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Le parcours de feu Laurent-Désiré Kabila incarne comme nul autre pareil celui de la révolution nationaliste congolaise qui avait subi des revers sur revers pour finalement triompher au bout d’une patiente et héroïque marche sur son pire ennemi le néo-colonialisme incarné lui par Mobutu. Laurent Désiré Kabila est né le 27 novembre 1939 à Jadotville (Likasi), de père Désiré Kabila Taratibu Obashikilwe, fonctionnaire des PTT ressortissant de Ankoro, une localité de la tribu Luba dans le Nord du Katanga, et de mère Jeannine Mafik Mwad Kanambuj à Mubol, de la tribu Rund, dans le Sud du Katanga. Le jeune Kabila a fait ses études primaires et secondaires à Jadotville même et était amoureux de sports et de la musique; il savait jouer de la guitare et composait des chan­sons. Comme tout bon katan- gais de son épo­que, il était bagarreur. Certains de ceux qui l’ont approché ont dit de lui qu’il était aussi  « assez fermé, secret, rigide, têtu et obstiné, et peu ouvert ».

Il fait son entrée en po­litique à 21 ans, en mili­tant au sein de la Jeu­nesse de « Balubakat », le parti de Jason Sendwe, qui rassemblait les baluba du Katanga (tribu majoritaire de la pro­vince du Katanga) pour contrer les velléités sé­cessionnistes de la Conakat (Confédération nationale du Katanga) de Moïse Tshombe.

LD Kabila Journaliste !

Servi par une belle maîtrise de la langue fran­çaise qu’il manie avec une verve oratoire admirée de ses amis et compagnons de lutte, Kabila est reconnu comme un intellectuel radi­cal, séduisant, mobilisateur, formant et persuadant des milliers de jeunes. Sendwe le nomme à la tête de la jeu­nesse du parti. Dans le « Gouvernement démocrati­que de la province du Lualaba au Nord-Katanga » formé en 1961, Kabila oc­cupe des fonctions importan­tes de directeur provincial, puis de chef de cabinet au ministère de l’Information et de Télécommunications. A ce titre, il présente de nom­breux « billets politiques » à la radio. Féru d’information, il collabore au journal appelé « Petit Figaro du Nord-Ka- tanga », et plus tard créera son journal « L’Etincelle », organe révolutionnaire dans les cités communistes. Il est fait député au sein de ce gouvernement provincial en 1962. Il rallie le Conseil National de Libération (CNL créé le 3 octobre 1963 par les    « nationalistes » lumumbistes Christophe Gbenye et Gaston Soumialot. Dans le « gouvernement provisoire du CNL  installé à Albertville (Kalemie), le 27 juillet 1964 Kabila est vice-président chargé des Relations et du Commerce extérieur dans le « Conseil Suprême de la Révolution » créé en août 1965 par Soumialot pour tenter d’intégrer toutes les rebellions (et contrecarrer Gbenye), le très jeune Kabila (il a alors 26 ans) le vice-président en sa qualité de commandant suprême du front Est (Kivu et Katanga), tandis que Abdoulaye Yerodia est nommé président du comité exécutif du Conseil.

Son intense activité révolutionnaire ainsi que ses fonctions au sein du gouver­nement rebelle, comme au sein de son mouvement, amènent Kabila à effectuer de nombreux voyages et séjours de formation à l’étranger, essentiellement dans les pays socialistes africains, asiatiques et euro­péens. Tanzanie, Angola, Egypte, Tchécosbovaquie, Yougoslavie, Union soviéti­que, Chine, etc. A travers la Tanzanie, il bénéficie d’un important soutien de la Chine. Son combat lui attire la sympathie du révolution­naire cubain, Che Guevara, qui démissionne de son poste ministériel pour venir soutenir son combat contre l’impérialisme. Persuadé que l’appui extérieur ne peut jamais suffire, Kabila exerce des activités de commerce d’or pour obtenir les moyens d’organiser le maquis et de soutenir son combat de libération.

Option la lutte armée

En janvier 1967, Kabila se distancie du CNL, crée le Parti de la Révolution d’un séjour de formation en Chine, et conserve très peu de choses de la vision lumumbiste. Le parti se veut marxiste-léniniste, privilé­giant la butte armée (par rap­port à la butte politique, paci­fique) pour « libérer le Congo du régime meurtrier et des­potique installé par les Etats-Unis et dirigé par leur marionnette Mobutu ». Sur le plan idéologique, Kabila est moins proche de Soumialot que de Mulebe et de Che Guevara, même si ce dernier parait avoir un regard mitigé sur Kabiba, un regard tantôt admiratif il a bonne impression de sa compré­hension de la question pay­sanne et de sa capacité de mobilisation, le jugeant, quoi­que très jeune, comme étant, parmi les rebelles, « le seul homme qui ait les authentiques qualités d’un dirigeant de masses », tan­tôt négatif. Le PRP entend opérer un dépassement qualitatif aussi bien du « mulelisme » que du « lumumbisme », en apportant de la valeur ajoutée à cette vision politique, mais, comme elle, le PRP prône le « monisme politique, organisationnel et idéologique ».

A l’exemple de Mao et Nyerere

Si Kabila n’a pas su bien organiser les combat­tants, son point fort a été plu­tôt les relations diplomati­ques avec l’extérieur, et la formation idéologique révo­lutionnaire qu’il assure cha­que jour, et de manière for­melle chaque jeudi, aux membres et combattants du Parti de la révolution po­pulaire.

Les conseils et ouvra­ges de Mao Tse-Tung ser­vent de référence de base. En même temps que, sur le plan militaire, il met en place les  « Forces Armées Popu­laires, branche armée du PRP, Kabila estime que la révolution a pour objectif fi­nal la libération des paysans de la misère et de la décon­sidération. Il crée ainsi des « cités agricoles » sur la base du principe de l’auto-suffi­sance alimentaire valorisé par le socialisme africain de Nyerere, le principe de ne compter que sur ses pro­pres efforts, et il intensifie l’éducation à la nécessité de la guérilla dans les régions rurales, en conformité aux prescriptions maoïstes. Après l’échec des rébellions d’obédience lumumbistes Kabila se retirera dans le maquis de Fizi et ne fera plus parler de lui. Dans les années 80, on le signale dans des alliances avec Yoweri Kaguta Museveni alors rebelle ougandais. En 1984, passant par la Tanzanie, les Forces Armées Po­pulaires de Kabiba assiégent la cité de Moba, dans le Nord du Katanga, pendant trois jours, avant de se faire déloger par des parachutistes venus de Kinshasa, com­mandées par le Major Mahele en 1985, les trou­pes de Kabila rééditeront leur exploit à Moba, mais pas pour longtemps non plus. Et, l’expédition punitive des avi­ons de guerre de fabrication française les pourchassera avec des obus jusque dans leur retranchement en Tan­zanie. Le président Mobutu appellera cela« Droit de poursuite”.

Ultime piège de l’agression rwando-ougando-burundaise

Paul Kagame et Yoweri Museveni, déclarent la guerre le 2 août 1998, et promettent de le destituer en quelques jours, comme ils l’avaient fait avec son prédé­cesseur. Le « marxiste-léni­niste-maoïste » (entendez Kabila) leur rétorque que la guerre sera longue et popu­laire. Avec l’appui des armées angolaise, zimba­bwéenne, namibienne et tchadienne, Kabila résiste, mais le pays sera morcelé. Laurent-Désiré Kabila est mort assassiné dans son bureau, le 16 janvier 2001, par Rashidi, l’un de ses propres gardes de corps, lui aussi abattu quelques ins­tants plus tard, par le colo­nel Eddy Kapend.

L’histoire retiendra de la personnalité de Kabila, qu’il a été l’un des rares op­posants au régime dictato­rial de Mobutu à être resté admirablement constant, persévérant et déterminé, dans un combat de plus de 25 ans.

(Milor)

L’Avenir

Last edited: 17/05/2008 15:13:15

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