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Cinq questions à Denis Sassou Nguesso

Kinshasa, 01/05/2008 / Politique
1. Un an ou presque après l’arrivée au pouvoir de Nocolas Sarkzy, avez-vous perçu une rupture dans les relations entre la France et l’Afrique ? J’ai rencontré le président Sarkozy à deux reprises depuis son élection. Et j’ai eu avec lui les mêmes conversations, sur les dossiers bilatéraux, que j’avais avec ses prédécesseurs : des discussions transparentes por­tant sur les relations entre le Congo et la France. Par ailleurs, sur le plan global, le président Sarkozy a exprimé sa vision de l’Afrique en deux temps, à Da­kar et tout récemment au Cap. Ce qu’il a dit à Dakar et que les Africains dans leur quasi-tota­lité n’ont pas approuvé, il a tenu à le corriger au Cap. C’est bonne démarche.

2. Fermeture de certains ba­ses militaires, révision des accords de défense... vous êtes d’accord.

Je n’ai pas à l’être, ou l’inverse, puisque le Congo n’est pas con­cerné. Pour le reste, plus l’Afri­que s’assume militairement par elle-même, mieux c’est. Cela va dans le sens de l’Histoire.

3. La rupture, c’est aussi la mort programmée de la Françafrique et la fin des ré­seaux parallèles. Que répon­dez-vous à l’ex-secrétaire d’Etat français à la Coopéra­tion, Jean-Marie Bockel, qui s’est fait l’avocat de ce qui pré­cède ?

Rien. En tout cas, pas à ce mon­sieur. A vous, je dis que la Françafrique n’a aucun sens à mes yeux et que, si réseaux il y a eu, us étaient l’incarnation d’une forme de néocolonialisme et de paternalisme que nous avons tou­jours combattus. A l’époque du socialisme dans notre pays, ces réseaux étaient contre nous et voulaient nous déstabiliser. Con­fondre les relations d’amitié per­sonnelle que j’ai entretenues par exemple avec le président Chi­rac et les réseaux dont parlent les médias relève donc de l’amal­game et de la malveillance. Deux chefs d’Etat peuvent être amis tout en respectant la souveraineté de l’autre. Le Congo n’a rien à voir avec les réseaux.

4. Votre voisin, le président ga­bonais Omar Bongo Ondimba,  a mobilisé ministres, députés et médias pour protester contre les déclarations de Jean-Ma­rie Bockel, puis contre la diffusion récente, sur des chaînes publiques de la télévision fran­çaise, de reportages sur ses propriétés en France. Ces déclarations et ces reportages vous concernaient aussi. Or vous n’avez rien dit. Pour­quoi ?

Omar Bongo Ondimba aurait trente-trois propriétés en France, vous-même et vos proches, dix-­huit…Tout cela est consigné dans un rapport de police, dont la teneur a été remise aux Ong, aux médias...

Je pense que l’on peut aussi maî­triser cela par le silence. Réagir permet à ceux qui vous ont agressé d’exister. Je ne veux pas leur faire cet honneur.

Disons que cela ne m’étonne pas, émanant d’Ong que nous avons vues à l’œuvre, main dans la main avec les fonds vautours qui cher­chaient à vampiriser les recettes du Congo. Ces gens-là n’ont aucune qualité pour nous dispen­ser des leçons de morale. Main­tenant, les médias. Je n’hésite pas à qualifier leur action d’acharnement gratuit avec vo­lonté de nuire. Ce qu’ils font re­lève de la subversion et de la ten­tative de déstabilisation. Et ce qui me pose problème, c’est qu’il s’agit souvent de médias du ser­vice public, bénéficiant de fuites émanant d’administrations elles aussi publiques.

5. Au cœur de la polémique : votre villa du Vésinet, non loin de Paris, que les téléspecta­teurs français ont pu découvrir récemment, vue du trottoir. . .Avec des robinets en or et du marbre de Carrare ?

Parlons-en, de cette villa. Elle a été achetée il y a vingt-cinq ans, dans un état miteux, une quasi-mine avec des fuites partout et une ligne de chemin de fer a proximité. Mes enfants y ont vécu quand ils étaient étudiants. Moi-même j’y ai habité pendant ma traversée du désert et des dizaines et des dizaines de Con­golais y ont défilé, y ont mangé, y ont dormi. Certains, malades, y sont restés pendant des semaines. Il y a quelque temps, cette villa a été retapée.

Ceux qui prétendent cela n’y sont jamais entrés. C’est grotesque. Devrais-je laisser les cameras filmer ma salle de bains pour prouver le contraire ? Et pourquoi ceux qui s’achar­nent sur cette malheureuse villa ne disent-ils pas que les Champs-Elysées ont été rache­tés par les émirs du Golfe et la maffia russe ?

Voila un bon sujet d’enquête. Il est vrai que s’en prendre à un chef de l’Etat africain et racon­ter n’importe quoi sur lui - dix­-huit propriétés — est beaucoup moins dangereux, même si cela s’apparente à du racisme.

Jeune Afrique

Last edited: 01/05/2008 13:57:40

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