Alors que le président Kabila entame une longue série de voyages et fait savoir qu’en mars-avril son agenda est surchargé, une délégation belge est annoncée pour le lundi 21 avril : Pieter De Crem, initialement invité par son collègue de la Défense, sera rejoint par MM.

De Gucht et Louis Michel. But de la mission : démontrer que le gouvernement belge parle désormais d’une seule voix, celle de Karel De Gucht patron des relations extérieures, et confirmer l’intérêt pour le Congo.
Un premier contact bilatéral entre De Crem et Kabila, officiellement sollicité puisque le ministre de la Défense vient au Congo pour la première fois, s’avère impossible, le Président se trouvant à New York. L’ambassade de Belgique à Kinshasa propose une rencontre le lundi à 11 heures, en soulignant que la délégation est ouverte à d’autres suggestions, et d’autres contacts ministériels se déroulent durant la journée.
Le Président rentre de New York dimanche après-midi, un jour plus tôt que prévu, à temps pour rencontrer la délégation belge. Mais comme il est grippé et fatigué par le voyage, il fait savoir que l’audience se tiendra l’après-midi. Conformément aux demandes reçues, deux rendez-vous sont fixés : 17 heures pour un tête-à-tête avec Pieter De Crem, 19 heures pour toute la délégation. Les Belges font savoir que 19 heures ne leur convient pas car lors de la réception prévue à l’ambassade, l’abbé Malu Malu doit être décoré.
Décision est prise de rejoindre De Crem à 18 heures et pendant que ce dernier rencontre le Président, un point de presse se tient à l’hôtel Memling. De Gucht et Michel quittent l’hôtel après 18 heures, arrivent en retard à l’audience. S’exprimant au nom du trio, De Gucht, au lieu d’engager une conversation directe, entame la lecture d’une note écrite, un document qui n’a pas été approuvé au préalable par ses collègues et qui s’écarte du texte conjoint qui sera prononcé plus tard, lors de la réception à l’ambassade.
Les principaux points de ce texte sont : le Sénat et l’Assemblée fonctionnent bien, la signature d’un acte d’engagement à Goma est un point positif.
Par contre, les Belges constatent la déception après les élections car le gouvernement est inactif et on constate l’« enrichissement extraordinaire d’une petite classe politique au détriment de la population » tandis que la politique de décentralisation connaît un retard énorme.
Les Belges critiquent tout particulièrement l’action militaire au Nord Kivu décidée par le gouvernement « alors que cela lui avait été interdit », la débâcle militaire qui a entraîné un transfert d’armes vers Laurent Nkunda, la fin du mandat du rapporteur spécial pour les droits de l’Homme, la réhabilitation du port de Matadi confiée aux Émirats arabes unis alors qu’un accord de jumelage avait été signé entre Anvers et Matadi. (La Belgique avait promis 4 millions d’euros et après 4 ans en a débloqué 2,4 pour rénover le quai de Venise, NDLR)
En dépit de la résolution 1807 sur la levée de l’embargo sur les armes, les Belges souhaitent que le code de bonne conduite européen demeure d’application. Autres points soulevés : la gestion de l’opposition politique, « l’usage disproportionné de la force » dans le Bas-Congo, les structures de lutte contre la corruption au sein de l’appareil d’État, la relance de la Communauté économique des pays des Grands Lacs, la lutte contre l’impunité, en particulier pour ce qui concerne les violences sexuelles dans l’Est.
Le président Kabila répond qu’il considère ce discours comme une « pure provocation » et que ses interlocuteurs sont mal informés sur la situation réelle de la RDC. Il leur propose une nouvelle rencontre le lendemain, mais comme les Belges assurent que ce n’est pas possible et que dans l’immédiat ils sont attendus pour la réception à l’ambassade, Kabila ajoute que « l’entretien sera utile aux relations entre les deux pays, plus important que l’excursion à Boma… »
Le trio rejoint l’ambassade, De Gucht lit le texte commun, Michel décore l’abbé Malu Malu et Pieter De Crem, après quelques mots en français, tient un long discours en néerlandais.
Le mardi, Pieter De Crem, se trouvant à Kinshasa, arrive à l’audience à l’heure prévue, soit 16 heures, au moment où l’avion de ses collègues se pose à N’Djili. Le deuxième entretien se déroule durant une heure quarante et tous les points cités la veille sont abordés dans un climat tendu.
De Gucht et Michel, sans rencontrer la presse, s’envolent aussitôt pour Lubumbashi, De Crem rentre en Belgique après avoir salué la « force » du partenariat entre les deux pays.
Mardi matin, Joseph Kabila nous reçoit à sa résidence, pour un long entretien publié en nos colonnes mercredi. Le président congolais y déclare qu’il refuse « qu’une sorte de tutelle continue à s’exercer sur nous », ajoutant que les Belges doivent choisir : « Soit de bonnes, de très bonnes relations de partenariat adulte, avec un Etat souverain et indépendant ; soit des relations de maître à esclave. »
COLETTE BRAECKMAN/SL/MMC
Last edited: 26/04/2008 15:32:58