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Bonjour | 17/05/2008 6:33 | English Make DC Home page | RSS feed

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N’étant pas sourd, Joseph Kabila a certainement bien entendu la semaine passée le Premier ministre belge soutenir qu’en RDC, « il y a eu trop peu d’avancées en matière de bonne gouvernance, d’évolution vers l’Etat de droit et de lutte contre la corruption ». C’était précisément le jeudi 24 avril 2008 lorsque Yves Leterme répondait à une question orale des 4 députés belges à la suite du énième incident Karel à se produire au cours d’une visite de travail à Kinshasa. Le ministre des Affaires étrangères de Belgique a énervé le chef de l’Etat congolais au sujet de la désignation d’un nouveau rapporteur onusien des droits de l’homme, en prenant soin de s’appuyer sur les violences sexuelles se commettant toujours au Kivu frontalier et les derniers événements du Bas-Congo.

Mais, Joseph Kabila n’est pas dupe. Il sait que les raisins (et la raison) de la colère sont étroitement liés aux intérêts économiques. Il sait que depuis le maréchal, Bruxelles a sa tactique-maison pour aborder ces intérêts une fois ceux-ci la mettent en mauvaise posture : elle brandit les droits de l’homme ; cet os que l’on jette aux Congolais pour les éloigner du vrai débat.

Pourtant, elle n’ignore pas que pour un pays post-confit et post-électoral comme l’est la RDC, pays où tout est à construire, pays où tout est priorité (de l’eau de boisson à l’électricité en passant par les routes, les écoles, les hôpitaux et le logement), le premier dispositif sécuritaire n’est ni l’armée, ni la justice. C’est le chantier travail appelé « Chantier Emploi », lequel n’est réalisable qu’avec les 4 autres chantiers de la République.

En effet, c’est avec la réalisation des infrastructures de base que l’Etat donne énormément de boulots au peuple.
J’ai personnellement eu à le démontrer dans l’une de mes chroniques de 2007 : Kabila doit son élection à un électorat qui avait cru en lui simplement parce qu’on le faisait passer pour l’homme des Occidentaux. Pour cet électorat-là, voter pour Kabila signifiait s’attendre à un flux d’investissements créatif d’emplois. « Mindele bakozonga » ou « Les Blancs vont revenir », disait-on alors.

Transfert de foi…

En cette matière précise, la Belgique – copilote (aux côtés de la Banque mondiale)  des partenaires extérieurs dits traditionnels – pose un sérieux problème de leadership pour le Congo. Quand, par exemple, elle reste presque six mois sans gouvernement, c’est Kinshasa au final qui en pâtit. C’est si évident qu’au cours de leur point de presse commun le lundi 21 avril 2008, le ministre belge de la Coopération a épinglé la question de délai de décaissement des fonds. Le regard de la Belgique, a-t-il souligné, doit se faire « sur l’état d’avancement des projets de coopération,  sur les questions de meilleure harmonisation de l’aide, d’efficacité et d’efficience de l’aide, de raccourcissement des procédures ».
Raccourcissement des procédures ; le terme est lâché !

Plus d’une fois, Kabila a eu à le déplorer. Et plus d’une fois, les observateurs avertis ont eu à le faire. Au cours, par exemple, des années « 1+4 » (2003-2006), que de dizaines, voire de centaines de millions de dollars Us annoncées pour le Congo par tous les officiels des gouvernements occidentaux et des institutions financières internationales d’obédience occidentales de passage à Kinshasa ! Même au lendemain de l’investiture du nouveau Chef de l’Etat, d’autres millions additionnels ont été fortement médiatisés. Des chiffres qui s’évaluent en dizaine ou en vingtaine de milliards. De quoi faire redémarrer en trombe la reconstruction nationale.

Mais, sur le terrain, rien de concret ne se constate au point de convaincre une bonne partie de l’opinion congolaise de la fameuse « opération retour » autrefois fort prisée sous le Mpr Parti-Etat. Une corruption à haute échelle au profit des seuls décideurs.

La conséquence est qu’aujourd’hui, moins en moins, sont les Congolais à prêter foi au discours des hôtes de marque occidentaux, et même au discours du corps diplomatique accrédité à Kinshasa. Exemple concret: l’avenue Makoma ou Mama Yemo dans son tronçon Dgi/Pompage et l’avenue du Tourisme dans son tronçon Pompage/Kitambo. Les travaux sur le premier sont à l’arrêt depuis plusieurs mois  pendant qu’ils ne démarrent toujours pas sur le second.  Et chaque jour, la population fulmine de colère contre… Kabila !

« Conséquence » de la conséquence : ils sont de plus en plus nombreux, les Congolais confiants dans les promesses asiatiques. Outre les 5 Chantiers (auxquels sont intimement liés les Chinois), voici les Kowetiens financer l’avenue de la Libération dans son tronçon Upn/Kasa-vubu !

Il y a une sorte de transfert de foi vers le Japon, la Chine, l’Inde, la Corée du Sud dont les Occidentaux ne devraient pas minimiser l’impact sous prétexte d’histoire séculaire commune.

Emirats arabes et Chine

Le message belge porte notamment sur la restauration du port de Matadi avec le concours du port d’Anvers, port dont la gestion des installations est confiée aux Emirats arabes, et sur les contrats dits chinois. Bruxelles s’en plaint.
La partie belge devrait plutôt se demander pourquoi la partie congolaise s’est-elle résignée à la solution Emirats. Le port de Matadi, on le sait, est dans un tel état d’engorgement qu’il risque de devenir un goulot d’étranglement pour les 5 Chantiers.

En effet, quand on consulte le chronogramme présenté le 8 avril dernier au Ghk par le ministre des Tpir Pierre Lumbi, on constate que la plupart des travaux pour les années 2008-2009 se concentrent à l’Ouest.

Pour le volet Routes, il y a les tronçons Nsele-Lufumi-Kwango-Kenge dans le Bandundu où il est aussi question de la route Mongata-Bandundu-Nioki-Bikoro ; les tronçons Matadi-Boma-Muanda dans le Bas-Congo, les tronçons Lisala-Bumba, Akula-Gemena-Mbari et Boyabo-Zongo dans l’Equateur. Pour le volet Voiries, il y a les villes de Kinshasa, Matadi, Boma, Kikwit et Mbandaka. Pour le volet Chemins de fer, il y a le tronçon ferroviaire Matadi-Kinshasa. Pour le volet Bâtiments, il y a des logements à Kinshasa, au Bandundu, à l’Equateur et au Bas-Congo, les hôpitaux à Kinshasa et au Bandundu, le centre des métiers Btp à Kinshasa ainsi que l’hôtel et les tours jumelles de Kinshasa.

L’Ouest, tel que la colonisation belge l’avait conçu, ne peut être desservi qu’à partir des ports de Banana, Boma et Matadi. Visiblement, Bruxelles n’a pas cette perception de l’enjeu.

Le message belge porte aussi – on dirait même essentiellement – sur les contrats « chinois ». La Belgique a du mal à comprendre que pour des investissements à caractère socio-économiques évalués à près de Usd 15 milliards (investissements réalisables sur une période minimale de trois ans), la RDC ait cédé à la partie chinoise des concessions minières évaluées à près de Usd 70 milliards ! D’où, probablement, les thèses de mauvaise gouvernance et de corruption.

Qualifiant de troc ce marché parce que, selon Karel, « une partie reçoit des investissements en infrastructures et l’autre des concessions en matières premières », le ministre belge s’exclame : « Encore faut-il voir si tout cela est bien équilibré » ! Comme pour souligner que tel n’est pas le cas, Karel largue cette accusation : « Il faut s’attendre à une farouche résistance de tous ceux qui n’hésitent pas à sacrifier le bien-être de la population par leur enrichissement personnel ». De là à dire aux Chinois de foutre le camp parce qu’étant corrompus eux-mêmes, il n’y a qu’un pas porteur d’un nouvel incident diplomatique, cette fois avec Beijing !

Mobutu, dans sa tombe au cimetière chrétien de Rabat, doit certainement éclater de rire, lui qu’on ne croyait pas lorsqu’il se demandait au sujet de la coopération belgo-zaïroise « qui finance qui » ; le franc belge investi au Zaïre en rapportant trois à la Belgique !

Ici, également, Bruxelles refuse d’interroger sa propre histoire de colonisation du Congo entre 1908 et 1960. Pour rappel, c’est grâce à l’exploitation des matières premières de sa colonie (minerais et végétaux) qu’elle était parvenue à doter le Congo des tracés des routes nationales actuels, chemins de fer, ports, aéroports, écoles, hôpitaux, centrales hydroélectriques, stations d’épuration d’eau et même cités résidentielles !

L’ex-métropole est bien placée pour dire aux Congolais de 2008 que nous sommes combien avait-elle disponibilisé à l’époque comme financement pour les  infrastructures de base, moyennant quels chiffres d’affaires prévisibles et pour quel timing !

Place forte de la transformation et commercialisation des produits en provenance du Congo, Bruxelles est très bien placée pour fixer les Congolais sur le tonnage gagé et sur le modus operandi adopté pour que les recettes réalisées soient l’équivalent des recettes projetées, cela dans un marché ayant la réputation de fluctuation des prix...

New Delhi, Brasilia et …Londres

Pendant que Bruxelles reste convaincue de son leadership dans l’Union européenne (exactement comme Kinshasa y a cru de nombreuses années durant sans savoir que Kigali et Kampala avaient les mêmes ambitions), c’est l’Inde qui promet « de mettre en œuvre un fonds de 780 millions de dollars », relève Colette Braeckman. Objectif : permettre les transferts de technologie au profit des Pme congolaises.

C’est vrai que Joseph Kabila en revient. Mais le pays de Lula, lui, n’aura pas attendu  la visite de  Kabila pour s’intéresser aux potentialités de la RDC. Filiale de Petrobras, Hrt Petroleum  « s’est engagée, dans un délai de deux ans, à explorer puis mettre en exploitation le pétrole qui gît à 5.000 mètres en dessous de la cuvette centrale », signale la consoeur belge.

Et c’est Lambert Mende, ministre des Hydrocarbures, qui appelle (par ricochet) les Belges à faire preuve de réalisme. « …nous mettons en gage nos ressources minières, mais c’est pour nous développer au plus vite. C’est un continent que nous nous devons de construire et, pour ce faire, nous avons besoin de tout le monde » (leur) dit-il.

C’est cependant la Grande-Bretagne qui enlève la palme d’ingéniosité. Consciente de ne rien perdre du rapprochement avec Beijing, Londres veut rejoindre les joint-ventures envisagées dans le partenariat RDC-Chine. Elle entend y participer avec son expertise africaine, et cette expertise, elle en a à revendre. A preuve : les industries britanniques en Afrique australe.

A cette allure, on ne sera pas étonné de voir les Etats-Unis, le Canada et le reste des pays du G 8 emboîter le pas à la « Perfide Albion », et avec eux la Banque mondiale qui est sûrement en voie de douter de l’expertise politique et diplomatique belge à propos du Congo, expertise inspirée par les ex-bras politique, économique et sécuritaire du Mobutisme. Ne suivez pas mon regard.

Grand Inga arrive sans les Belges !

La mobilisation en cours autour des 5 Chantiers pourrait venir de ce Bas-Congo que certains esprits obtus veulent réduire à Ne Muanda Nsemi avec son Bdk, ce piège grossier dans lequel Karel de Gucht se laisse prendre.
Il est question, à ce propos, du Barrage d’Inga. Projet pharaonique initialement conçu par les Belges sous la colonisation, mais récupéré par les Américains au moment de sa réalisation. Pour la petite histoire, il avait fallu à l’époque l’intervention personnelle du roi Baudouin 1er auprès d’un certain Mobutu pour que la Belgique intègre la sous-traitance.

Le nouveau projet consiste à construire le plus grand barrage du monde pour un coût évalué à Usd 80 milliards. Cinq fois plus l’enveloppe chinoise.

L’électricité faisant justement partie de ces chantiers – et les infrastructures de base devant consommer au quotidien cette énergie pour leur fonctionnement normal - le Grand Inga aura une capacité de 300.000 gigawatt/heure. Il pourra, de ce fait, alimenter aussi plusieurs pays africains d’ici 2020, cela à partir de trois pools retenus : Afrique du sud pour la partie australe du continent, Nigeria pour la partie australe et Egypte pour la partie orientale.

Ironie du sort : c’est pendant que Karel de Gucht faisait le Pétillon à Kinshasa qu’à Londres s’ouvrait la réunion du Conseil mondiale sur l’énergie, convoquée avec pour principal point à l’ordre du jour, le Grand Inga !

Dans une interview à Radio Okapi la veille, Gerald Doucet, secrétaire général du Cme, a décrit les avantages escomptés en ces termes : «…C’est une électricité qui est moins cher que l’énergie nucléaire et moins polluante que les fuels fossiles. Même avec le nucléaire en Afrique du Sud, on peut vendre l’électricité d’Inga moins cher que l’énergie nucléaire ou celle produite par le charbon ». Et Doucet de préciser : « …il faut agir maintenant pour réaliser le projet d’Inga III, en 2015. Pour ça, il faut des décisions maintenant ».

Prendre ces décisions maintenant n’est possible qu’avec pour interlocuteur premier  Joseph Kabila ! On peut ne pas l’aimer, mais on n’a pas de choix que de passer par sa personne.

Il y a déjà lieu de signaler que derrière Grand Inga, il y a d’autres projets belges  élaborés pour l’Emphytéose Moanda, notamment la production de l’hydrogène et de l’eau potable, les principales énergies du 21ème siècle. Projets jusque-là combattus par un certain Ne Muanda Nsemi, devenu soudain fréquentable pour Bruxelles !

Avec de telles contradictions et de telles incohérences, la Belgique a tout intérêt à redimensionner sa diplomatie en commençant par élaguer son expertise congolaise.

Autrement, elle se réveillera un matin avec ses bonnes intentions humanitaires à l’égard du peuple congolais pendant que les intérêts économiques stratégiques auront changé de partenaires.

Devant une cette sentence, il ne lui restera qu’à s’en prendre à elle-même, car l’expertise sur laquelle elle compte pour se faire induire en erreur sera rentrée au Congo grâce aux effets bénéfiques des « contrats chinois ».

Omer Nsongo die Lema/SL/MMC

Last edited: 02/05/2008 17:29:48

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