Alors que le problème des Congolais est éminemment sociale, on projette la construction de l’hôpital le plus moderne d’Afrique centrale, d’un hôtel de 450 chambres, des immeubles résidentiels…

« L’heure n’est plus aux discours », entend-on dire du côté du ministère des Infrastructures, travaux publics et reconstruction.
Déjà, on a largué le calendrier de la première phase des travaux à réaliser en partenariat avec les Chinois. Une bonne chose pour les « cinq chantiers »qui résument, d’une certaine manière, les préoccupations des Congolais. Mais, au niveau des priorités, le calendrier publié dernièrement fait penser aux éléphants blancs connus sous la 2ème République. Pourtant, le problème fondamental des Congolais, demeure d’ordre social, pour ne pas dire qu’il est éminemment social.
En lisant le calendrier de la première phase des travaux devant incarner ce qu’on appelle les « cinq chantiers », plus précisément au niveau de la rubrique infrastructures, on se rend vite compte qu’il est prévu la construction des bâtiments tels qu’un hôpital moderne à Kinshasa de 450 lits avec 2000 consultations par jour (l’hôpital le plus moderne de l’Afrique centrale, déclare-t-on), d’un hôtel de 450 chambres à Kinshasa, ainsi que de deux immeubles résidentiels de 26 étages chacun toujours à Kinshasa... Sans compter la longue liste des travaux à réaliser en si peu de temps la mandature de cinq ans courant vers sa fin.
Vers l’érection des « éléphants blancs » sans impact sur la population
C’est certainement une bonne chose de construire l’hôpital le plus moderne de l’Afrique centrale, en terme de prestige, mais est-ce là la priorité pour la ville de Kinshasa pour faciliter l’accès des Congolais aux soins de santé ? Est-ce là le vrai problème des Kinois? Pourtant, le réalisme veut qu’en lieu et place d’un hôpital de 450 lits et 2.000 consultations par jour, on réhabilite les infrastructures qui existent déjà. Qui ne sait pas que l’hôpital général de référence de Kinshasa (exMama Yemo) regorge des médecins dont les échos de la compétence dépassent les frontières nationales? Qu’ont donc fait l’hôpital de Kintambo, la Clinique kinoise, les Cliniques universitaires de Kinshasa, la maternité de N’Djili qui ne demandent qu’à être équipés suffisamment ?
De plus, le problème de Kinshasa ne réside pas dans les hôtels, un secteur que l’Etat congolais pouvait concéder aux privés avec de bonnes conditions d’investissement. Surtout que le petit peuple n’a pas accès à ce genre d’infrastructures, pouvoir d’achat oblige. Lorsqu’on y ajoute encore la construction de deux immeubles résidentiels de 26 étages chacun à Kinshasa, on se demande bien à quoi tout cela devra servir en réponse à la préoccupation sociale des Congolais. Voilà donc là où bon nombre d’observateurs craignent que la RDC ne s’engage à nouveau sur la piste de la construction des éléphants blancs connus sous le maréchal Mobutu.
Des constructions ayant contribué à alourdir la dette publique
Sous le régime Mobutu, plus précisément sous la deuxième République, prestige oblige, l’ex-Zaïre s’était embarqué dans la construction des bâtiments imposants qui n’ont servi, en fin de compte, qu’à alourdir la dette publique sans impact sur la population. L’on peut citer le Centre de commerce international du Congo (CCIC ex-CCIZ) qui n’a nullement contribué à améliorer les conditions de vie des Zaïrois à l’époque, l’immeuble ex-Sozacom, la fameuse tour administrative de la RTNC avec un luxe insolent à l’époque en face des agents mal payés et tant d’autres bâtiments qualifiés par tous d’éléphants blancs et dont la seule contribution se limite à l’endettement jugé, du reste, excessif de la RDC. Les mêmes causes, dit-on, produisent obligatoirement les mêmes effets partout. La RDC ne fera certainement pas exception à cette réalité.
Pourtant, si à la place de ces bâtiments visant plus le prestige d’une nation qui voulait s’affirmer en Afrique et dans le monde, on avait érigé des infrastructures contribuant à l’amélioration des conditions de vie de la population, la deuxième République aurait sans nul doute fait oeuvre utile au point d’éviter les critiques les plus acerbes. Même aujourd’hui, la plupart des écoles réclament la réfection des bancs et autres matériels à côté des enseignants qui sont presque tous démotivés. Voilà des choses qui touchent à la vie de la population.
A force de penser à ce qui s’apparente à des éléphants blancs, la troisième République risque de ressembler, à tout point de vue, à la deuxième qui était décriée par tous.
Bien cibler plutôt que de s’engager dans la politique de grands travaux
De l’avis de la plupart des observateurs, les « cinq chantiers » gagneraient beaucoup en se limitant à l’essentiel. Un professeur d’université en avait d’ailleurs une idée précise. Pour lui, face au temps relativement court avec les cinq ans et en vue de relever un vrai défi social, on pouvait se servir des députés, car chacun d’eux représente un territoire congolais.
Si on pouvait donc, avec cette seule vision, identifier au moins un problème à résoudre par territoire, en lieu et place des macro-projets, au bout du mandat, la majorité aurait un bilan social à présenter. Il ne s’agit pas, conseillent la plupart des observateurs, de s’engager dans la politique de grands travaux, mais de bien cibler. Car, « qui trop embrasse mal étreint », dit-on. Encore qu’à voir la liste des travaux à réaliser, on se demande s’il s’agit d’un vrai défi à réaliser ou simplement d’une liste de projets.
Au bout du compte, le bilan sera fait un jour. Ace niveau, il faut éviter que le peuple soit tenté de tourner cette liste en dérision au cas où on réaliserait moins que ce qui est en tout cas promis dans le calendrier des travaux même pour une durée de dix ans. Mais l’essentiel est fait c’est-à-dire des réalisations palpables avec impact réel sur la vie de la population les 5 chantiers serviront d’école pour la reconstruction de la RDC.
(Milor)Marcellin Manduakila/Forum des As
Last edited: 10/04/2008 16:02:59