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Bonjour | 03/12/2008 20:53 | English Make DC Home page | RSS feed

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A 38 ans, l’héritier politique du maréchal Mobutu, aujourd’hui ministre d’Etat dans le gouvernement aux ordres de Joseph Kabila, fils du bourreau de son père, explique ses choix. Mais comment se sent un fils Mobutu dans un gouverne­ment aux ordres de celui qui a été quand même le bourreau de votre père, de celui qui l’a chassé du pouvoir ?

Je vous dirai d’abord que je ne pouvais pas entrer dans le gouvernement de feu le président Lau­rent-Désiré Kabila. Parce que c’était lui, le vrai bourreau de mon père. Je pense qu’il fallait un recul suffisant. Et je crois que son fils à lancé un signal suffisamment fort, pas seulement en direction de ma personne, mais d’une manière gé­nérale, c’était un message suffi­samment positif lancé à toute la classe politique congolaise. Avec son élection, il est sorti du cadre dans lequel il avait évolué pour celui qui l’a mis au pouvoir.

C’est-­à-dire qu’il était à l’époque la con­tinuité de la politique de son père. A la faveur des élections de 2006, il marque une rupture. Et nous nous retrouvons aujourd’hui dans un gouvernement non pas par cooptation, mais par des tractations politiques issues des élections aux­quelles nous avons participé. Nous lançons un signal très fort, un sym­bole d’unité et de paix pour le pays. C’est important de le signaler parce que c’est un tort et c’est assez simpliste de dire que je me retrouve dans le gouvernement qui a fait tomber mon père. Il y a quand même 25 millions de Congolais qui ont participé à ces élections aux­quelles nous avons pris part et qui nous ont donné une certaine posi­tion qui me permet aujourd’hui de parler en toute légitimité.

Comment réagit le reste de la famille Mobutu. Est-ce qu’elle partage cet engagement que vous avez pris ?

Honnêtement, mon choix n’a pas été compris de tous au départ. Mais dans un second temps, cha­cun a compris tout le parti que nous pouvions tirer de ce choix. Vous savez que ces élections ont été d’abord une question identitaire. Outre les membres de ma famille, les ressortissants de l’Equateur n’ont pas compris ce choix dans lequel ils ont vu une sorte de trahi­son. C’était le terme d’ailleurs qui était utilisé. Notamment par mes détracteurs. Par la suite, ils ont compris qu’un fils de 1’Equateur pouvait aussi bien participer à un gouvernement de coalition. Je tiens bien à le rappeler. Je ne suis pas membre du Parti du peuple pour la reconstruction et le développe­ment (PPRD), encore moins de l’Alliance de la majorité présiden­tielle (AMP). Je suis là en tant que partenaire. Donc, par ma pré­sence, je peux également aider économiquement la province de l’Equateur comme d’ailleurs le reste du pays parce que ma circonscription électorale était natio­nale et non localisée.

Vous avez un nom. Même si, aujourd’hui, vous vous es­sayez à vous faire in prénom. Alors, le nom Mobutu, le por­tez-vous comme un fardeau ou comme fierté ?

Je l’ai toujours dit. Comme une fierté. Très clairement, outre les noms que nous portons, les valeurs que mon père et ma mère m’ont inculquées, je les porte haut dans mon comportement de tous les jours vis-à-vis de mes collègues, de toutes les personnes que je re­çois. Je porte surtout ces valeurs dans le travail que j’effectue tous les jours, dans la réflexion que j’épouse, dans le souci d’aider mon pays. Je crois que c’est important à souligner.

Vous êtes encore assez jeune. Comment êtes-vous entré en politique ? Qu’est-ce qui vous a déterminé ?

Mon père n’avait pas assez de temps à passer avec sa famille. Selon le dicton « chasser le natu­rel, il revient au galop » et ayant évolué dans un environnement politique, le virus m’a contaminé. C’est vrai que je suis jeune. Mais je pense que l’avantage de la jeu­nesse, c’est l’idéal que nous puis­sions porter pour ce pays. C’est pour cela que je dirais, d’ailleurs, que la jeunesse seule ne suffit pas. Il faut l’expérience. Aujourd’hui, nous sommes dans un gouverne­ment de coalition, en même temps, dans un gouvernement des person­nes expérimentées. Je crois qu’il faut un mélange de tout. Une coa­lition ne se gère pas facilement. J’en conviens. Mais je crois que c’est un mélange important pour consolider le processus entamé avec l’organisation des élections.

Quel est le déclic qui vous a amené à créer ce parti politique et  entrer vraiment Clans l’arène ?

J’ai été membre du Mouvement populaire de la révolution (MPR) ) où j’ai occupé les fonctions de chargé de Relations extérieures. Je me trouvais en Europe et en Afrique du Nord. Mais lorsque j’ai compris qu’il fallait nécessairement une cassure pour permettre la ré­flexion et les retrouvailles pour se rassembler ensuite, c’est là que j’ai saisi la balle au bond.

Et pour res­ter conséquent avec moi-même, j’ai alors créé ce parti avec la ferme volonté de demeurer fidèle aux idéaux qu’a défendus mon père, à savoir : l’unité de ce pays, le combat pour l’intégrité territoriale de ce pays et la paix, le combat de sa vie, qu’il a consolidée. Je pense que nous nous battons tous les jours pour cela. En dehors de ces prin­cipes mobutistes défendus par lui-­même, nous amenons une nouvelle vision pour pouvoir bâtir ce pays. Il y a également l’expérience des gens qui vivent à l’extérieur du pays pour voir comment le reste du monde est géré. C’est très im­portant aussi de faire participer à la gestion gouvernementale, aux affaires de l’Etat, des Congolais qui viennent d’autres horizons.

Quelle est la différence entre votre parti et les autres qui revendiquent le même héritage politique de votre père ?

Nous, nous sommes en rupture. Nous ne défendons pas la gestion de la deuxième République, mais les idéaux du maréchal Mobutu. Ils ne savent pas que les choses sont différentes. Aujourd’hui, nous voyons les choses différemment. La guerre froide, c’est du passé Aujourd’hui, notre guerre froide, c’est la globalisation. Il faut savoir qu’aujourd’hui, le monde est en mouvement. C’est devenu un pe­tit village. Nous devons, pour ce faire, nous doter d’outils nécessai­res en vue de faire face à ce monde globalisant qui devient de plus en plus petit.

Vous êtes arrivé 4ème au 1er tour de l’élection présiden­tielle 2006. Qu’est-ce qui vous a déterminé à choisir Joseph Kabila, plutôt que Jean-Pierre Bemba qui était son principal challenger et avec qui vous avez pourtant des liens parti­culiers ?

Mon choix était uniquement politi­que. Comme vous le savez, le sé­nateur Jean-Pierre Bemba est originaire de la province de l’Equa­teur, comme moi. Il se revendiquait comme leader de cette province. De par les fonctions qu’il occupait, de par les moyens d’Etat dont il disposait qui lui permettaient de revendiquer cette position. Je me suis lancé, non pas comme candi­dat député mais président de la République. Donc, il était égale­ment important pour moi de me créer un espace me permettant d’agir comme leader. Et cela, je ne pouvais le faire qu’avec le can­didat d’alors, Joseph Kabila.

Qui, lui, était un candidat plus ancré dans la partie orientale du pays. C’est ainsi qu’au 2ème tour, nous avons pris tout le parti de cette alliance dans le  but de consolider 1’unité, de réunifier  le pays en s’al­liant à lui. C’était un choix qui ne pouvait être que politique. Pour rappel, on m’avait qualifié de tout, en me lançant tous les quolibets pour avoir trahi les miens. Enten­dez, mes frères de l’Equateur. Mais je tiens également à rappeler que, pour les élections de 1960, le choix de mon défunt père était aussi po­litique. Il n’avait jamais soutenu le candidat dont le parti était régio­naliste. Mais plutôt ceux qui dé­fendaient les valeurs nationales. C’est comme ça qu’il a soutenu le Mouvement national congolais de Patrice Lumumba dont il fut un des disciples. Donc, mon choix était purement politique. Et je ne pou­vais pas trahir ce principe mobutiste d’unité nationale. Donc, je ne me retrouvais pas chez M. Bemba.

Ca n’a pas été difficile sur le plan sentimental lorsqu’on sait les relations familiales par­ticulières qui vous lient à M. Bemba ?

(Il hésite) Nous n’avons pas de relations particulières (Nzanga Mobutu a épousé la jeune sœur de Jean Pierre Mbemba, NDLR). Je crois que ces élections étaient par­ticulièrement difficiles. De manière générale, puisque notre choix était politique, c’est également de ma­nière cartésienne que ces relations vont revenir sous les meilleurs aus­pices. Ce n’est pas autrement. Que cela soit parfaitement clair. Je reste cartésien. Si vous voulez diriger un pays ou du moins gérer les affaires de l’Etat, on ne mêle pas du sentiment ou des considé­rations d’ordre familial.

Quelles sont les relations que vous entretenez, aujourd’hui, avec la majorité présidentielle que vous avez aidée à maintenir au pouvoir ?

C’est un mariage de raison. On s’en tient aux accords. Lesquels prévoient un partenariat pour la législature. C’est seul le débat qui compte pour cette législature.

Nous avons rempli notre première part en contribuant à l’élection du président Kabila. Maintenant, nous pouvons remplir notre devoir vis-à-vis de notre population à qui nous avons fait des promesses.

En tant que ministre d’Etat, ministre de l’Agriculture, quelles peuvent être les priorités d’un pays comme la Républi­que démocratique du Congo (RDC) ? Sur quoi travaillez ­vous ?

Mon souci premier, c’est de régler cet épineux problème de l’insécu­rité alimentaire que connaît le pays et dont souffrent 75 % de la popu­lation. Nous sommes un pays à vocation continentale en matière de distribution agricole. Malgré tout ce potentiel, le Congo est le plus grand pays importateur en produits alimentaires en Afrique. Par des politiques, tout à fait prag­matiques. Je comprends parfaite­ment les hésitations de certains de mes collègues, notamment en ce qui concerne les allègements fis­caux puisque les institutions de Bretton Woods nous demandent d’accroître l’assiette fiscale. Je ne vois pas d’autres moyens pour développer le secteur agricole que des al1ègements fiscaux, par une politique d’amélioration du cadre incitatif.

Comment réagissez-vous lors­que, parlant de vous, on vous qualifie de fils à papa…

Je pense qu’ici, en me présentant à l’élection présidentielle, même si c’était sous une bannière néo­mobutiste, je suis quand même dans une situation où mon parti, l’Union des démocrates mobutistes (UDEMO), a raflé des sièges à l’Assemblée nationale et à l’as­semblée provinciale. Et nous avons un sénateur. Ce sont là des résul­tats, même modestes, qui m’ont placé en quatrième position alors que nous étions trente-trois candi­dats à une élection présidentielle fort connue. Donc, c’est quand même une position intéressante. Tout ça, c’est du passé. Mainte­nant, il faut s’atteler plutôt à tra­vailler pour le développement du pays. Par le biais des négociations, mon parti a pu obtenir le ministère de l’Agriculture et nous avons le ministère du développement rural qui s’est ajouté.

Nous avions, dans le gouvernement Gizenga, le ministère des Petites et moyennes entreprises et le vice-ministère des Affaires étrangères. Leurs anima­teurs n’ont pas démérité à mon sens. Mais je crois qu’avec ce que le parti a pu obtenir et avec les candidats qu’il a pu pousser, not­amment dans les entreprises pub­liques, pour les élections qui de­vront se tenir cette année (urbaines, municipales et locales), nous allons bien nous en tirer, en tout cas. On ne peut donc pas balayer autant d’acquis en choisissant la voie simple qui consiste à évoquer le nom de mon père à chaque fois. Je ne peux pas renier ma filiation, mais j’agis désormais en homme politique autonome, je ne suis donc pas Fils à papa.

(Milor)

Alain B. Batongué/Le Potentiel

Last edited: 16/04/2008 14:53:10

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