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Bonjour | 06/07/2008 2:50 | English Make DC Home page | RSS feed

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Débarquant en force à Kinshasa, les trois ministres belges, Karel De Gucht, Charles Michel et Pieter De Crem avaient un double objectif. Le premier, à usage intérieur Belge, était de démontrer que le Gouvernement Leterme s’exprime dé­sormais d’une seule voix sur la scène internationale et n’autorise plus les diplomaties parallèles, qu’elles soient francophones ou, comme dirait Piéter De Crem, « dictées par l’internationale socialiste ». Le deuxième objectif était de s’entretenir avec les dirigeants congolais d’un certain nombre de sujets d’inquiétude, au premier rang desquels les accords économiques passés avec la Chine.

Ayant fixé eux-mêmes la date de leur visite, les Belges sont tombés sur des interlocuteurs congolais fatigués physiquement par les voyages, mais confortés par de récents succès diplomati­ques et la sollicitude que leur té­moignent de nouveaux partenai­res... Sommet régional consacré au Zimbabwe. Sommet Inde Afrique à New Delhi, réunion au Conseil de Sécurité, désormais présidé par l’Afrique du Sud, le président Kabila comme son mi­nistre des Affaires étrangères Mbusa Nyamwisi sont rentrés des Etats-Unis épuisés par un vol de 14 heures dans le vétuste Boeing présidentiel.

La fatigue physique con­juguée à un regain d’assurance éprouvé par des dirigeants désor­mais courtisés sur la scène inter­nationale a peut-être rendu les Congolais moins enclins à sup­porter la rude franchise de leurs amis belges. En compagnie du ministre de la Défense Chikez, Mbusa Nyamwisi fut le premier à rencontrer le trio ministériel. Comme s’ils s’étaient répartis les roles, Karel De Gucht attaqua billes en tête, déplorant que la Commission des droits de l’homme de l’ONU, répondant à la demande de Kinshasa, ait sup­primé le poste de rapporteur spé­cial pour le Congo. L’abolition de cet observatoire critiqué fut d’ailleurs déplorée par tous les pays occidentaux et par les ONG spécialisées, tandis que les Con­golais, tout en reconnaissant la persistance de nombreux problè­mes, avaient souhaité que l’on prenne mieux en compte les pro­grès accomplis depuis les élec­tions.

Quittant le domaine des grands principes, De Gucht aborda alors un sujet de décep­tion beaucoup plus concret: alors que le port d’Anvers avait déjà rénové un quai de quelques mè­tres dans le port de Matadi dans l’espoir de se voir confier la rénovation totale des installations, le contrat final ne fut pas confié aux Flamands, mais aux Emirats arabes unis, qui avaient dépêché à Kinshasa une délégation con­duite par un Prince en grande tenue. Voilà qui menait tout droit au fond du problème: les con­trats passés avec la Chine. Cette charge là fut menée avec élé­gance par Charles Michel, qui s’inquiéta, très courtoisement, de la qualité des travaux, des retom­bées sur la population, du poids économique des contreparties promises (10 millions de tonnes de cuivre). A Washington, le Fonds Monétaire avait déjà bru­talement qualifié ces contrats chinois de non concessionnels, discriminatoires et non soutena­bles ».

S’ils persistent dans leur opposition aux contrats chinois, les Belges risquent d’être évin­cés par les Britanniques: ces derniers, très astucieusement, ont proposé un « montage triangu­laire » où, entre la Chine et le Congo, ils proposeraient leur ex­pertise en matière africaine -Face aux ministres congolais, les Belges rappelèrent les efforts déployés pour stabiliser le pays,  le financement des élections, l’ampleur de leur coopération et de Gucht cita les 750 millions de dollars promis par l’Union euro­péenne (mais très loin d’être déjà mis en œuvre)... En face d’eux, les Congolais aussi jouaient en équipe. Alors que Mbusa Nyamwisi demeurait amical et répétait très diplomatiquement que dans ce vaste pays il y a place pour tous les partenaires, le Ministre de la Défense Chikez; menait l’offensive, exprimant une déception partagée par toute l’équipe dirigeante.

Il dénonça les lenteurs des procédures de Coo­pération, la faiblesse des mon­tants effectivement dépensés sur le terrain, et surtout, il s’exclama qu’arrivés à la moitié de leur mandat les dirigeants congolais ne peuvent se permettre d’atten­dre: « il nous faut du concret, des résultats... » Et de citer en exemple le partenariat militaire, où De Crem s’est engagé à for­mer des hommes du génie, à in­tensifier la coopération médicale.. .Non seulement l’éloge était justifié, mais le com­pliment avait le mérite de diviser l’équipe d’en face...

Quelques instants après la fin de ce premier entretien, as­sez rugueux, le président Kabila faisait savoir que, fatigué par son long voyage, il reportait à plus tard l’audience prévue. Et dans l’après-midi, on vit Pieter De Crem se diriger seul vers la présidence, estafette précédant ses deux collègues laissés en face des journalistes auxquels ils ex­pliquèrent qu’il était normal que le Ministre de la Défense, venant au Congo pour la première fois bénéficie d’un entretien séparé. . .Un cas de figure auquel l’ambassadeur de Belgique s’était cependant opposé jus­ qu’au bout...

Même s’ils ont des argu­ments lorsqu’ils dénoncent la mauvaise gouvernance persis­tante et s’entêtent à demander un droit de regard sur les con­trats chinois, les Belges ont été obligés de constater que leurs interlocuteurs avaient changé d’amis certes, partenaires encore, mais d’autant moins enclins à supporter la diplomatie de l’in­jonction que de nouvelles perspectives se dessinent. Ainsi par exemple, lors du sommet Inde Afrique, Delhi a promis de met­tre en œuvre un fonds de 780 millions de dollars permettant les transferts de technologie au bénéfice des petites et moyennes entreprises tandis que la société brésilienne HRT Petroleum, fi­nale de Petrobras, s’est engagée, dans un délai de deux ans, à ex­plorer puis mettre en exploitation le pétrole qui gît à 5000 mètres en dessous de la cuvette centrale. Le Ministre des Hydrocarbures Lambert Mende résume le sen­timent général de l’équipe gouvernementale « certes, nous mettons en gage nos ressources minières, mais c’est pour nous développer au plus vite. C’est un continent que nous devons cons­truire et pour ce faire, nous avons besoin de tout le monde... »

(Ern.)

Colette Braeckman/Le Potentiel

Last edited: 23/04/2008 15:42:40

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