A l’Université de Kinshasa, les activités tournent au ralenti suite à la grève des professeurs. L’Université est un pied de nez aux cinq chantiers du Chef de l’Etat.

Elle n’inspire plus rien la colline du Mont Amba. Voilà trois mois que les professeurs de la mère des universités congolaises débrayent. Une grève qui fait peser plus que jamais le spectre d’une année blanche. Comble de paradoxe, pauvres parents et étudiants risquent d’entonner le requiem de l’enseignement universitaire alors que l’éducation figure parmi les cinq chantiers …. De la République.
Parents et étudiants n’auront plus que leurs yeux pour pleurer. Trois mois après le déclenchement de la grève à l’Université de Kinshasa (UNIKIN), toujours pas de lueur d’espoir. Les professeurs s’en tiennent à leurs revendications. A savoir la prise en compte du barème salarial convenu entre le corps enseignant et le Gouvernement. Lequel, n’aurait pas intégré, comme convenu les desiderata des professeurs dans le budget
2008.
Visiblement, les profs sont loin d’infléchir leur position. Résultat, d’une hypothèse d’école au départ, la perspective d’une année blanche devient de plus en plus vraisemblable. Au grand dam des étudiants. Un coup dur pour ces héros qui se dépensent au propre comme au figuré pour obtenir un titre académique. Car depuis une vingtaine d’années, étudier dans une université zaïro-congolaise relève d’un parcours du combattant. Mieux d’un chemin de la croix. Non seulement, l’étudiant ne reçoit rien de l’Etat, il doit aussi affronter toute l’adversité de nos cités universitaires faites d’amphi bondés, des bibliothèques confidentielles, des homes dépourvus de tout, jusqu’aux lieux d’aisance !
Mais les principales victimes collatérales de la « sainte et juste colère » des profs sont les parents. Depuis le désengagement de fait de l’Etat, ce sont les géniteurs qui supportaient entièrement les études universitaires de leurs enfants. Mais quels parents ? Il s’agit pour la plupart des Congolais d’en bas - l’écrasante majorité qui envoient leurs rejetons dans les universités publiques.
C’est généralement au prix de mille et un sacrifice que les parents supportent les études de leurs enfants. Dans un pays ou chômeurs et fonctionnaires sont quasiment âgés à la même enseigne, envoyer son enfant à l’université c’est renoncer à certaines dépenses pourtant vitales pour la survie quotidienne.
On comprend dès lors le désarroi des parents qui pourraient voir leurs douloureux « investissements » être passés par pertes et profits si l’année était déclarée blanche !
Tout le paradoxe, c’est que le requiem sur l’enseignement universitaire est entonné dans la deuxième année d’un quinquennat dont l’éducation figure parmi les priorités. Touchons du bois pour que « le chantier éducation » ne se perde pas dans le firmament zaïro-congolais de ces slogans dont on a abreuvé le peuple depuis quatre décennies.
Certes, il serait démagogique de prétendre requalifier totalement le vécu des professeurs d’université et même ducongolais. Ce n’est pas non plus pour un coup de baguette magique que l’UNIKIN. redeviendra ce qu’elle fut du temps de Lovanium et de l’UNAZA. On n’imagine pas non plus le Gouvernement Gizenga, particulièrement coincé par le FMI, disposer d’une marge de manoeuvre suffisante. N’empêche qu’avec un maximum de volonté politique, le Gouvernement peut commencer à répondre aux revendications des professeurs d’université et plus généralement des enseignants. Car hier comme aujourd’hui nos gouvernants paraissent plus aptes et même plus imaginatifs de résoudre leurs équations
individuelles que de gérer le bien-être collectif.
Le sacrifice, la rigueur semblent réserver aux seuls gagne-petits là où les dignitaires du régime (ministres, députés, sénateurs, mandataires...) voient leur standing défier la crise ambiante. Difficile dans ces conditions de convaincre surtout les professeurs d’universités, que l’Etat n’a pas grand chose dans ses escarcelles.
(Milor)José Nawej/Forum des As
Last edited: 16/04/2008 15:22:52