La dégradation du secteur énergétique de la RDC fait l’objet d’une question orale avec débat inscrit à l’ordre du jour des plénières de cette semaine à l’Assemblée nationale où le comité de gestion de la Société nationale d’électricité (Snel) est attendu pour explications.

La Société nationale d’électricité doit s’expliquer sur son inaptitude à rationaliser le site hydroélectrique d’Inga et à disponibiliser le courant électrique pour ses nombreux consommateurs de la RDC tout comme du reste de l’Afrique. C’est à la tribune de l’Assemblée nationale que le comité de gestion de la Snel devra se défendre. Ainsi en a décidé la Chambre basse du Parlement au terme d’une question orale avec débat inscrit au cours de cette semaine.
Le gouvernement pensait bien faire en mettant en place, il y a quelques mois aux commandes de la Société nationale d’électricité (Snel) le comité Yengo Masanmpu, en remplacement de celui dirigé par Vika di Panzu, défenestré pour l’aptitude à remplir l’objet social de la seule entreprise publique jouissant encore du monopole sur l’ensemble du territoire national dans la production, le transport et la distribution du courant électrique.
Sans doute que Jeannine Mabunda, ministre du Portefeuille, et son collègue de l’Energie, Salomon Banamuhere, prédisaient une sortie rapide de la zone rouge par juste un changement d’hommes à la tête de l’entreprise.
Mais, les deux membres du gouvernement avaient certainement minimisé les graves dysfonctionnements qui continuent à ronger cette entreprise publique. Les hommes ont été certes, remplacés, mais les problèmes de la Snel sont restés presque intacts. Qui pis est, ils se sont même aggravés. Car, aujourd’hui, si la Snel n’est pas absente là où on l’attend le plus, elle fait preuve actuellement d’une inaptitude à remplir la mission pour laquelle elle a été créée dans les années 1970 de la fusion d’un certain nombre d’unités de production héritées de la colonisation.
Bref la Snel se meurt. Le gouvernement qui ne trouve en pareille circonstance que la suspension du comité de gestion en place ne sait plus à quel saint se vouer, sa stratégie ayant montré des limites, partout où elle a été appliquée, à la Regideso tout comme à la Snel ainsi que dans bien d’autres entreprises publiques. C’est donc en toute passivité que l’on assiste à la descente aux enfers d’un géant du portefeuille, une entreprise qui a sous sa gestion l’un des plus grands barrages de l’Afrique, Inga, après éventuellement celui d’Assouan en Egypte.
Aujourd’hui, la Snel a tout l’air d’un parent pauvre, une entreprise en état de banqueroute, car non seulement qu’elle est incapable de financer son cycle d’exploitation, mais surtout l’entreprise n’est plus à mesure de répondre efficacement à l’attente la plus légitime de sa clientèle, c’est-à-dire jouir du courant électrique.
Les grands centres de consommation tels que la ville de Kinshasa et la province minière du Katanga en font les frais. A Kinshasa, le marché des groupes électrogènes est en pleine expansion.

Au moment où le monde réfléchit sur l’énergie propre pour faire face au réchauffement climatique, certains foyers ou organismes bien nantis explorent déjà l’énergie solaire ou l’énergie éolienne.
Tout part d’Inga
Mais, le drame est à quelques kilomètres de la ville de Kinshasa où se trouve un site hydroélectrique, construit dans les années 1970 en vue de balayer en énergie électrique une bonne partie du continent noir. Aujourd’hui, le grand rêve d’Inga s’est effrité.
Tout récemment à Londres au Royaume- Uni, certains experts à l’absence des officiels congolais, hormis quelques représentants non experts d’ailleurs de l’ambassade Congolaise en Grande Bretagne ont réfléchi sur le grand projet Inga 3. La question en RDC est évoquée, mais en sourdine, car le plus urgent est d’abord de disponibiliser le courant électrique auprès de nombreux consommateurs de la Snel.
Ce sont apparemment toutes ces questions, et bien d’autres d’ailleurs qui ont motivé l’Assemblée à initier au courant de cette semaine une question orale avec débat au comité de gestion de la Snel, et par conséquent au ministère de l’Energie et du Portefeuille qui en assument la double tutelle. Avec cette interpellation, il s’agit pour l’essentiel de mettre en exergue les faiblesses du comité de gestion Yengo. Pas seulement sur les nombreux dossiers de fiabilisation et de rationalisation du site d’Inga où sont impliqués nombreuses entreprises telles que Mag Energy ou encore BHP Bilition, mais également et surtout les autres dossiers qui démontrent l’incapacité de faire face aux défis de la Snel.
Des points chauds
Sur la table de discussion, l’Assemblée promet de se pencher entre autres sur le dossier des transformateurs de Liminga et de la Funa à Kinshasa, en partie responsables des perturbations que l’on observe actuellement du courant électrique sur une bonne partie de la ville. A Liminga, les experts de la Snel ont préféré réparer pour un coût, de 200.000 Usd le transformateur défectueux alors qu’il suffisait de déplacer un transformateur de réserve qui se trouvait à Maluku. Deux semaines seulement après la réparation effectuée par la firme ITS, le transformateur était de nouveau en panne parce que le comité de gestion n’avait pas prévu de mettre en place le système de sécurisation c’est-à-dire les stabilisateurs et autres, tel que proposé par le sous-traitant. A ce jour, ce transformateur doit être réparé une fois de plus, parce que ITS avait averti qu’il fallait bien le protéger pour éviter d’autres avaries de même genre. Mais, pour cette erreur de management, ce sont 200.000 dollars qui sont partis en fumée sans que l’objectif de fiabilisation n’ait été atteint.

A la station de Funa, il se pose le même problème de transfo alors que les exploitants ne cessaient de demander au comité de gestion de verser l’argent pour la réparation même de routine.
Un autre dossier, certainement à débattre à l’Assemblée nationale, est la mort lente du site hydroélectrique de Zongo, toujours dans le Bas-Congo. Le barrage de Zongo est aux arrêts pour des raiSons de réparation qui devaient prendre, selon les experts, plus de deux semaines. Par l’inaptitude du comité de gestion de la Snel à précéder certains événements, 20 Megawatts ne seront pas sur le réseau parce que la bonne décision n’avait pas été prise à temps réel.
L’autre point sur lequel devait se pencher l’Assemblée nationale se rapporte au projet minier de Tenke Fungurume dans le Katanga pour la réhabilitation d’un barrage. Au départ, les études préliminaires avaient estimé le coût global des travaux à environ 45 millions de dollars.
Retournement de la situation, quelques jours après la transmission des conclusions de cette étude au comité de gestion, le montant a été sensiblement revu à la hausse pour se fixer à 145 millions de dollars américains. Montant accepté du reste par le comité de gestion sans confrontation préalable avec une autre expertise. Et pourtant, des études menées antérieurement ont attesté que les turbines visées étaient de moindre capacité que celle de Inga II, voire Inga I. Pour Inga II, des études transmises à la Snel ont estimé à 110 millions de dollars la remise en état de quatre turbines de 170 mégawatts. Pourquoi alors des turbines de moindre capacité coûteraient-elles plus ?
Autant de questions qui élucideront au niveau de l’Assemblée la grande nébuleuse qui entoure la gestion de la Snel, raison évidente la non incapacité à faire face à son objet social.
(Ern.)Faustin Kuediasala/Le Potentiel
Last edited: 28/04/2008 17:08:00