L’ancien vice-ministre des Affaires étrangères, Robert Mbwinga, dans un franc-parler, stigmatise le contentement de certains membres de l’AMP et d’autres partenaires notamment le PALU et l’UDEMO qui restent souvent en retrait et laissent le PPRD, seul au front à toute attaque de l’Opposition politique.

Par la même occasion, il remet les pendules à l’heure à propos de l’action controversée du Premier ministre. Qui, a son point de vue ne devrait pas être pointé du doigt chaque fois qu’un membre du Gouvernement faillit dans son secteur.
Uhuru : Ces derniers temps le Premier ministre fait l’objet des tirs croisés tant au sein de la majorité que dans l’opposition. Comment expliquez-vous cela ?
R.Mb : En tout cas au sein de l’AMP je ne sais pas c’est probablement en coulisse. Par rapport à l’opposition, ce n’est que normal car c’est son rôle constitutionnel. Cependant, le problème ne doit pas être personnalisé. Le patriarche Gizenga n’est pas, à lui tout seul, le gouvernement quand bien même il en est le Premier ministre. Si les choses ne marchent pas dans un secteur et que l’opposition épingle des insuffisances, il ne faut pas nécessairement les mettre sur la personne d’Antoine Gizenga, c’est d’abord la responsabilité du ministre ayant ce département dans ses attributions. Je trouve que c’est mal poser le problème. Au gouvernement on a un programme et le ministre a la mission de pouvoir l’exécuter dans son secteur. On peut lui reprocher le fait que lui en tant que Premier ministre, il a un rôle de coordination, il a un rôle d’impulsion aussi à la suite du Chef de l’Etat. Si c’est cela qu’on lui reproche, je veux bien qu’on analyse cela. Mais si c’est parce qu’il y a eu déraillement d’un train ou crash d’avion, là c’est un pas qu’on franchit facilement.
Uhuru : D’aucuns estiment que le Premier ministre sombre dans l’inactivisme, qu’il croule sous le poids de l’âge et qu’il faille le remplacer pour imprimer un nouveau souffle à l’action gouvernementale. Qu’en pensez vous?
R.Mb : Je ne crois pas que pour apprécier le travail de quelqu’un il faut que ce soit télévisé. Aujourd’hui tout ce qui se fait au niveau du Parlement est relayé en direct à la télévision et on croit que les gens travaillent. Et pourtant, le Chef de l’Etat nous disait chaque fois quand nous étions au gouvernement et je sais qu’il continue de le demander au Premier ministre comme aux membres du gouvernement que ce n’est pas à la télévision que vous devez travailler, mais soyez sur le terrain occupez-vous de ce que vous devez faire.
Si les gens pensent qu’on devrait montrer chaque jour le Premier ministre à la TV comme on le fait pour le Parlement, on ne parlerait plus d’inactivisme. Il est vrai, personne ne pouvait penser qu’à 80 ans passés, le Premier ministre devrait avoir le même dynamisme que lorsqu’il avait 40 ans. Ce serait contraire à la vérité. Le problème, c’est que nous sommes dans un régime où l’exécutif est entraîné par le Chef de l’Etat et le Premier ministre. En même temps, nous avons des ministres qui sont responsables. L’activité du gouvernement ne doit pas se faire sentir par la seule coordination du Premier ministre, mais par ce que font les différents ministres dans leurs secteurs respectifs.
Uhuru : Devons-nous avouer que les cinq chantiers sont un slogan, une réalité ou une utopie parce qu’il y a exactement une semaine les partenaires chinois sont montés au créneau pour dénoncer la compréhension chaotique et contradictoire de leurs pairs Congolais ?
R.Mb : Ce n’est pas un slogan, ç’a été le programme du Chef de l’Etat pour son quinquennat. Le rôle du Chef de l’Etat n’est pas d’exécuter, mais de pouvoir définir et donner des orientations. Il a d’ailleurs été très bien inspiré de pouvoir dire non pas les grandes réalisations, mais donner les grandes lignes. Raison pour laquelle, il a parlé des chantiers. Or, un chantier fait référence à un travail de longue haleine. Ce serait malhonnête de ne pas reconnaître ce mérite. J’enrage quand j’entends les gens qui, pendant 40 ans n’ont jamais été capables de pouvoir ne fut- ce qu’élaborer un budget de la République nous donner des leçons aujourd’hui. J’étais surpris de voir, lors du débat consacré aux contrats chinois, les députés entrain de s’étonner que les études de faisabilité soient faites par les Chinois. Je voudrais leur dire que c’est l’investisseur qui fait les études de faisabilité. Dans le cadre des projets miniers, les investisseurs sont les Chinois. Qui doivent s’assurer de la rentabilité ou pas du projet avant de décider de l’investissement.
Un investissement n’est pas ponctuel, il peut prendre des années avant de passer à exploitation. Et si entre-temps les conditions se modifient, même les conclusions des études de faisabilité doivent être revues. Pour tous ceux qui, comme moi donnent les enseignements d’élaboration et d’évaluation des projets, je ne vois aucun scandale à cette procédure. Quand le Chef de l’Etat parle de chantiers, ce qu’il ne prend bien conscience que 3000 km de chemins de fer ne se construisent pas dans un temps record. C’est de mauvaise foi que les gens viennent demander aujourd’hui les résultats de 5 chantiers. Qui, parmi tous ceux qui râlent aujourd’hui peut prétendre que quand il était ministre à tel poste, il a laissé des études de faisabilité sur des projets ?
Les amis chinois ont le droit de se plaindre de nos lenteurs et de nos contradictions parce que faute de projets, nous ne pouvons pas leur dire avec exactitude ce qu’il faut faire. Quel parlementaire peut oser nous dire avec précision ce qu’il faudra faire si on décide de faire 200 km de routes dans la ville de Kinshasa, sur le tronçon allant de l’avenue Sendwe jusqu’a l’Université de Kinshasa avec évaluation des coûts et des impacts sur les plans social et environnemental ? C’est ce travail de fond qui est entrain d’être fait pour éviter de commencer les travaux et de s’arrêter à mi-chemin pour n’avoir pas pris en compte tel paramètre.
Uhuru : Pendant ce temps, l’opinion vous tient à l’œil et le compte à rebours a déjà commencé. Pensez-vous qu’elle l’entendra de cette oreille ?
R.Mb : L’opinion attend de voir les travaux commencer et ce, avec contraste, c’est que ceux qui critiquent les Chinois sont dans un édifice chinois et l’un des plus grands du pays. Qu’ont fait ces prophètes de critiques pendant tout ce temps qu’ils étaient aux affaires ? Ils ont tout fait sauf imaginer ce qui pourrait se faire demain comme je les ai entendu dire que quand on est responsable on doit réfléchir aux générations futures. Joseph Kabila au moins y a pensé. Le problème de la population n’est pas de voir le chef de l’Etat résoudre dans cinq ans tous les problèmes de ce pays, mais de voir qu’il y a un programme qui s’exécute. C’est maintenant que la route Kinshasa Matadi dont les travaux avaient débuté avec l’avènement du président de la République en 2001 vient de se terminer. A l’heure actuelle, on est entrain de réfléchir sur ce qu’il faut faire pour enlever l’obstacle sur le pont Mpozo, à Matadi, trop petit et qui fait que les grands engins ne peuvent passer par là. L’essentiel, c’est de savoir à partir de quand on lance les travaux, quels travaux on va faire, quels en sont les coûts et les impacts environnementaux et sociaux et enfin, combien de temps réaliser cela. Je n’en doute pas, Joseph Kabila le fera. C’est alors que l’opinion lui accorde l’occasion de parfaire cela au second mandat. Le développement, je l’ai appris des Coréens, on l’envisage en termes des générations et non dans le cadre d’un petit budget annuel.
(Ern.)Hubert Kadima/Uhuru
Last edited: 14/05/2008 17:53:27