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A Idjwi la plus grande île du lac Kivu, les militaires et leurs épouses achètent le gros de la production du charbon de bois auprès des Pygmées qu’ils revendent à bas prix à Bukavu, au grand mécontentement d’autres marchands. Tout ce commerce se poursuit malgré l’interdiction de la coupe et de la vente du bois sur l’île…

Un colis d’emballage sous les bras, Jean-Claude Barholere attend depuis deux semaines la livraison de braise à Kashofu, un village de l’île d’Idjwi, à 150 km au nord de Bukavu, chef-lieu du Sud-Kivu.

Ses clients Pygmées auprès de qui il s’approvisionne d’habitude ne peuvent honorer sa commande, pourtant déjà payée à l’avance. « Contre notre gré, nous vendons toute notre braise aux militaires de la Force navale, pour ne pas s’attirer leur courroux », explique Albert Kashosi, un Pygmée quinquagénaire producteur de braise dans l’île.

C’est depuis cinq ans environ que les militaires se sont incrustés dans le commerce de charbon de bois dans cette île de 310 km2. Avec leurs épouses, ils achètent systématiquement le gros de la production de braise, laissant le reste aux autres petits marchands. Le produit ainsi acheté est vendu sur le marché de Bukavu, à des prix assez bas : 8 $ le sac de 50 kg, au lieu de 12 $, le prix habituel. « Les épouses des militaires vendent à ce prix, parce qu’elles tiennent à écouler rapidement leur marchandise afin de multiplier les navettes vers l’île d’Idjwi, raconte Joséphine Nzigire, une ménagère contente d’acheter ainsi à bon marché la braise.

Pour les autres petits vendeurs, c’est presque la déroute. Ils se plaignent de cette intrusion des soldats et de leurs compagnes dans ce commerce qui les a toujours fait vivre.

« Nous achetons un sac de braise à 2500 Fc (4,8 $). Nous payons en plus plusieurs taxes aux militaires qui ne nous délivrent aucune quittance. Leurs épouses ne payent, par contre, aucune taxe… », dénonce, fulminant de colère, un vendeur du marché du beach Muhanzi.

Couper et vendre contre la loi

Pourtant, des mesures drastiques d’interdiction de coupe et de vente de charbon de bois avaient été prises par les autorités locales il y a quelques années, sauf en cas d’autorisation, pour arrêter la déforestation de l’île Idjwi. Mais, l’implication des militaires dans ce commerce ne s’est jamais arrêtée, provoquant même l’affrontement, en 2006, entre les soldats de la Force navale et ceux de la Force terrestre.

« J’avais dénoncé cette situation auprès du commandant de la 10ème Région militaire à Bukavu et du gouverneur de province, mais rien n’a été fait pour arrêter ce désordre », déclare Roger Ntambuka, Mwami d’Idjwi et Sénateur, qui dit avoir reçu en retour des menaces de mort à peine voilées ».

Le commandant de la 2ème brigade de la Force navale à Idjwi, le lieutenant Muledgo, défend ses hommes. « Mes militaires ne font pas le commerce de braise, affirme-t-il. S’il s’avère que certains s’adonnent à cette activité, mon devoir est de les sanctionner ». Il admet, toutefois, que les épouses des militaires peuvent vendre la braise si elles le désirent. « C’est normal, car le fait d’êtré épouse de militaire ne leur interdit pas de faire du commerce comme les autres femmes », soutient-il.

Les femmes des militaires avouent bien se livrer à ce commerce et donnent les raisons qui les poussent à le faire. « Nous interdire de vendre la braise revient à condamner notre progéniture à la disparition », avance l’une d’elles, Chantal Mpalaga, qui dit que grâce à cette activité, elle s’habille désormais convenablement comme les autres femmes qui se moquent souvent d’elles « parce qu’elles sont épouses de soldats ».

(Yes)

John Kadjunga/InterCongo media/Syfia

Last edited: 17/05/2008 14:57:45

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