Après qu’Yves Leterme eut couvert Karel De Gucht à propos de ses déclarations fracassantes et très controversées au Congo, André Flahaut, ex-ministre de la Défense, lui suggère par courrier interposé de contacter « d’urgence » Joseph Kabila « afin d’aplanir définitivement le malentendu et de relancer sur de bonnes bases le partenariat avec la RDC ».

Après qu’Yves Leterme eut couvert Karel De Gucht, son ministre des Affaires étrangères, jeudi à la Chambre, à propos de ses déclarations fracassantes et très controversées au Congo, où il avait sévèrement montré du doigt le régime Kabila , l’on avait cru que la polémique en resterait là.
Mais André Flahaut (PS), ex-ministre de la Défense, ne lâche pas l’os. Il a envoyé un courrier au Premier ministre, nous confie-t-il, où il lui « suggère » à nouveau « et avec insistance, écrit-il, de contacter d’urgence le Président élu démocratiquement de l’Etat souverain de la République démocratique du Congo afin d’aplanir définitivement le malentendu ainsi créé et de relancer sur de bonnes bases le partenariat avec la RDC dans l’esprit de la déclaration gouvernementale. »
André Flahaut souligne : « Si l’on peut comprendre la nécessité de rappeler à nos partenaires congolais notre attachement à la bonne gouvernance et à la lutte contre toute forme de corruption, l’on doit toutefois s’interroger sur la façon dont ce message est formulé. » Les oreilles de De Gucht doivent siffler.
Les couacs du « Belgian Circus »
Avant tout, il faut dire que, comme tous ceux qui se soucient du Congo, les dirigeants belges de tous bords ont raison de s’inquiéter du « chaudron social » qui bout au Congo, raison de s’émouvoir du niveau de violence qui règne encore dans certaines parties du pays et raison d’être indignés par la pratique des détournements, pots-de-vin et autres avatars du mobutisme. Mais encore faudrait-il qu’ils analysent toutes les causes du marasme. Alors que le pays est détruit par trente ans de gabegie et dix années de guerre, le budget demeure plombé par le remboursement de 800 millions de dollars au titre de la dette.
Les exigences de rigueur budgétaire posées par le FMI bloquent les efforts sociaux. Les déboursements de l’aide occidentale sont lents et n’atteignent que 26 % des montants promis. Et il serait fou de croire que des mentalités imprégnées par des décennies de clientélisme changeront en quelques mois.
Pour rendre acceptables les critiques, il faut non seulement voir d’où vient ce pays, mais tenir compte des avancées déjà réalisées, que nul n’aurait osé imaginer voici dix ans.
En plus du fond, il y a l’équité. Le trio gouvernemental belge a-t-il jamais dénoncé dans les mêmes termes la corruption au Kazakhstan ou en Chine, le recours à la force dans le cadre de la lutte antiterroriste des Américains ? Des ministres belges, ailleurs qu’au Congo, se permettent-ils de fixer les agendas d’un chef d’Etat, d’arriver en retard lors des rencontres, de lire des bulletins avec bons et mauvais points, d’asséner en présence de collaborateurs des vérités d’ordinaire réservées à de prudents huis clos ? Triste expertise, que celle de la gaffe et de l’arrogance…
Et d’un point de vue belgo-belge cette fois, on ne peut que constater que la volonté de parler d’une seule voix n’a abouti qu’à une belle cacophonie ; les maladresses, volontaires ou non, de M. De Gucht ont embarrassé ses deux collègues mieux éduqués, tronqué leur propre message, en espérant qu’elles n’hypothèquent pas leur politique, fondée sur une sincère volonté de partenariat. Le Congo ne mérite pas d’être le bac à sable dans lequel la nouvelle coalition gouvernementale fait de la musculation et des exercices de voix…
Colette Brackman/SL/Le Soir/MMC
Last edited: 26/04/2008 15:30:33