Sous les auspices du Premier ministre Antoine Gizenga Fundji, les gouverneurs des provinces, des ministres du gouvernment central, des représentants de la présidence de la République ainsi que des ministres provinciaux chargés de l’Administration du Territoire et du Développement agricole sont en réunion de travail depuis mardi 6 mai 2008 à l’Hôtel du Gouvernement.

A l’ouverture des travaux, Antoine Gizenga a souligné que ceux-ci devraient permettre non seulement de faire le point sur les progrès accomplis dans le processus de décentralisation, mais aussi d’accroître la compréhension et les considérations mutuelles dans le respect des prérogatives
légales de chacun.
« Nous sommes tous au service d’un seul et unique peuple qui nous a placés comme ses dirigeants pour le conduire vers un destin meilleur », a-t-il exhorté.
Pour sa part, Dénis Kalume, ministre de l’intérieur, a indiqué que cette conférence des gouverneurs a été décidée lors du Conseil des ministres tenu à Matadi il y a un mois. Selon lui, ce rendez-vous est motivé par trois raisons fondamentales.
D’abord, relever les expériences vécues et le chemin parcouru depuis l’amorce du processus de décentralisation. Ensuite, prendre des dispositions pratiques pour sécuriser les personnes et les biens afin de mieux rétablir l’autorité de l’Etat mis à mal par la période des conflits. Enfin, prendre des mesures d’urgence face à la crise alimentaire qui frappe le monde et surtout les pays en développement qui dépendent de l’importation des biens de première nécessité.
« Lors du dernier Conseil des ministres, le gouvernement avait pris des résolutions pour que la RDC soit indépendante durant cette crise », a-t-il indiqué.
Concernant l’épineuse question de rétention des 40% de la production nationale à la source, Denis Kalume a déclaré que ce point fait partie de l’évaluation de la décentralisation financière. « C’est toute une politique qu’il faut mettre en place pour parvenir à décentraliser une partie des recettes mobilisées. Personne ne s’oppose à ce principe de rétrocession, mais on doit s’accorder sur les mesures d’application ou de mise en œuvre ».
Les attentes des gouverneurs
A l’issue de la Cérémonie d’ouverture, quelques gouverneurs de provinces se sont confiés à la presse.
Ngoyi Kasanji, numéro 1 du Kasaï Oriental, espère que les solutions qui en sortiront seront bénéfiques pour les populations de l’intérieur, car tous les points inscrits à l’ordre du jour sont pertinents. Parmi les problèmes spécifiques qu’il va exposer, il évoque ceux liés au découpage et à la prise en charge des compétences et à la loi financière.
Le nouveau gouverneur du Sud-Kivu, Louis Léonce Muderhwa Chirimwami, a pour sa part rappelé le problème sécuritaire assez récurrent dans sa province, tout en soulignant qu’il y a un planning d’approche consistant à occuper davantage les espaces qui ne connaissaient pas la présence de l’autorité de l’Etat. Ce, à travers la politique de gouvernance et de concertation avec toutes les forces sociales, par une politique de communication de proximité avec les couches sociales etc. Par ailleurs, il exprime sa conviction de voir, en amont, la réforme rapide de l’armée et de la police, préalable à réaliser rapidement pour remettre les habitants du Sud-Kivu au travail.
Son homologue du Nord-Kivu, Julien Paluku, a indiqué que c’est une occasion lui donnée pour exprimer les difficultés rencontrées durant les 12 premiers mois de l’exercice de son premier mandat. Il considère qu’à partir de cette réunion devront sortir des réflexions par rapport aux prochaines réalisations parce que les gouverneurs ne doivent pas, même s’ils sont au début, continuer à tâtonner ». Ainsi, il invite l’Assemblée nationale à mettre rapidement en place les instruments juridiques qui devraient régir les rapports entre les provinces et le gouvernement central.
Enfin, Richard Ndambu du Bandundu a fait un état des lieux où la priorité est la construction des infrastructures routières, l’éducation, la santé et l’énergie.
48 ans après, la crise alimentaire aux portes de la RDC
La République démocratique du Congo, un des plus grands exportateurs africains des produits agricoles vers le Marché commun, l’ancêtre de l’Union européenne, est ce géant aux pieds d’argile qui s’est effondré 48 ans plus tard.
Une incursion dans ce passé glorieux rappelle que notre pays produisait avant l’indépendance, 120.000 tonnes de maïs, 100.000 tonnes de riz, 1.500.000 tonnes de manioc et 143.000 tonnes de coton-graine.
Sur le plan des exportations, la RDC réalisait d’importantes recettes qui contribuaient à son produit intérieur brut. C’est le cas de l’huile de palme avec 165.000 tonnes. Et pour ses principales exportations, elle empochait 25 milliards de FB.
Cinq ans plus tard, ce fut le début de la descente aux enfers du géant africain. En effet en 1965, la production agricole a connu une chute vertigineuse: 50.000 tonnes de maïs, 20.000 tonnes de riz, 500.000 tonnes de manioc, 15.000 tonnes de coton-graine et 85.000 tonnes d’huile de palme. Les exportations connaîtront cette même baisse avec 17 milliards de FB.
Ces quelques chiffres illustrent la santé florissante du secteur agricole qui, après les mines, participait à la stabilité de la situation économique du pays et au budget de l’Etat.
A cette époque, la production agricole parvenait à répondre à la demande de la consommation locale, au point que le sur plus était destiné à l’exportation.
48 ans plus tard, le tableau est sombre. Non seulement les routes sont presque toutes détruites, la production agricole moisit dans la plupart des coins enclavés, la démotivation des paysans, et le détournement de la main-d’œuvre vers les mines, avec l’exploitation artisanale du diamant, de l’or et d’autres substances précieuses et semi-précieuses.
Le secteur a connu une léthargie telle que pour son alimentation, le Congolais dépend des importations. En effet, on importe le riz, le poisson, la viande, le poulet, la farine de manioc et tant d’autres denrées alimentaires. Même les oeufs de poule sont importés. De nouvelles habitudes alimentaires se sont ainsi créées, imposant de nouveaux besoins. Il est curieux de retrouver dans l’assiette du Congolais des éléments comme des croupions de dindes, des abats de bœuf et ce fameux mpiodi que le Congolais refusait de consommer jusqu’à la fin des années Adoula. Le secteur est à l’abandon, les industries agroalimentaires ferment une à une, les plantations dépérissent et tout s’écroule au profit des importations qui améliorent l’assiette financière des « malins ».
C’est tout cela qui explique aujourd’hui notre descente aux enfers. Il faut réagir. Vite et bien.
(Milor)J.R.T./Tshieke Bukasa/Le Phare
Last edited: 08/05/2008 17:07:20