Retour récent en RDC avec de chaleureuses retrouvailles des femmes congolaises originaires de la Province Orientale et de l’Equateur après avoir suivi dans leur pays les soldats ougandais qui les avaient épousées pendant leur occupation de l’Est du Congo.
Après des années passées en Ouganda auprès de leurs maris soldats rentrés des expéditions militaires en RD Congo, un groupe de femmes congolaises de la province Orientale et de l’Equateur est rentré au bercail en avril, suscitant joie et émotion. Témoignage d’un feuilleton amoureux qui a mal fini
De nombreuses personnes s’étaient amassées devant le bureau de Caritas à Kisangani, chef-lieu de la province Orientale au Nord-est du pays, le jour du retour annoncé, le 5 avril dernier, du petit groupe de femmes qui regagnaient le pays, après avoir vécu durant près de huit ans en Ouganda. Beaucoup nourrissaient l’espoir de retrouver une des leurs parmi ces Congolaises tombées amoureuses de soldats ougandais, lors de leurs expéditions militaires en RD Congo, de 1998 à 2002, et qui s’en étaient allées dans leurs bras à la fin de la guerre en 2003. Mais, Seules trois femmes sont revenues à Kisangani, trois enfants sous les bras.
Treize autres sont rentrées à l’Equateur, la province voisine où l’armée Ougandaise avait également appuyé des mouvements rebelles...
Dans le quartier Stade de la commune de la Tshopo, la joie était immense d’accueillir l’une de ces femmes prodigues.
« C’est un jour de fête de voir Kabibi ressuscitée, car on la croyait morte », s’exclame Paul Liandja, un pasteur d’une église locale. Azipone Basse, un père de famille d’une soixantaine d’années, s’est présenté à la petite cérémonie de réinstallation de l’une d’elles espérant, lui aussi, retrouver sa fille, Kazaba Azipone, dans le groupe. « Ma fille avait quitté Kisangani en 2000, à bord d’un char de combat Ougandais... », raconte-t- il, le coeur angoissé.
Grâce à l’Organisation des migrations internationales (OIM) qui organise ces rapatriements volontaires en collaboration avec Caritas, ce père apprendra, finalement, que sa fille est toujours en vie en Ouganda. Pour cette première vague, l’OIM a rapatrié quarante personnes au total, dont les seize épouses des soldats ougandais.
Désillusions
Une fois réinstallées grâce à un petit pécule reçu de L’OIM, ces femmes racontent avec émotion, les dures conditions de vie en Ouganda, qui les ont poussées à rentrer en RD Congo.
Très peu n’ont en effet connu, slon leurs propres témoignages, une vie conjugale heureuse dans leur pays d’accueil. « Mon mari était décédé trois mois après notre arrivée raconte Sophie M. Pendant trois mois elle touchera à la banque le salaire de son défunt mari puis plus rien. Ce sera le début de son calvaire, dit-elle.
La plupart de ces femmes ont commencé à vivre du petit commerce et de la prostitution à Goulu, au sud Soudan. Agée de 26 ans, l’une d’elle s’explique qu’elle ne pouvait continuer a y vivre, après le départ de son amant en mission de paix en Somalie. « Je l’ai appelé pour lui dire que huit ans de vie en Ouganda c’était trop, que je rentrais chez nous, dit cette fille, qui affirme n’avoir pas voulu manquer cette première occasion de retourner chez elle. Sur place, elle a laissé sa soeur aînée, qui vit avec un officiel supérieur de l’année Ougandaise.
Selon leurs dires, presque deux tiers des Congolaises qui avaient quitté le pays avec des militaires ougandais, entre 2000 et 2001, seraient aujourd’hui décédées. Les maladies et la guerre seraient les principales causes de leur décès car, généralement, elles accompagnent leurs maris au front. « Une fois mortes, on enterre nos amies dans des trous de moins d’un mètre de profondeur », explique Suzanne K. qui a retrouvé ses parents sur la route de l’Ituri, à environ 64 km de Kisangani.
« On n’est mieux que chez soi »
D’après un rapport de l’ONG Action Solidarité Défenseurs des droits de l’Homme du détresse publié en septembre 2001, ces femmes ont principalement été identifiées dans trois camps en Ouganda Mbuyo, Kakiri et Bomba Barracks, celui-ci étant le plus grand, car il abrite un état-major de l’armée ougandaise.
Cette ONG avait dénombré, cette année-là, une centaine de Congolaises épouses des militaires ougandais. Le rapport parle de la désillusion de la plupart d’entre elles. Elle cite notamment le cas d’une femme dont l’époux retourné à Kisangani, est rentré en Ouganda avec une autre Congolaise.
Une autre serait la troisième épouse d’un lieutenant-colonel. « Vu les conditions dans lesquelles ces unions libres étaient conclues, le retour de ces jeunes femmes est souhaitable » déclare, dépitée, Cluadine Bela, du Mouvement associatif féminin de Kisangani.
Pour les aider à se réinsérer dans leur milieu de vie, celles qui sont rentrées suivent une formation à de petits métiers - coupe couture, tricotage, élevage, savonnerie qui peuvent leur apporter des revenus. Directrice locale de Caritas, Micheline Mbula les exhorte, elle, à inciter celles qui sont encore en Ouganda de se décider à rentrer. « La paix est revenue au pays et on ne vit bien que chez soi », leur conseille-t-elle.
(Milor)
SYFIA/Potentiel
Last edited: 07/05/2008 17:09:44