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Joseph Kabila relance le neutralisme positif

Kinshasa, 23/04/2008 / Politique
C’est sans doute pour limiter le forcing chinois qu’Européens et Américains semblent se raviser en devenant beaucoup plus concrets. Autant le reconnaître tout de go. La RDC a fini de vaincre l’ostracisme diplomatique dans lequel elle était confinée depuis pratiquement deux décennies. Il ne se passe plus de semaine sans que Kinshasa n’accueille des missi dominici de haut rang venant de divers horizons. Aux Chinois succèdent les Sud­ africains, aux Américains, les « Noko » terme affectif par lequel on désigne les Belges. Reste maintenant à tirer de cette renaissance diplomatique des dividendes économiques pour le pays. Un mois à peine après l’installation du gouvernement de large coalition dirigé par le flamand Yves Leterme, trois ministres belges de premier plan sont à Kinshasa.

Le légendaire Karel de Gucht (Affaires étrangères), Piéter De Grem (Defense) et le benjamin Charles Michel-Le fils de l’autre (Coopération) venus marquer clairement leur territoire. Ce, au moment où les Britanniques, connus pour leur pragmatisme, multiplient des annonces d’aide sans équivalent à l’échelle du bloc européen.

D’ordinaire discrets et modestes dans la coopération publique avec la RDC, les Etats-unis ont, par le biais de « Madame l’Afrique », Jendayi Frazer, confirmé leur soutien à Kinshasa. C’était lors du récent séjour new yorkais de Joseph Kabila. Le Raïs congolais a de quoi se réjouir de ce regain d’intérêt vis-à-vis de la RDC. D’autant que nombre de « spécialiste une baisse de la côte d’amour de Kinshasa auprès des capitales occidentales à la suite du contrat avec la Chine. Le Président congolais, prophétisaient certains « experts », allait payer sa préférence pour Pékin.

Visiblement, rien de tel ne s’est passé. A l’évidence, Joseph Kabila parait avoir convaincu ses partenaires occidentaux que le deal avec l’Empire du milieu n’est pas exclusif. La porte de la RDC étant grandement ouverte aux investisseurs de tous les horizons. Et le chef de l’Etat congolais avait un argument-massue à brandir à ceux qui lui reprochaient d’avoir conclu le contrat minier avec la Chine. A savoir qu’après les élections de 2006, rien, en termes d’engagement concret substantiel, ne venait du monde occidental. En privé comme en public, les officiels congolais ne manquaient de signifier à leurs partenaires européens et américains qu’ils avaient besoin non des promesses, mais des actes concrets. D’autant que la réalisation des cinq chantiers est la condition sine qua non de la réussite du quinquennat de Joseph Kabila.

Face à l’attentisme occidental, Kinshasa, contraint à l’obligation des résultats, a trouvé, dans le contrat avec la Chine, une solution alternative.

De plus, à l’heure où toutes les grandes capitales occidentales tiennent à leur partenariat stratégique avec Pékin, qui jetterait la pierre sur Kinshasa. Nicolas Sarkozy, en personne, vient de dépêcher le président du Sénat français auprès des autorités chinoises en vue de calmer Pékin à la suite des manifestations protibetaines dont la France a été le théâtre lors du passage de la flamme olympique.

Vu de Kinshasa, il ne serait pas exagéré d’affirmer que l’épouvantail chinois a eu pour effet d’amener les Occidentaux à sortir de leur torpeur. En Occident, on n’ignore sans doute pas que la Chine est déterminée à se positionner durablement dans les régions de l’Afrique.

L’Empire du milieu ne lésine pas sur les moyens pour s’assurer l’accès aux matières premières (y compris le pétrole) dont regorge le continent noir. La démarche chinoise est d’autant plus appréciée des dirigeants du continent que Pékin se garde de se poser en « magister » moral des régimes africains.

C’est sans doute pour limiter le forcing chinois qu’Européens et Américains semblent se raviser en devenant beaucoup plus concrets. Tant mieux pour la RDC ou, au fond, tous les investisseurs ont leur place. Tant le pays est immense et ses ressources innombrables.    Au demeurant, Kabila semble jouer avec bonheur à l’équilibriste. S’il a convolé en justes noces avec les Chinois, le jeune Rais n’a pas non plus craché sur le vieux manage entre Kinshasa et les capitales occidentales.

Le Président congolais n’a pas non plus ignoré l’autre puissance émergeante asiatique qu’est l’Inde. Kabila vient d’effectuer une visite à forte consonance économique à New Delhi. L’Inde est connue pour être la “rivale” de la Chine. Comme Pékin, New Delhi entend prendre ses quartiers sur le continent noir. Aux grands travaux d’infrastructures proposés par les Chinois, l’Inde propose le transfert de la haute technologie.

En somme, tout le mérite de Kabila est de remettre au goût du jour le fameux neutralisme positif proclamé par feu Mubutu. Malheureusement, le Maréchal-Président avait sacrifié cette posture neutraliste sur l’autel de ses ambitions personnelles.

(Ern.)

José Nawej/Forum des As


Last edited: 23/04/2008 13:46:31

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