Le dernier couac, dans les relations diplomatiques entre la République démocratique du Congo et son ancienne métropole n’a pas encore fini de provoquer des vagues.

Le dernier couac dans les relations diplomatiques entre la République Démocratique du Congo et son ancienne métropole n’a pas encore fini de faire des vagues. Au-delà d’un simple indice, le « débat d’incident » provoqué à Kinshasa et à Bruxelles par la visite saccadée du trio ministériel belge auprès du Président de la RDC mériterait bien que l’on s’interroge sur la motivation du ministre belge des Affaires étrangères, M. Karel De Gutch qui n’en est pas à son premier coup au cœur du jeune Chef de l’Etat congolais. L’essentiel n’est pas vraiment de savoir si Joseph Kabila méritait une telle égratignure de la part de ses visiteurs en tant qu’hôte mais, nous semble-t-il, de se demander pourquoi et comment ? Ce serait déjà tenter de répondre au mystère d’un ministre dont l’indélicatesse ou l’exubérance dialectique colorie désormais la diplomatie belge. Celle-ci ne laissera pas d’inquiéter ceux qui croient en RDC que la Belgique est une grande puissance. En vérité, ils sont désormais minoritaires dans la masse critique congolaise.
En effet, autant le parfait diplomate est un homme calme, patient et fin dialecticien qui œuvre pour la réconciliation entre les citoyens du monde, autant la maladresse de M. De Gutch ne peut être récupérée que par opportunisme négatif ou par mauvaise foi politique. Le tout n’est pas de devoir dire, mais de savoir dire en choisissant le moment et la manière. La qualité de la diplomatie de toute nation a toujours une faiblesse : elle est généralement liée à une forte personnalité. C’est ainsi qu’il a suffi du remerciement de Bismarck pour faire perdre à l’Allemagne sa position privilégiée qu’elle occupait dans le système européen entre 1870 et 1890.
Au regard de la grammaire de cet événement que Joseph Kabila a qualifié de début d’un incident, l’honnêteté veut que l’on salue le signal fort qu’il a envoyé au gouvernement belge, signal du reste apprécié par la majorité francophone de Bruxelles et de la Wallonie. Aussi, le président du Parlement wallon José Happart, a-t-il concédé que la RDC est un pays ami avec lequel la Belgique partage la même langue officielle qu’est le français, et d’ajouter que l’« on traite ses amis avec élégance et courtoisie ». Il est tout de même regrettable que la réaction de la diplomatie congolaise n’ait ni atteint ni dépassé ni égalé la vitesse et la pression de la réplique kabilienne.
En effet, à la qualité de la diplomatie, Morgenthau ajoute la qualité de gouvernement dans sa théorie sur l’équilibre des forces. Pour H. Morgenthau (Politics among Nations, Knopf, 1973), la qualité de gouvernement se décompose elle-même en capacité d’articulation des moyens, aux objectifs et en la faculté de susciter le soutien populaire nécessaire à la poursuite d’un objectif de politique étrangère.
Alors qu’en Belgique, l’opinion nationale a réagi en termes d’incident entre Joseph Kabila et le gouvernement belge, en RDC, beaucoup de leaders d’opinions ont réagi en termes de complication entre le gouvernement belge et le Chef de l’Etat congolais.

On voit bien qu’il manque encore à la nation congolaise un dernier élément intangible de la force nationale qui est le moral de la population. C'est-à-dire, le degré de détermination avec lequel une nation soutient les politiques étrangères de son gouvernement en temps de paix ou en temps de guerre. Dans l’histoire politique du monde, la guerre du Vietnam a toujours illustré à merveille cette dimension de la force nationale.
Enfin, il faut ajouter à ces outils de l’équilibre des forces entre nations, la variable prestige et l’intérêt de réputation d’une nation. L’indétermination de notre peuple à s’assumer et l’absence des éléments constitutifs de la force nationale plus haut énumérées expliquent peut-être le pourquoi du culot de M. De Gutch, chaque fois qu’il rend visite à la RDC.
Le comment de la démesure de l’homme d’Etat belge peut relever de la peur d’être oublié dans son rôle de meilleure expertise du dossier congolais auprès de la toute puissante Amérique avec la signature de l’accord entre Kinshasa et Pékin sans que les termes de négociations lui en soient au préalable expliqués. Un réflexe néocolonial qu’il faut inscrire au passif.
Néanmoins, se poser la question de savoir ce que deviendrait la Belgique sans le dossier congolais, permettra aussi de comprendre l’orientation du discours belge. Il ne s’agit pas d’être irascible aux critiques belges qui sont fondées, mais de dire pourquoi a-t-on besoin, rue de La Loi, de le dire avec indélicatesse. C’est que si la Belgique tient tant à être alignée comme témoin dans les débats de Kinshasa avec les bailleurs de fonds et services chinois, c’est aussi parce qu’elle n’est une grande puissance qu’en RDC.
Non seulement ses ressources naturelles (facteur aussi important de la force nationale) et sa position centrale font de la RDC un gros morceau sur l’échiquier international, la Belgique n’est qu’une petite puissance où ses dirigeants considèrent qu’elle ne peut jamais, agissant seule ou à l’intérieur d’un petit groupe, avoir un impact de quelque importance sur le système international. Mais, de là à transformer ses inquiétudes en intimidation, il y a un pas à ne pas franchir.
(Ern.)ACP
Last edited: 14/05/2008 16:03:22