé que vaille la peine d‘être seulement mentionné... Hormis l‘éclosion, fin des années septante, à Lubumbashi et à Kinshasa, d ‘une peinture populaire et rebelle sur laquelle je reviendrai, il n’y eut rien là-bas de costaud, d’impérissable, d‘indispensable, à se mettre sous la dent.

Un désastre ! Académisme suivi à la lettre, post colonialisme des formes et des idées, décadence stylistique adoptée par un pouvoir, comme tous les pouvoirs, aveugles en matière d’arts: ces marques de fabrique d’une époque de disette créatrice ne méritent évidemment pas que nous nous y attardions. Je ne citerai aucun nom en effet : à quoi bon !

Ce discours assassin et méprisant de Roger Pierre TURINE certes en mal de sensation et de célébrité n ‘est pas nouveau pour nous congolais. Il répond parfaitement à la logique d‘un paternalisme nostalgique et ethnocentrique. Ce discours n‘est pas très différent de la déclaration d‘un autre sujet belge Chantal DARTOIS pub1iée dans le quotidien Etoile du dimanche 7 novembre 1970.

L‘article épousait la forme d‘une interview due à la plume de Kangafu. A la question de savoir s‘il existe un art congolais moderne, Chantal répond : « il y a eu, je crois, un art africain authentique que la colonisation a détruit. Maintenant, je n‘affirmerai pas l’existence d‘un art africain. Il n‘existe pas, voilà! Tous les peintres congolais, par exemple, veulent imiter l‘art européen et le phénomène religieux. N’oubliez pas que votre colonisation fut missionnaire. La preuve? Le domaine de l‘art plastique est encore sous cette emprise. Je suis certains que le congolais maîtrise les instruments et la technique de la plastique ».

Un autre belge du nom de Joseph CORNET déclare, à l‘occasion du 3ème congrès Extraordinaire de 1 ‘AICA tenu à Kinshasa, à N’sele du 10 au 23 septembre 1973, sous le haut patronage du Président MOBUTU, que 1 « Art congolais moderne était en retard de 50 ans par rapport à celui de 1 ‘Europe ». A l’époque, nous avions réagi par le lancement du mouvement dit « avant gardisme Zaïrois » dont le manifeste s‘inspirait du « recours à l’authenticité » voulu par le guide MOBUTU. De notre point de vue, les résultats furent très positifs. A tous ces critiques belges et autres, nous voudrions dire aujourd’hui que l‘art congolais moderne ou contemporain existe bel et bien, sans doute à l‘état encore embryonnaire dû à sa jeunesse et donc à son état de recherche d’une identité authentique. Le problème en fait, demeure d’ordre cultuel et politique à la fois. L‘article congolais est confronté, en effet, à sa propre culture conçue comme un ensemble de valeurs qui conditionnent l‘homme aussi bien politiquement, économiquement que socialement à une époque donnée de 1 ‘histoire.

Mais de nos jours, peut-on encore parler d‘une culture ou civilisation restée inaltérée? Nous savons par l‘histoire que toutes les cultures qu’elles soient européennes, américaines, asiatiques, océaniennes ou africaines subissent les effets de la mondialisation et donc connaissent plus ou moins des transformations de nivellement et deviennent autres au contact avec des courants extérieurs malgré leurs autodéterminations à vouloir sauvegarder leurs identités de base, au profit de la diversité enrichie à la fois par les apports de la modernité et ceux de leurs traditions séculaires respectives. Ainsi qu’il s’opère au Congo des mutations vertigineuses sur le plan politique « avec la démocratie » économique, moral, social, intellectuel et religieux, 1‘art suit le changement général imprimé à tout le pays, mais alors en toute indépendance d‘idées et de pensées vis-à-vis de 1‘extérieur, qu’il en déplaise à certains anciens colonisateurs nostalgiques belges en mal de partenalisme désuet de nature à extravertir les expressions de notre âme. Il est vrai que le processus de modernisation et de développement en République Démocratique du Congo ne réussit pas encore, le système éducatif étant généralement peu efficient. Ce qui explique en majeure partie l‘existence de sérieux malentendus sur la culture Congolaise et son corollaire « Art ». Au-delà, transcende cependant toute une volonté nationale, latente, susceptible d ‘engendrer, au moment voulu, une culture et un art authentiques qui soient d‘abord au service du peuple. Mais celui-ci ne pourra pas se réaliser sans un effort conjugué de recherches bien mûries des artistes talentueux et des penseurs bien éclairés sur 1‘identité culturelle de noire nation en chantier.

Vouloir nier mal intentionnellement l’existence d’un art congolais contemporain à l‘ère de MOBUTU? C‘est bien vouloir tronquer 1‘histoire de la République Démocratique du Congo (RDC.) et en falsifier une des périodes les plus glorieuses du point de vue artistique, chose que nous ne pouvons tolérer au nom de notre liberté et de notre souveraineté nationale, face aux élucubrations d’un Roger Pierre Turine.

Célestin Lutete/MMC

Last edited: 23/05/2008 17:31:03

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