La controverse autour des propos discourtois du ministre belge des Affaires étrangères envers le président Joseph Kabila continue de susciter réactions et commentaires divers dont la pertinente prise de position du député Muyej Mangeze qui analyse froidement la situation.

Le réflexe néo-colonialiste du ministre belge des Affaires étrangères est trop flagrant quand il s’adresse au premier animateur des institutions congolaise sans choisir la manière de le faire. La réaction du Chef de l’Etat rappelant le chef de la diplomatie belge à l’ordre est tout à fait justifiée et j’en étais fier. Il est temps de rappeler à la Belgique que le Congo est indépendant depuis le 30 Juin 1960 ». Celui qui commente ainsi la chaude actualité de l’actuelle escalade verbale entre la Rdc et la Belgique n’est autre que le député national élu du Katanga, M. Richard Muyej Mangeze Mans. Ce leader politique de tempérament calme a toujours été remarqué dans ses prises de position lucides et clairvoyantes sur les enjeux de la politique nationale.
L’occasion de ce qui a failli donner lieu à une nouvelle crise belgo-congolaise était trop belle pour que Muyej la rate sans émettre ses pertinentes et édifiantes remarques. Comme à son habitude, il ne s’est pas arrêté à cibler l’incident, mais en a relevé les causes et donc les pièges qu’il renferme. Bien plus que cela, il a épinglé le répréhensible comportement belge même dans le chef des responsables des sociétés privées représentant des multinationales. De quoi réduire que les propensions d’un De Gucht font recettes dans plusieurs milieux belges. Est donc en cause le réflexe néo-colonialiste dont les Belges ont apparemment toutes les peines à se dépouiller qu’il faut dénoncer dans leur comportement à l’égard des autorités congolaises.
Pas étonnant que M. Muyej soutienne la riposte du président de la République en clamant qu’il s’en est senti tout fier. Il rappellera ensuite aux belges le changement d’époque qui ne peut plus faire tolérer les rapports révolus pour faire place à un état d’esprit constructif du nouveau partenariat à établir entre les désormais pays amis la Rdc et la Belgique. Ci-après le texte intégral des confidences du député Muyej sur le sujet.
Honorable Richard Muyej Mangeze Mans, vous êtes député élu du Katanga remarqué plus d’une fois par vos lucides et édifiants commentaires sur les questions brûlantes de la politique nationale. Voici une occasion de plus de s’édifier de vos avis avec les turbulences qui s’observent sur le front social, agitations autour des grèves multiples qui suscitent même des critiques diverses. Commençons par ces agitations. Qu’est-ce que vous en dites ?
Vous savez : la situation est assez délicate. Il y a effectivement des remous ci et là, mais je crois que nous avons tous une part de responsabilité. Nous devons au niveau du gouvernement, au niveau des institutions de la République, faire un effort pour créer le dialogue avec le peuple, expliquer suffisamment ce problème, les causes profondes de cette crise, les efforts que le gouvernement déploie pour déboucher sur les solutions attendues par notre peuple et les difficultés auxquelles nous sommes confrontés dans l’action menée pour arriver à trouver ces solutions.
Je crois qu’il y a comme un déficit communicationnel, il y a comme une insuffisance dans la circulation de l’information. Vous comprenez qu’à ce moment-là les gens spéculent, l’intoxication s’installe, les voix s’élèvent et cela n’est pas de nature à encourager la stabilité politique. Or pour mener à bien toutes ces actions, il est indispensable que le gouvernement travaille en toute sérénité.
Les difficultés sont réelles et vous savez que la conjoncture internationale elle-même est défavorable. Vous savez aussi qu’il y a encore un problème de mentalités à résoudre. Il y a des responsables qui traînent encore le virus de destruction qui a conduit la 2ème République à la faillite. Il faudrait des efforts remarquables pour extirper ce virus ; et que les dirigeants à tous les niveaux se réalisent qu’ils sont là d’abord pour servir et non pour se servir. Il faudra aussi que notre peuple se réalise qu’il doit lui-même contribuer à l’effort de lutte contre la pauvreté. Il faut que l’homme s’émancipe, qu’il se délie de l’attitude attentiste et qu’il s’agite positivement pour apporter sa contribution à la lutte que mènent le chef de l’Etat et le gouvernement de la République pour vaincre les maux qui rongent toujours notre société et faire que notre peuple puisse enfin aspirer au bien-être.
Vous parlez bien de virus et ressortez judicieusement l’importance dans le chef des responsables de servir et non de se servir, et voilà que ce sont justement ces aspects qui ont été ciblés par le ministre belge des Affaires étrangères qui s’est autorisé de la façon que l’on sait d’en faire des remarques au Chef de l’Etat sans porter des gants. Ne trouvez-vous pas que ces inquiétudes de l’intérieur venant à être relayées par les autorités belges méritent qu’on y porte une attention particulière ?
Je voudrais tout de suite souligner que le réflexe néo-colonialiste du ministre belge des Affaires étrangères est trop flagrant ! Quand il s’adresse à des animateurs des institutions, il doit choisir la manière de le faire. Je crois que la réaction du Chef de l’Etat est tout à fait justifiée et j’en étais fier. Il est temps de rappeler à la Belgique que le Congo est indépendant depuis le 30 Juin 1960 ! Et que ses dirigeants sont tous issus des élections libres, démocratiques et transparentes. Les mêmes autorités belges reprochaient aux autorités dirigeantes de la Deuxième République d’être des imposteurs, de s’imposer au pouvoir et de se complaire dans la dictature.
Ce prétexte de mépris et d’éloignement a disparu aujourd’hui. L’attitude devrait logiquement changer. Il faut des égards et de la considération quand on s’adresse aux dirigeants congolais qui ont eu le mérite de rompre avec le système dégradant du passé et qui ne ménagent aucun effort pour faire évoluer les esprits et accéder au changement. C’est un processus qui, pensons-nous, aboutira sûrement à l’émergence d’un nouveau Congo.
Les Belges nous ont colonisés, c’est vrai, c’est de l’histoire. Nous avons de la considération pour eux, mais il ne faut pas qu’ils abusent de notre bonne foi. Remarquez que ce même réflexe que nous déplorons ici, malheureusement, se laisse entrevoir aussi dans les attitudes de certains dirigeants qui représentent chez nous les intérêts des multinationales. Je vais vous surprendre. Comment pouvez-vous vous imaginer qu’un responsable d’entreprise privée se permette de porter plainte contre le Chef de l’Etat pour une affaire qui n’a rien à voir avec la présidence de la République, tout en poussant le toupet jusqu’à exiger des pénalités de plus de 6 millions de dollars de dommages et intérêts pour un imaginaire préjudice subi. C’est tout simplement choquant et insupportable.
Pouvez-vous, Honorable, être plus précis là-dessus ?
Il s’agit de la Bralima, filiale de la multinationale Heineken. Pouvez-vous réaliser qu’un groupe qui jouit des avantages du Code des investissements et de la protection des autorités congolaises puisse s’autoriser une démarche si tendancieuse ? C’est proprement de la provocation ! Comment, par un coup de tête, un dirigeant de cette entreprise peut-il se comporter ainsi vis-à-vis d’un Chef d’Etat d’un Etat souverain !
Pour revenir à cette attitude des partenaires belges, est-ce la forme ou le fond du message notamment du ministre belge qui est attaquable ?
Je crois que et la forme et le fond sont attaquables. L’idéal aurait été d’apporter sa contribution sous forme de proposition concrète pour soutenir l’élan d’effort déployé par le Chef de l’Etat et le Gouvernement dans le cadre des réformes entreprises dans le cadre de la magistrature, et de la conduite des affaires, pour assainir les mœurs dans la sphère dirigeante de notre pays et redresser les attitudes lourdement affectées par les tares de la colonisation (le paternalisme) et de la 2ème République (l’attentisme).
Il semble que l’un des problèmes qui égratignent les Belges serait le fameux contrat chinois à travers lequel ils considèrent que les autorités congolaises les délaissent désormais au profit de la Chine, alors que la Belgique se croit devoir jouir de droit de premier occupant dans sa sorte de réserve personnelle que serait le Congo ! Il y a plus que cela, puisque, je me rappelle que même au niveau du Parlement, notamment au Sénat, le président de la Chambre Haute, M. Kengo Wa Dondo exprimait des inquiétudes quant au flou qui persisterait autour du contrat chinois. Qu’est-ce que vous en dites ?
Les Belges doivent chercher l’information. Ils ne peuvent pas s’inquiéter d’une situation qui se déroule dans un pays ami qui n’est pas le leur. Là, j’aimerais encore souligner l’aspect que j’ai évoqué au début de mes propos, aspect lié au déficit communicationnel. Je crois qu’au niveau du gouvernement il faut expliquer suffisamment le contenu du contrat chinois. Le gouvernement a l’obligation de le faire devant le Parlement. Et j’ai eu l’occasion d’avoir les éléments sur ledit contrat par des amis qui ont participé aux négociations au niveau de la Gécamines.
Je crois qu’il n’y a pas eu meilleur partenariat que celui-là. Parce que, il y a bien sûr l’aspect des infrastructures qui seront prises par les sociétés chinoises grâce au fonds chinois dans le cadre d’un partenariat régulièrement conclu entre la Gécamines, société d’Etat congolais, et les sociétés minières chinoises. Quand vous analysez les clauses de ces contrats, je crois qu’il n’y a pas meilleur accord. En ce qui concerne les termes, la fourchette de partage de bénéfices et même le pas de porte, je crois qu’il n’y a aucune comparaison possible avec des contrats qui ont été légèrement secoués lors de la revisitation organisée par le gouvernement de la République.
Comment alors faudrait-il comprendre psychologiquement l’attitude des Belges, serait-ce seulement parce qu’ils sentent perdre du terrain au Congo où ils étaient les maîtres qui risquent d’être devancés aujourd’hui par les Chinois ou y aurait-il une autre explication ?
C’est une nostalgie négative et je crois qu’ils devraient s’estimer heureux qu’après l’effort de construction des routes et des chemins de fer, plus d’un demi-siècle après, une autre puissance accepte de faire le même travail pour que le Congo puisse jeter les bases de sa reconstruction.
Ils évoquent une certaine ingratitude de la part du gouvernement congolais en prenant l’exemple notamment du port de Matadi dans lequel ils s’investissent pour sa réhabilitation mais dont les autorités congolaises auraient brusquement décidé de confier la gestion aux Emirats Arabes Unis, ce qui apparaitrait comme la manifestation de cette ingratitude congolaise.
Bon ! S’il y a des faiblesses ou des irrégularités constatées dans certains domaines de la coopération, il est tout à fait normal que les discussions soient menées de manière responsable. S’il y a des corrections à faire dans le cadre de la partie congolaise ou des redressements à opérer, qu’on le fasse, mais après des négociations responsables. Mais partir d’un fait, pour s’attaquer à l’autorité de l’Etat, pour s’attaquer au Chef de l’Etat qui incarne le pouvoir et la souveraineté, je crois que là, c’est, à mon avis, une indélicatesse grave.
Dans tout ce morbide contexte de suspicions et de méfiances, on constate que le chantier chinois commence par le Katanga, la province du président de la République, est-ce que c’est par hasard ?
Je crois que les gens ne devraient pas se laisser guider par de tels sentiments, à mon avis, quelque peu rétrogrades qui ouvrent tout de suite un débat de régionalisme, un débat de sectarisme. Il faut chercher à s’informer. Au Katanga, il y a eu une autre stratégie qui consiste au nantissement des recettes de péage pour soutenir l’action de reconstruction des routes dans le cadre du programme du gouvernement. C’est comme cela qu’avec l’effort de l’exécutif provincial que dirige le Gouverneur Moïse Katumbi, le gouvernement de la République s’est saisi de cette ouverture pour commencer maintenant par cette route, parce que les préparatifs des travaux des infrastructures liées au Fonds chinois arrivent bientôt à terme pour que démarrent effectivement les différents chantiers. Mais en attendant, l’ouverture offerte par l’exécutif provincial a permis au gouvernement de se saisir et de commencer par l’axe Kasumbalesa qui est le point de départ de la grande nationale.
C’est bon que ces travaux commencent par le Katanga surtout que cette province a été concernée dernièrement par la controverse autour de la question des contrats miniers dans lequel le flou semble demeurer, puisque plus d’un ne comprend pas, ainsi que l’a écrit un organe de Kinshasa, que le gouvernement aurait marqué du recul avec marche arrière dans l’éclaircissement du dossier du reste n’ayant pas fait non plus objet de débat approprié au Parlement.
Le gouvernement n’a pas fait marche arrière. Vous savez que les contrats étaient régulièrement signés. La revisitation a permis de relever des faiblesses et le débat devra se faire avec des partenaires privés qui avaient déjà investi et beaucoup sont déjà sur site, en pleine exploitation. Le débat devra donc se faire de manière concertée pour susciter la bonne foi et obtenir que les investisseurs adhèrent sans contraintes aux nouvelles exigences pour préserver l’harmonie dans les relations de partenariat et c’est cela qui se fait. Ce n’est pas un recul. A mon avis c’est une attitude responsable.
Propos recueillis par Daniel Nzuzi / MMC
Last edited: 30/04/2008 18:06:53