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Bonjour | 03/07/2009 5:03 | English Make DC Home page | RSS feed

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En dépit des assurances qu’il a données, il y a quelques jours à peine, au Représentant Spécial du Secrétaire Général des Nations unies, Alan Doss, le président rwandais Paul Kagame n’a pas effectué le déplacement de New York. En conséquence, le face à face tant attendu avec son homologue congolais, Joseph Kabila, vendredi 18 avril, a avorté. Ce faux bond appelle un certain nombre d’observations.

Pour les spécialistes des questions de la région des Grands Lacs africains, l’homme fort de Kigali ne veut visiblement pas que les choses bougent posi­tivement à l’Est de la République Démocratique du Congo, sinon dans le sens du pire.

En effet, au menu des entretiens annoncés au siège des Nations Unies entre Kabila et Kagame al­lait figurer fatalement l’état des lieux dans l’exécution de l’Accord de Nairobi.

La partie congo­laise, indique-t-on, s’était préparée à réclamer une fois de plus la liste des mi­liciens interahamwe et des éléments ex-Far présumés génocidaires, que la partie rwandaise était censée lui communiquer depuis no­vembre 2007. Non seule­ment que cette liste se fait toujours attendre, mais, en plus, Paul Kagame, en jan­vier 2008, avait laissé entendre que les rebelles des FDLR (Forces Démocrati­ques pour la libération du Rwanda) pouvaient rentrer dans leur pays sans condi­tion, y compris les génoci­daires.

Un tel discours, de la part de quelqu’un qui a transformé le génocide de 800.000 tutsi et hutus modérés en fond de commerce, représente, aux yeux des candidats poten­tiels, au rapatriement vo­lontaire, un piège. Le pré­sident rwandais lui-même sait qu’aucun rebelle hutu n’accepterait de rentrer au Rwanda sans des garan­ties suffisantes de sécurité et d’ouverture de ce pays à la démocratie, sous le par­rainage de la communauté internationale et d’une for­ce neutre de maintien de la paix, du genre Monuc en RDC.

Le décor du piège

Au stade actuel, c’est le statu quo dans le dossier du désarmement des rebelles rwandais. Or, selon l’Accord de Nairobi, la RDC ne devrait en principe pas les attaquer en cas de situation d’insécurité créée par eux, sans au préalable aviser la partie rwandaise, la Monuc, l’Union Euro­péenne, l’Union Africaine, les gouvernements sud­-africain, britannique, amé­ricain, belge, etc.

La raison en est que jusque-là, aucun dé­lai-butoir ne leur est imparti pour quitter, volontairement ou non, le territoire congo­lais. D’où, toute velléité de l’armée congolaise de faire la chasse aux « forces négatives », qui pourtant en­tretiennent l’insécurité au quotidien, serait interpré­tée comme une violation de l’Accord de Nairobi.

Par ailleurs, la vé­rité vraie est que Paul Ka­game, tout en exigeant, sur papier, que le gouverne­ment congolais neutralise les Interahamwe et les élé­ments FDLR, accusés de vouloir déstabiliser les ins­titutions de son pays à par­tir de la RDC, est tout à fait tranquille de les voir vivre loin de leur patrie. La RDC, pour les autorités de Kigali, est le déversoir par excel­lence de tous les ennemis de leur régime, à tenir absolument à distance sous n’importe quel prétexte.

A supposer que la RDC s’avise à lancer, sans l’avis du Rwanda et d’autres partenaires, une opération de nettoyage des poches des rebelles rwan­dais, il est sûr et certain que Paul Kagame n’hésitera pas à actionner les « forces négatives » nationa­les et étrangères (Nkunda et son CNDP, toutes les nébuleuses Maï-Maï, rebelles rwandais FDLR proches de Kigali, rebelles burundais FNL, rebelles de LRA (Ar­mée de résistance du Sei­gneur) pour vouer une telle offensive à l’échec. On se retrouverait alors, comme il aime à le dire, devant une crise politique et militaire congolo-congolaise.

Un Congo fort fait peur

La bonne lecture de la situation de ni guerre ni paix qui prévaut à l’Est de la RDC, semble arranger certains pays voisins, pas du tout contents d’assis­ter à l’émergence au cœur de l’Afrique, d’un Etat uni, puissant, économiquement et militairement. Et, les gouvernants congolais donnent l’impression de faire le jeu de ceux qui tor­pillent ce qui est de nature à faire progresser le pays.

S’agissant du ren­dez-vous manqué de New York entre Joseph Kabila et Paul Kagame, c’est le moment où jamais pour la diplomatie congolaise de mener un lobbying agres­sif auprès des « voix » qui comptent dans le concert des nations et des orga­nisations internationales pour faire acter la mauvai­se foi du Rwanda. Car, ma­nifestement, ce pays voisin ne veut pas accompagner la RDC dans le règlement progressif du problème de rapatriement de ses ci­toyens qui avaient traversé la frontière il y a 17 ans, avec armes et bagages, par crainte d’être extermi­nés.

Hélas, en matière de lobbying diplomatique, les « avocats » de la cause de la RDC brillent plus par la recherche des profits personnels que par celui de la sensibilisation des « réseaux » à même de plai­der efficacement en faveur de la mère patrie. Les ana­lystes congolais parient que le pouvoir de Kinshasa ne va pas mettre à profit la gaffe de Kagame pour re­tourner l’opinion internatio­nale contre lui.

Au contraire, le gou­vernement congolais ris­que de se répandre en jé­rémiades et d’attendre que la communauté internatio­nale elle-même se charge de faire revenir le président rwandais aux bons senti­ments. Conséquence : les
Congolais vont rester sur le terrain de la distraction et de l’émotion. Nos actes n’auront pas le mérite d’être réfléchis mais plutôt d’obéir à l’émotion ambiante cha­que fois qu’un coup de feu aura été tiré dans le ventre mou du pays ou lorsqu’une voix dite transfrontalière se sera levée pour nous cra­cher des horreurs. C’est ici et maintenant le moment de nous rappeler que la résurrection de la nation dépend essentiellement de la capacité des gouver­nants de maintenir le cap de la reconstruction dans tous les secteurs au lieu de naviguer à vue comme c’est le cas actuellement.

Et c’est quand les voisins qui ne nous veulent pas du bien auront constaté cette détermination de recons­truire, de bâtir une armée forte, une administration compétente, une justice du développement et des infrastructures  à la hauteur de nos espérances, qu’ils changeront leur attitude et commenceront à jeter des regards de respect au Congo. Il n’est pas tard pour mieux faire.

(Milor)

Kimp./Le Phare

Last edited: 21/04/2008 16:18:58

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