A l’arrivée de l’AFDL au pouvoir en 1997, son chef, Laurent-Désiré Kabila, avait affiché beaucoup d’am­bitions. Ce qui lui a valu l’admiration du peuple qui en avait marre avec l’ancien système. Mais, où sont passées toutes ses priorités, onze années après leur effet d’annonce ?

Le président Laurent ­Désiré Kabila avait, dans son discours d’investiture du 29 mai 1997, annoncé des objectifs ambitieux. Parmi ses priorités, il avait ciblé la restauration de l’ap­pareil de l’Etat, la réhabili­tation des infrastructures sociales et économiques, l’augmentation de la pro­duction agricole, la fin du chômage et la réunification de la devise nationale dans un pays confronté à plu­sieurs zones monétaires.

Il avait affiché sa ferme détermination de se démarquer des résolutions prises par ce qu’il considé­rait comme une « soit disant Conférence Nationale souveraine » à laquelle n’avait pas participé l’Alliance des forces dé­mocratiques pour la libéra­tion du Congo-Zaïre (AFDL).

La Constitution is­sue de la CNS, qui régis­sait l’exercice du pouvoir entre 1993 et 1997, « af­firmait le droit et l’obli­gation de tout Congolais  de faire échec à toute personne ou groupe de personnes qui tenteraient de prendre le pouvoir par la force ». Elle avait été co-signée par M. Lakhdar Brahimi, représentant spé­cial du secrétaire général de l’ONU, les ambassadeurs de Belgique et de France en poste à Kinshasa ; celui des Etats-Unis s’était dé­sisté, rappelle-t-on.

Dans son discours, Laurent-Désiré Kabila avait qualifié la classe po­litique congolaise de monde « décadent » et « intéressé ». « Lancer le processus de démocratisation en organisant des élections législatives, comme l’auraient souhaité nos détracteurs, aurait des conséquences tragiques à plusieurs points de vue ; cela équivaudrait à une prolongation  de l’ancien régime, avec tout ce que cela implique », avait-il craint, estimant que la RDC « ne pourrait être gouvernée qu’en vertu d’une Constitution rédigée par une Assemblée constituante ».

Les autorités auraient ainsi suffisamment de temps pour établir une nouvelle administration et « organiser la première consultation électorale, pas dans une am­biance de confrontations et divisions mais dans le cadre d’un effort concerté ». A son avis, une Assemblée législative ordi­naire aurait été synonyme de chaos politique, avec une multitude de « 300 partis politiques » s’op­posant les uns aux autres.

C’est dans ce con­texte qu’il dévoila un calen­drier électoral fixant, pour « avant 1er avril 1999 » et après approbation de la Constitution par un réfé­rendum populaire (décem­bre 1998), la tenue des élec­tions législatives et prési­dentielles. « Ces dates seront respectées, d’aucune influence étrangère n’y changera quoi que ce soit », avait-il af­firmé.

En 1999, intervint la dissolution de l’AFDL sur décision du président Lau­rent-Désiré Kabila qui la qualifia de « conglomérat d’aventuriers », parce qu’il la suspectait d’être infiltrée par des opportunis­tes en quête de positionne­ment au pouvoir. La RDC était alors victime, depuis le 2 août 1998, d’une agression menée par l’ar­mée rwandaise soutenant des officiers congolais con­tre le régime en place à Kinshasa.

Il mit en place les Comités du pouvoir popu­laire (CPP) auxquels il con­fia la mission d’organiser le peuple congolais à la base en vue de le préparer à défendre ses intérêts face aux velléités préda­trices des politiciens véreux de tout bord et à « participer à l’effort de développement ».

Des objectifs inchangés

Neuf années plus tard, deux des priorités de l’AFDL ont été réalisées. Les élections législatives et présidentielles ont été or­ganisées les 30 juillet et 29 octobre 2006 (1er tour de la présidentielle) « sous influence étrangère ». L’Union européenne s’y était impliqué étant au plan financier et matériel que militaire par l’entremise de l’Eufor chargée de sécuri­ser les élections dans la ville de Kinshasa, particulièrement.

La devise nationale a, depuis longtemps, été réunifiée, le franc congo­lais est consommé sur l’en­semble du territoire natio­nal et les zones monétaires ont disparu.

Il reste en mire les autres priorités, que le pré­sident Joseph Kabila Kabange a prises en compte dans le programme gouvernemental dit des « Cinq chantiers ». En effet, l’appareil de l’Etat n’a pas encore été complè­tement restauré, les infrastructures sociales et éco­nomiques attendent encore la mise à disposition de 5 à 9 milliards de dollars amé­ricains promis par des in­vestisseurs chinois pour soit leur réhabilitation soit leur construction, l’aug­mentation de la production agricole demeure une am­bition tandis que le chômage semble avoir de beaux jours devant lui.

D’autre part, l’insé­curité est toujours présente dans la partie orientale du pays, où près d’un million de déplacés vivent dans des conditions infra-humai­nes. Groupes armés étran­gers (rebelles rwandais, ougandais et burundais), milices locales et armée loyaliste s’y affrontent tout le temps. La présence des troupes de la MONUC n’y change pas les donnes.

L’Est est donc tou­jours occupé depuis que, le 3 août 1998, des combats avaient éclaté dans les provinces du Kivu où l’armée de Kigali était intervenue aux côtés d’of­ficiers congolais Tutsis d’origine rwandaise ayant pris des armes contre le pouvoir de Kinshasa.

Et contrairement à ce que le peuple espérait, à l’Accord global et inclu­sif issu du Dialogue inter congolais, ni l’Exécutif de transition (2003-2006) moins encore le gouvernement légitimé par les urnes de 2006 n’a réussi à apporter la paix dans cette partie du territoire national et à y restaurer l’autorité de l’Etat.

(Ern.)

Angelo Mobateli/Le Potentiel