Avec la reprise des travaux de la session ordinaire de mars de l’Assemblée nationale, on est presque tenté de dire que le sursis accordé au Premier ministre Antoine Gizenga à l’inauguration de cette session est terminé.

Exit donc le chef du gouvernement ? Rien n’est moins sûr. Autant ses pourvendeurs qui voient tout en noir que certains de ses alliés de raison de l’Alliance de la majorité présidentielle (AMP), tous sont contraints de prendre leur mal en patience.
Et pour cause ! La procédure menant à la destitution du Premier ministre ne paraît pas aussi simple qu’on peut l’inaugurer. Loin s’en faut.
D’abord à propos de la motion d’interpellation elle-même. Quoique conforme aux dispositions et de la constitution et du règlement d’ordre intérieur de la Chambre basse et quoique également introduite à présent selon la procédure pendant la durée de la session, il reste à savoir si elle emportera sinon la majorité, en tout cas les 2/3 de la plénière. Surtout quand on sait que l’ensemble de la majorité à l’Assemblée nationale est, comme chacun sait, constitué de l’AMP.
Les membres de cette alliance sont-ils prêts à avaliser la motion de Lisanga Bonganga et de Delly Sesanga, figures de proue de l’opposition minoritaire ?
Là aussi, il y a gros à parier. Même s’il est certain qu’au sein de l’AMP, on a déjà entendu des voix discordantes susurrant et ne jurant sur tous les grands dieux du kabilisme pour le départ du gourou du Parti lumumbiste unifié (PALU).
Ensuite concernant la démission du Premier ministre lui-même qui a pour motivation son « immobilisme » présumé, un ancien Premier ministre a même eu la franchise d’avouer que « le Premier ministre doit être visible. Il doit être non pas seulement visible, il doit être aussi audible ».
Et c’est justement le grand reproche que ses adversaires font à Gizenga dont par ailleurs le gouvernement traîne un péché mignon, celui du « déficit de communication ».
Vous avez dit immobilisme et déficit de communication ? Gizenga n’est pas homme à se laisser tomber à moindres frais de son piédestal. Il a déjà réagi pare « son » Palu interposé à travers un communiqué pour le moins polémique qui avait le mérite de la clarté. Voire !
Parlant au nom du Premier ministre Gizenga, il n’a pas fait dans la demi-mesure pour épingler les réalisations « palpables » du Premier ministre en ce laps de temps, un an de gestion de pouvoir gouvernemental.
Voirie urbaine en réhabilitation à travers la République, paiement régulier de la bourse des étudiants, maîtrise du cadre macro-économique, opportunités d’investissements offertes aux étrangers le bousculent en masse dans un pays il n’y a pas longtemps encore très peu fréquentable, sécurité des personnes et de leurs biens assurée, bref, c’est plutôt un chapelet non exhaustif des réalisations à l’actif de Gizenga qu’au devoir égrener le parti cher à « Yandi Ve ». Un véritable banquet de fleurs au patriarche.
Son cabinet, par le ministre d’Etat près du Premier ministre, ne s’est pas privé de vanter les actions de Gizenga qui, selon Mayobo, n’a cure des déclarations publiques pour se faire admettre dans l’opinion. Pour démontrer ses performances (sit!).
Rappel historique
Aussi bien Gizenga lui-même, son cabinet que le Palu n’ont jamais eu de cesse de rappeler à ceux qui ont la mémoire courte que de la même manière que leur chef avait accédé à la primature, c’est de la même manière également qu’il s’en ira. Autrement dit, il est lié par un accord de partenariat à l’AMP et ce jusqu’à la fin de la législature 2011.

C’est autant dire que la déchéance de Gizenga ne peut être envisageable qu’à travers le même mécanisme, ou à tout le moins par la démission volontaire ou éventuellement par le décès - qui en aurait vraiment intérêt ? - du Premier ministre.
Autant dire également que cet accord a faut verrouillé au point qu’obtenir son départ de la primature à travers une motion d’interpellation relève d’un exercice difficile.
Curieusement, c’est pourtant là, la seule constitution moins que le fameux accord d’alliance AMP-PALU-UDEMO qui n’a rien de constitutionnel.
Pour autant, l’AMP est-elle prête à rompre son propre accord en soutenant le départ du Premier ministre, donc en appuyant la motion qui sous-tend sa déchéance ?
Rien n’est moins sûr, d’autant plus que seul le recours au vote est déterminant dans ce cas et on voit mal l’AMP faire cause commune avec l’opposition minoritaire pour obtenir le départ de Gizenga.
A moins que, par hypothèse absurde, les autres composantes de l’AMP, notamment le Pprd et l’Udemo, soient les tireurs des ficelles tapis dans l’ombre de l’opposition derrière qui ils font une poucette intéressée. Dans une telle éventualité, bien malin qui saura prévoir la suite des événements en cas de chute brutale de Gizenga. Un « tremblement de terre » genre pétard mouillé comme il y a quelques années ? C’est à voir.
Mais pour de nombreux observateurs sérieux, l’hypothèse la plus plausible reste l’implication du Président de la République qui, selon son appréciation personnelle, peut, seul, demander au Premier ministre de rendre son tablier. Auquel cas il lui garantirait, en compensation une rente viagère jusqu’à la fin de la législature.
Là aussi, le Palu et Gizenga lui-même sont-ils prêts à s’accommoder d’un tel compromis politique tout en sagesse ? Quoique rien ne soit gagné d’avance, rien n’est pour autant impossible, la politique étant justement l’art du compromis.
Sinon, il faut savoir lire dans les astres pour prédire ce qui nous attend. Alors, exit Gizenga ?
(Milor)Jeff Kalambaie/Uhuru
Last edited: 21/04/2008 14:27:49