Mercredi à l’aéroport international de Ndjili c’était la bousculade pour le deuil de Birere.
Il y a des lieux et des faits qui ne trompent pas sur l’état d’esprit général et la manière dont nous gérons certains domaines sensibles. Bien que le transport aérien continue à faire des hécatombes, confusion et désorganisation hantent toujours ce secteur névralgique. Nous en voulons pour preuve, l’ambiance qui baigne chaque jour l’embarquement sur certains vols domestiques.
Mercredi, alors que le salon officiel de la RVA à l’aéroport international de N’djili était envahi par des députés et sénateurs originaires du Nord et du Sud Kivu, des journalistes, des experts de l’aéronautique civile et de la RVA ainsi que d’autres agents de divers services de l’Etat en partance pour Goma, lieu du dernier crash, on était loin de s’imaginer que cet énième voyage, bien que décidé par le gouvernement et l’Assemblée nationale, deux grandes institutions de la république, pouvait être un seul instant, l’illustration parfaite de la confusion et la désorganisation qui règnent en maîtres dans le secteur aérien de notre pays.
Des titres qui en disent long sur les maux d’un secteur
Et Le Phare n’avait donc pas eu tort de consacrer son édition d’hier, à cet accident qui rappelait plusieurs défaillances et la léthargie propres à l’aviation civile congolaise. D’ou les titres évocateurs « Type K une leçon (du respect des normes de sécurité aérienne) vite oubliée », « Le crash de Kingasani : sévère rappel à l’ordre (pour un contrôle technique sans complaisance du matériel volant) » et il ne restait plus que cet autre, « Le crash de Goma : la rançon de la léthargie des organes spécialisés de l’aéronautique civile ».
Fallait-il sauter sur cet événement malheureux pour tirer à boulets rouges sur les organes techniques ou mieux sur leurs animateurs? Le bilan effroyable des victimes, surtout les images insoutenables des corps mutilés, calcinés et des blessures graves et le spectre d’autres hécatombes, n’étaient-ils pas assez forts pour endeuiller la nation tout entière, susciter la compassion des pays amis et provoquer la révolte, ainsi que l’indignation générale!
La bousculade générale pour un deuil
Comme si toutes ces horreurs du passé n’étaient devenues qu’un film d’épouvante vite oublié, hier à l’aéroport international de Ndjili, nous avons assisté à des scènes indicibles. D’abord, le marathon auquel se sont livrés députés, journalistes et autres agents de l’Etat, tous chargés de leurs bagages, pour se ranger au bas de la passerelle d’un Boeing 727 d’une société privée. Sous la canicule, ils devaient griller au soleil en attendant l’appel des voyageurs retenus sur la liste. Comble de confusion, il n’y en avait pas une seule. On en comptait une dizaine (Assemblée nationale, Sénat, Ministère de l’Intérieur, Décentralisation et Sécurité, ministère des Affaires humanitaires, ministère de la Santé, Autorité de l’Aviation civile, Régie des voies aériennes, Primature et autres services).
Une première opération de tamisage a été opérée sans que l’on tienne compte des services appelés à enquêter sur le crash et des médias devant recueillir des témoignages des rescapés et des blessés. Plus agiles, les troubadours qui ne ratent pas des voyages officiels gratuits se sont engouffrés à bord de l’appareil.
Des instructions contraires données, la centaine des députés et sénateurs, à cinquantaine des journalistes et cameramen et autant des agents de l’Etat ont été priés de se présenter devant un autre appareil, un Boeing 727 d’Hewa Bora Airways dont le label a suscité hésitation parmi les membres de la délégation. Second marathon, Il ne manquait plus que l’homologation de l’épreuve par le comité olympique national. Jamais, je n’ai vu des députés aussi sportifs, au propre comme au figuré. Sous cette passerelle, la bousculade requérait des biceps, des triceps et des pectoraux. Seuls étaient épargnés de cette épreuve de « lutte », le président de l’Assemblée nationale, les présidents des commissions et des groupes parlementaires, les ministres et leurs plus proches collaborateurs.
Même le directeur de cabinet adjoint, ainsi que des conseillers à la Primature, ont été bousculés sans ménagement. Et en dépit de cette confusion indescriptible à l’embarquement, les conseillers vont rater le voyage en compagnie d’une équipe des journalistes et autres agents de l’Etat.
Les questions que l’on pouvait se poser devant de telles scènes qui rappellent l’entrée d’un film annoncé « en première vision » sont celles de savoir pourquoi toute cette bousculade ? Est-ce pour aller assister a un deuil ?
Pourquoi a-t-on de nouveau pris les risques de voyager presque en surnombre dans l’appareil ? Pourquoi un tel voyage devait se dérouler sans un minimum d’organisation, un minimum d’ordre et de « discipline? Pourquoi offrir cette image de confusion et de désorganisation quand il s’agit des voyages officiels auxquels sont associés des hauts cadres de l’Etat, des membres du Parlement congolais, de l’exécutif et des divers services publics ainsi que la presse ?
Au lendemain du crash de Goma, on donne la nette impression qu’on ne s’est toujours pas assagi devant des catastrophes aériennes. C’est vraiment dommage!
(Milor)J.R.T./Le Phare
Last edited: 17/04/2008 17:21:19