Après Boma et Matadi, le député Gilbert Kiakwama a essuyé d’une pluie de pierres à Mbanza-Ngungu. Kiakwama accuse nommément le Gouverneur du Bas-Congo, Simon Mbatshi Mbatsha, et son vice Deo Nkusu d’en être les commanditaires.

Après avoir été empêché de parler il y a une semaine à Boma et Matadi par des inciviques, le député national Gilbert Kiakwama kia Kiziki a subi, samedi dernier, un nouveau revers. Cette fois, il a été agressé et humilié dans son fief naturel, à savoir la cité de Mbanza-Ngungu, à 150 Km de Kinshasa. Alors qu’il voulait restituer à sa base l’essentiel de ses activités parlementaires ainsi que les péripéties de ses meetings manqués à Boma et Matadi, à la permanence de son parti, il a été attaqué à coups de pierres. On a enregistré d’importants dégâts matériels, notamment la mise à sac de ses bureaux et de deux de ses Jeeps.
En réaction à l’intolérance politique, dont il venait d’être victime pour la 3ème fois en l’espace de 8 jours, Gilbert Kiakwama a accusé le gouverneur de la province du Bas-Congo, Mbatshi Mbatshia, et son adjoint, Deo Nkusu, d’être les commanditaires de cette montée de barbarie.
Coup dur contre la démocratie
Ce qui vient d’arriver à Kiakwama, membre de l’Assemblée Nationale, couvert d’une solide immunité dans son rôle de législateur et de surveillant de la « Cité », est de très mauvaise augure pour la suite de l’expérience démocratique au pays. Pour de nombreux observateurs, l’obstruction à la liberté d’expression qu’il vient de connaître au Bas-Congo porte à croire que les élections municipales et locales risquent d’être un long feuilleton de règlements de comptes entre « ennemis politiques ».
La question est de savoir si tous les acteurs politiques auront la patience, la sagesse, la lucidité et la tolérance de Gilbert Kiakwama pour se laisser marcher sur les pieds à l’occasion d’une réunion publique de leur parti ou regroupement politique, dans le cadre de la lutte pour le contrôle de la petite territoriale. Si tel n’est pas le cas, la RDC risque de devenir le théâtre des violences inimaginables entre sympathisants des candidats maires, conseillers urbains, bourgmestres, conseillers communaux, chefs de secteurs et conseillers de secteurs. L’intolérance politique sera telle que ce pays serait coupé en territoires interdits où régnerait la loi du plus fort.
Elections municipales et locales sans objet
L’environnement politique qui commence à se vicier à quelques mois des scrutins municipaux et locaux pousse de nombreux observateurs à suggérer leur annulation pure et simple. En effet, la RDC ne gagnerait rien à ouvrir le chantier des violences, du refus de la liberté de parole dans le débat politique, de la haine tribale et ethnique, de la diabolisation systématique entre adversaires politiques, de la montée du terrorisme politico-idéologique, de la corruption de la jeunesse, de l’achat des consciences, etc.
A considérer la difficulté des acteurs politiques congolais à accepter leurs différences politiques et idéologiques, il appert clairement qu’ils ne seraient pas en mesure de supporter une campagne électorale libre et saine, ni des défaites dans les urnes lors des élections municipales ou locales.

En clair, les élections locales, au-delà de la certitude qu’elles seront mal organisées, ne sont pas indispensables au stade actuel. D’autant qu’elles vont davantage fracturer la société congolaise alors que le pays a énormément besoin d’un minimum de sérénité pour faire face aux défis qui s’annoncent au plan de la reconstruction, de la crise alimentaire et de la moralisation de la vie tant publique que privée.
Il est important que tous et chacun réalisent que contrairement aux législatives dont les vainqueurs vont siéger dans la capitale, loin de leur milieu d’origine, le local désigne les dirigeants que l’on voit régulièrement, chaque semaine ou chaque jour. Le cafouillage qui se prépare à ce niveau est de nature à provoquer des frustrations qui peuvent se révéler meurtrières pour la population. Le Congo qui n’a ni routes ni avions ni trains ni nourritures décentes à offrir à ses fils n’a pas besoin de cette bêtise de trop.
Nous avons des chantiers annoncés pour reconstruire la nation, débattons-nous pour leur donner corps et assurer la renaissance d’un pays devenu la risée du monde.
Recenser pour mieux sauter
Le principal reproche fait à la Commission Electorale Indépendante, lors des élections présidentielle, législatives (nationales et provinciales) était de n’avoir pas recensé la population, de manière à déterminer avec précision taille du corps électoral. Pour d’aucuns, le chiffre de 25 millions d’électeurs avancé par la CEI ne reflétait pas la réalité, de même que les statistiques fantaisistes faisant état de l’existence de 60 millions de Congolais, depuis la chute de Mobutu en mai 1997.
Compte tenu de l’impérieux besoin d’identifier les Congolais, jusque-là dépourvus de carte d’identité, et de les dénombrer de manière exhaustive, il serait de bonne politique que les fonds retenus pour le financement des élections municipales et locales soient affectés aux opérations de recensement de nos compatriotes, sur l’ensemble du pays.
(Yes)Kimp./Le Phare
Last edited: 05/05/2008 16:41:37