En dépit des assurances qu’il a données, il y a quelques jours à peine, au Représentant Spécial du Secrétaire Général des Nations unies, Alan Doss, le président rwandais Paul Kagame n’a pas effectué le déplacement de New York.

En conséquence, le face à face tant attendu avec son homologue congolais, Joseph Kabila, vendredi 18 avril, a avorté. Ce faux bond appelle un certain nombre d’observations.
Pour les spécialistes des questions de la région des Grands Lacs africains, l’homme fort de Kigali ne veut visiblement pas que les choses bougent positivement à l’Est de la République Démocratique du Congo, sinon dans le sens du pire.
En effet, au menu des entretiens annoncés au siège des Nations Unies entre Kabila et Kagame allait figurer fatalement l’état des lieux dans l’exécution de l’Accord de Nairobi.
La partie congolaise, indique-t-on, s’était préparée à réclamer une fois de plus la liste des miliciens interahamwe et des éléments ex-Far présumés génocidaires, que la partie rwandaise était censée lui communiquer depuis novembre 2007. Non seulement que cette liste se fait toujours attendre, mais, en plus, Paul Kagame, en janvier 2008, avait laissé entendre que les rebelles des FDLR (Forces Démocratiques pour la libération du Rwanda) pouvaient rentrer dans leur pays sans condition, y compris les génocidaires.
Un tel discours, de la part de quelqu’un qui a transformé le génocide de 800.000 tutsi et hutus modérés en fond de commerce, représente, aux yeux des candidats potentiels, au rapatriement volontaire, un piège. Le président rwandais lui-même sait qu’aucun rebelle hutu n’accepterait de rentrer au Rwanda sans des garanties suffisantes de sécurité et d’ouverture de ce pays à la démocratie, sous le parrainage de la communauté internationale et d’une force neutre de maintien de la paix, du genre Monuc en RDC.
Le décor du piège
Au stade actuel, c’est le statu quo dans le dossier du désarmement des rebelles rwandais. Or, selon l’Accord de Nairobi, la RDC ne devrait en principe pas les attaquer en cas de situation d’insécurité créée par eux, sans au préalable aviser la partie rwandaise, la Monuc, l’Union Européenne, l’Union Africaine, les gouvernements sud-africain, britannique, américain, belge, etc.
La raison en est que jusque-là, aucun délai-butoir ne leur est imparti pour quitter, volontairement ou non, le territoire congolais. D’où, toute velléité de l’armée congolaise de faire la chasse aux « forces négatives », qui pourtant entretiennent l’insécurité au quotidien, serait interprétée comme une violation de l’Accord de Nairobi.
Par ailleurs, la vérité vraie est que Paul Kagame, tout en exigeant, sur papier, que le gouvernement congolais neutralise les Interahamwe et les éléments FDLR, accusés de vouloir déstabiliser les institutions de son pays à partir de la RDC, est tout à fait tranquille de les voir vivre loin de leur patrie. La RDC, pour les autorités de Kigali, est le déversoir par excellence de tous les ennemis de leur régime, à tenir absolument à distance sous n’importe quel prétexte.
A supposer que la RDC s’avise à lancer, sans l’avis du Rwanda et d’autres partenaires, une opération de nettoyage des poches des rebelles rwandais, il est sûr et certain que Paul Kagame n’hésitera pas à actionner les « forces négatives » nationales et étrangères (Nkunda et son CNDP, toutes les nébuleuses Maï-Maï, rebelles rwandais FDLR proches de Kigali, rebelles burundais FNL, rebelles de LRA (Armée de résistance du Seigneur) pour vouer une telle offensive à l’échec. On se retrouverait alors, comme il aime à le dire, devant une crise politique et militaire congolo-congolaise.
Un Congo fort fait peur
La bonne lecture de la situation de ni guerre ni paix qui prévaut à l’Est de la RDC, semble arranger certains pays voisins, pas du tout contents d’assister à l’émergence au cœur de l’Afrique, d’un Etat uni, puissant, économiquement et militairement. Et, les gouvernants congolais donnent l’impression de faire le jeu de ceux qui torpillent ce qui est de nature à faire progresser le pays.
S’agissant du rendez-vous manqué de New York entre Joseph Kabila et Paul Kagame, c’est le moment où jamais pour la diplomatie congolaise de mener un lobbying agressif auprès des « voix » qui comptent dans le concert des nations et des organisations internationales pour faire acter la mauvaise foi du Rwanda. Car, manifestement, ce pays voisin ne veut pas accompagner la RDC dans le règlement progressif du problème de rapatriement de ses citoyens qui avaient traversé la frontière il y a 17 ans, avec armes et bagages, par crainte d’être exterminés.
Hélas, en matière de lobbying diplomatique, les « avocats » de la cause de la RDC brillent plus par la recherche des profits personnels que par celui de la sensibilisation des « réseaux » à même de plaider efficacement en faveur de la mère patrie. Les analystes congolais parient que le pouvoir de Kinshasa ne va pas mettre à profit la gaffe de Kagame pour retourner l’opinion internationale contre lui.
Au contraire, le gouvernement congolais risque de se répandre en jérémiades et d’attendre que la communauté internationale elle-même se charge de faire revenir le président rwandais aux bons sentiments. Conséquence : les
Congolais vont rester sur le terrain de la distraction et de l’émotion. Nos actes n’auront pas le mérite d’être réfléchis mais plutôt d’obéir à l’émotion ambiante chaque fois qu’un coup de feu aura été tiré dans le ventre mou du pays ou lorsqu’une voix dite transfrontalière se sera levée pour nous cracher des horreurs. C’est ici et maintenant le moment de nous rappeler que la résurrection de la nation dépend essentiellement de la capacité des gouvernants de maintenir le cap de la reconstruction dans tous les secteurs au lieu de naviguer à vue comme c’est le cas actuellement.
Et c’est quand les voisins qui ne nous veulent pas du bien auront constaté cette détermination de reconstruire, de bâtir une armée forte, une administration compétente, une justice du développement et des infrastructures à la hauteur de nos espérances, qu’ils changeront leur attitude et commenceront à jeter des regards de respect au Congo. Il n’est pas tard pour mieux faire.
(Milor)Kimp./Le Phare
Last edited: 21/04/2008 16:18:58