Il a fait cette déclaration à Goma après avoir fait remarquer que la solution au problème d’insécurité dans le Kivu dépendait de Kigali. Pour lui donc, « Le Rwanda pourrait jouer un rôle plus positif dans la recherche d’une solution à l’Est du Congo, et il ne le fait pas ».

On ne peut évoquer la situation d’insécurité à l’Est de la Rdc sans évoquer le rôle du Rwanda. Pour la première fois un officiel occidental a posé le problème plus clairement. Il y a eu dans ce domaine, une espèce de langue de bois qui consistait à caresser les autorités de Kigali dans le sens de poils. Lorsque Karel De Gucht avait couvert le régime de Kigali d’éloges, beaucoup de Congolais et d’observateurs objectifs, ces éloges étaient excessifs dans la mesure où Kigali, en matière de démocratie n’est pas un modèle ni à suivre ni à vanter.
Le calme et le prétendu progrès réalisés dans ce pays ressemblaient au travail caporaliste imposé par la paix de cimetière. En effet, Kigali vit encore dans un régime antérieur au changement de 1990 avec l’organisation des conférences nationales souveraines qui ont servi d’entrée à la démocratie dans la plupart de pays africains. Certains, après que le ministre belge ait adopté la même attitude à Kinshasa, s’attendaient qu’il se replonge dans les mêmes éloges à l’égard de Kigali. Mais, tel n’a pas été le cas. Contre toute attente, le ministre belge des Affaires Etrangères a, cette fois, évité de faire l’escale de Kigali. Par contre, il a invité le Rwanda à ouvrir un dialogue politique. Un sujet qui va certainement énerver Kigali. Il ne sera pas étonnant que dans quelques jours, Bruxelles soit dans le collimateur de Paul Kagame.
Kigali a un rôle à jouer
Karel De Gucht a fait cette déclaration à Goma dans la province du Kivu à l’Est de la Rdc après avoir fait remarquer que la solution au problème d’insécurité dans le Kivu dépendait de Kigali. Pour lui donc, « Le Rwanda pourrait jouer un rôle plus positif dans la recherche d’une solution à l’Est du Congo, et il ne le fait pas », a-t-il déclaré. Comment Kigali n’aide pas le Congo à faire la paix à l’Est ? Il y a plusieurs attitudes à adopter pour ne pas aider un voisin ; soit on adopte une neutralité passive, soit on s’organise pour lui glisser des bâtons dans les roues. Pour le cas d’espèce, le Rwanda participe activement à la stabilisation de l’Est de la Rdc. Laurent Nkundabatware doit son existence militaire au soutien sans faille de Kigali. Plus d’une fois des soldats rwandais ont été pris au front. Malheureusement, très peu sont des pays, voire des organisations internationales qui ont eu le courage de dénoncer cela.
Le fait que Kigali soit associé à la Conférence de paix sur les Grands Lacs ne relève pas seulement de sa qualité de membre à part entière de cette région, mais surtout de celle d’élément le plus perturbateur de la paix dans les Grands Lacs africains. En outre, si le Rwanda avait été associé à la rencontre de Nairobi pour parler de rapatriement des Fdlr, ce n’est pas seulement en sa qualité de pays d’accueil, mais aussi et surtout en tant que pays qui tirait profit de la présence de ces milices au Congo afin de s’offrir une raison pouvant justifier son militarisme à l’Est du Congo. Enfin lorsqu’il a été question de la conférence de paix à Goma, tout le monde avait souhaité la participation de Kiglali. Mais le Rwanda s’en était dérobé. Ce sont autant d’éléments qui stigmatisent le rôle du Rwanda dans la crise congolaise.
Le Cndp, le cheval de Troie de Kigali
Il suffit pour s’en convaincre de lire le cahier de charge du Cndp, mouvement insurrectionnel formé essentiellement, si pas totalement des soldats tutsi. Le Cndp, dit à qui veut l’entendre qu’il a pris les armes pour mettre fin à la présence des milices rwandaises à l’Est de la Rdc. C’est une sous-traitance en faveur de Kigali. Par son insurrection, il empêche le gouvernement congolais à combattre efficacement les Fdlr, parce que obligé de combattre d’un côté le Cndp et de l’autre les Fdlr qui, de plus en plus se font des liens avec des milices locales. Malgré la paix signée à Goma, malgré l’engagement de la communauté internationale, du Rwanda et de la Rdc de tout mettre en œuvre pour rapatrier les Fdlr et autres Interahamwe, Nkundabatware ne désarme pas en dépit des résolutions de Goma.
En effet, après la conférence de Goma, les soldats de Nkundabatware devraient se retrouver tous au brassage. Il s’avère que seulement un échantillon symbolique a été envoyé au centre de brassage. Pour l’essentiel, constate le ministre belge : « les troupes du général tutsi Laurent Nkunda n’ont pas encore rejoint les centres de brassage… ». Quant aux miliciens rwandais, Karel De Gucht, contrairement aux critiques faites au gouvernement qui, selon lui ne ferait pas grand-chose pour sécuriser la population, Karel De Gucht a reconnu la difficulté qu’il y a à combattre ces Fdlr. « Il est difficile de les éliminer militairement, ils sont mêlés à la population ». Mais là où le ministre belge retombe dans le piège de Kigali, c’est lorsqu’il déclare que les Fdlr « coopèrent avec les Forces armées congolaises ». Il est vrai que les enjeux de la prise d’armes à l’Est de la Rdc sont avant tout économiques. S’il est démontré qu’il arrive, même à quelques soldats de la Monuc d’armer les milices congolaises, on ne peut pas écarter la possibilité de voir quelques soldats des Fardc, pour quelques carats de diamant ou quelques onces d’or, échanger quelques munitions et quelques armes avec les Fdlr. Ce qui est choquant, c’est la généralisation, qu’il s’agisse du cas des éléments des Fardc que celui des soldats de la Monuc.

Pour permettre un rapatriement volontaire et massif des Fdlr, Karel De Gucht va donc droit au but en demandant à Paul Kagame d’ouvrir le dialogue politique avec « les rebelles hutus présents au Kivu ». C’est vraiment une grande première. On pense que les autres gouvernements occidentaux suivront l’exemple belge. Et à travers cette déclaration, même si Karel De Gucht s’est refusé à toute demande d’excuse, il a atténué ses critiques excessives contre le gouvernement congolais.
Le Rwanda bloque le protocole de Nairobi
A l’issue de la rencontre de Nairobi et au terme du protocole d’accord signé entre la Rdc, le Rwanda, la Monuc et le représentant des Etats-Unis d’Amérique, chaque parti avait pris des engagements. La Rdc devrait présenter un plan de rapatriement des Fdlr tout en s’engageant avec la Monuc de mener une campagne de sensibilisation des Fdlr afin d’un rapatriement volontaire au Rwanda. Kigali devrait fournir la liste de prétendus génocidaires qui seraient en territoire congolais afin de leur triage pour les remettre à la justice ou les éloigner de la frontière. On se souvient que Kigali a dressé une liste qui a étonné tout le monde comptant six mille génocidaires. C’est une façon de dire qu’un Fdlr sur deux est génocidaire. Pour Karel De Gucht, « cette attitude est inacceptable, le Rwanda doit s’engager à récupérer un certain nombre de ces rebelles ». Car en effet, en dressant une si longue liste, Kagame déclarait son intention de ne pas recevoir sur son territoire six mille hutu.
Le péché du clan de Joseph Kabila
Qui dit que Karel De Gucht est incapable de comprendre et de ne faire que des critiques objectives et constructives ? On a senti dans ces dernières prises de position que De Gucht a compris là où les Congolais parlent d’une seule voix. C’est le cas de l’implication du Rwanda dans le trouble de la paix au Kivu. Mais dans d’autres questions, le ministre belge n’a pris en compte que ce qu’il a entendu. Généralement, on sent qu’il s’est imprégné des vues d’une certaine opposition notamment au sujet des événements du Bas-Congo, du prétendu immobilisme du gouvernement, de la corruption et de mal gouvernance,…
C’est le discours de l’opposition. Qui doit-on condamner lorsqu’on laisse les adversaires politiques déverser dans l’opinion internationale le venin de la désinformation ? Le régime, contrairement à ce qu’on pourrait croire ne se soucie pas de se faire bien représenter à l’extérieur. On n’est pas surpris que dans certaines capitales, le seul discours qui passe et qui est pris en compte, c’est celui de l’opposition. Il n’est jamais trop tard pour mieux faire. C’est une occasion pour les observateurs d’insister sur le fait que non seulement ce que Karel De Gucht avait dit de Kinshasa n’est une opinion belge en général, cela n’est pas non plus une fixation pour De Gucht lui-même. Car, il est démontré qu’il sait être positif. Tout est question d’explication. Il s’avère dans ce domaine que la Rdc a tendance à attendre que les autres se saisissent des dossiers. Telle diplomatie est suicidaire.
Joachim Diana G./L’Avenir
Last edited: 01/05/2008 15:20:35