A l’Enseignement supérieur et universitaire (ESU), les campus de l’Université de Kinshasa (Unikin) et de l’Université de Kisangani (Unikis), en Province Orientale, étaient en ébullition vendredi matin.

A Kinshasa, des centaines d’étudiants ont manifesté leur colère face à la grève des professeurs qui dure depuis près quatre mois. Et à Kisangani, il y a eu une bagarre généralisée entre les étudiants de l’Unikis et leurs camarades de l’Institut facultaire des sciences agronomiques (Ifa).
Une foule d’étudiants internes de l’Unikin avaient barricadé l’entrée du campus. Ils s’apprêtaient à marcher, mais leur mouvement a été étouffé par la police. Certains d’entre eux étaient étonnés de constater le déploiement des agents de l’ordre.
Ceux-ci étaient postés, les uns au niveau des Cliniques universitaires, les autres au niveau de l’espace appelé communément Triangle qui fait la jonction entre le campus et les communes de Mont Ngafula et de Lemba.
Au cours des échauffourées entre manifestants et policiers, un étudiant a été blessé par balle. Il a été conduit aux Cliniques universitaires pour des soins. Selon Felix Makoko, coordonnateur des étudiants de l’Unikin, ils ne demandent qu’une chose : que le gouvernement et leurs professeurs se mettent autour d’une table pour leur éviter une année blanche.
Le calme a été rétabli, et jusque dans la mi-journée, les policiers gardaient leurs postions. Ce même vendredi, le campus universitaire de la ville de Kisangani a été le théâtre d’une bagarre généralisée entre les étudiants de l’Unikis et ceux de L’Ifa.
Le bilan provisoire faisait état d’une dizaine de blessés graves et légers de part et d’autre. Tout a commencé par un contrôle d’identification effectué jeudi par les autorités académiques de l’Unikis. Au complexe Elugu, le home le plus peuplé, celles-ci ont constaté, selon le secrétaire général administratif de l’Université de Kisangani, que 5 étudiants de l’institut facultaire des sciences agronomiques étaient en situation irrégulière. Ils ont ainsi été délogés.
Vendredi matin, les étudiants de 2ème Graduat Biomédical de la faculté de Médecine ont trouvé tous leurs bancs écritoires jetés dehors par leurs camarades de l’Ifa. Selon le représentant des étudiants de cette institution, l’auditoire est revendiqué par l’Ifa.
Les violons ne se sont pas accordés entre les deux parties, et la situation a dégénéré. Bagarre générale, jet de pierres. Bilan matériel la façade du bâtiment abritant le laboratoire de la faculté de Médecine a été fortement endommagée, les vitres et les bancs écritoires cassés par les étudiants de l’Ifa en colère.
Pour rétablir l’ordre, la police dépêchée sur les lieux a dû faire usage du gaz lacrymogène. Une rencontre entre les autorités académiques de deux institutions était prévue dans la journée.
Les étudiants de l’UNIKIN révoltés manifestent contre le Gouvernement
Le site universitaire du Mont Amba s’est réveillé, 9 mai 2008, sous une forte tension. Très tôt matin, les étudiants ont décidé d’organiser une marche en direction de la ville où se situent les institutions de la République. Cette initiative a été rapidement tuée dans l’oeuf et arrêtée très nettement au niveau du Boulevard Salongo par les forces de l’ordre.
Après cet échec, les étudiants ont pris la résolution de bloquer l’accès au Campus. Du côté de l’Avenue de l’Université, une barrière de pneus était érigée au niveau de l’arrêt Elimu Santu. Du côté de la route de Kindele, l’accès au lieu dit « Trafic » était fortement verrouillé. Le Plateau des Résidents où logent plusieurs enseignants et membres du personnel administratif n’a pas échappé à la mauvaise humeur des étudiants. Aucun véhicule ne pouvait sortir du site ou y entrer.
Ce mouvement spontané a laissé quelques dégâts. Un véhicule appartenant à un particulier a eu des vitres brisées. Un groupe aurait pris d’assaut le chantier en construction du Chef de Travaux Mayobo, actuel Ministre près le Premier Ministre, et détruit cette infrastructure. Certains étudiants ont lancé des pierres en direction de l’habitation du Professeur Lemba Tiebwa, Secrétaire Général du Gouvernement.
Ne faisant montre d’aucun discernement, les étudiants en furie ont brûlé le chapiteau installé par Celtel devant le Bâtiment Administratif de l’UNIKIN. Cette bâche sert à couvrir les activités de la Journée Internationale du Rein organisée par le Service de Néphrologie des Cliniques Universitaires sous la direction du Professeur Dr Nazaïre Nseka Mangani. Cet acte risque de compromettre le déroulement de la dernière phase prévue le 15 mai prochain.
Pour éviter que la tension ne dégénère et n’atteigne un niveau incontrôlable, la Police a dû intervenir et « tirer en l’air ». On ne s’est pas empêché de déplorer deux cas. Il s’agit de deux étudiants (dont l’un de 2e Graduat Médecine) atteints de balles au niveau de jambes et acheminés aux cliniques universitaires de Kinshasa.
Tel est le film de cette journée mouvementée durant laquelle les étudiants se sont invités dans le processus de négociations entre le Gouvernement et leurs professeurs. Informés certainement de l’annulation de la rencontre hebdomadaire de L’APUKIN (Association des Professeurs de l’Université de Kinshasa) prévue le 9 mai 2008, les étudiants ont tenu à attirer l’attention du Gouvernement sur leur sort et dénoncé ainsi son inaction face aux revendications des professeurs.
Il faut, une fois encore, déplorer l’usage disproportionné de la force par la Police. Au lieu d’encadrer les étudiants, elle a usé des moyens aux conséquences fort regrettables.
La décision du Gouvernement, un document ambigu
Lors de leur précédente Assemblée Générale, les Professeurs de l’UNIKIN avaient jugé les conditions propices pour la reprise des activités. Toutefois ils avaient exigé du Gouvernement une garantie découlant de leurs revendications. Par garantie, ils entendaient la production d’un barème salarial signé par trois ministres et stipulant le paiement pour le mois d’avril ou mai 2008.
Longtemps attendue et sujette aux atermoiements des dirigeants concernés, cette décision a été signée le 2 mai 2008. Elle porte amélioration des conditions de travail du personnel académique, scientifique et administratif de l’enseignement supérieur et universitaire.
En son article premier, le document précise que « suivant les secteurs reconnus par le Ministère de l’ESU, les conditions de travail pourront connaître, à partir du mois de juillet 2008, une amélioration pour les trois catégories d’activités... » Le troisième et dernier article stipule que « la présente décision entre en vigueur à partir du 1er juillet »
Convoqués en Assemblée Générale extraordinaire, le mardi 6 mai 2008, les professeurs de l’UNIKIN ont analysé cette décision et l’ont trouvée truffée d’ambiguïtés aussi bien sur le plan de la forme que du fond. Tout en étant toujours prêts à reprendre les cours, ils ont souhaité que les fameuses améliorations puissent s’exécuter dès le mois de mai 2008. Sans la satisfaction de cette exigence, aucune reprise n’est possible.
Abordé par un journaliste de « La Référence Plus », le Président de l’APUKIN a rassuré et indiqué que les contacts avec le Gouvernement se poursuivaient. Affaire à suivre.
(Milor)Le Palmarès /La Référence Plus
Last edited: 10/05/2008 14:29:44