Dans la suite de ses remarques sur les sujets des débats parlementaires, le député Muyej aborde l’alternative d’écartement de Gizenga entrevue par certains courants à l’Assemblée nationale pour avertir du danger des positions précipitées qui ne résolvent pas les vrais problèmes.

L’éventualité de mise à l’écart du Premier ministre Antoine Gizenga par une motion de défiance à prendre au Parlement devient très tentant ainsi que cela apparaît dans le chaud débat qu’a soulevé par le député Delly Sessanga dans sa motion d’interpellation du chef de gouvernement mis en cause pour incompétence. Cette motion n’a pas pu passer parce que contestée pour vice de procédure mais sa menace n’en persiste pas moins, de sorte que c’est à un net sursis que le chef de l’exécutif a été soumis. Le député Muyej émet des remarques tout aussi pertinentes sur la question comme il l’a fait sur la crise de Bundu dia Kongo. Voici ses confidences à ce sujet.
Honorable député Muyej, certains de vos pairs à l’Assemblée nationale ne portent plus de gant dans la critique de la conduite des affaires nationales par le gouvernement Gizenga. Il est de plus en plus fait des reproches au chef de l’exécutif pour apathie manifeste et un manque de visibilité et de dynamisme. Comment cette situation peut-elle perdurer sans que le président de la République n’arrive à prendre le risque de se séparer du Premier ministre Gizenga ?
Je ne sais pas si la solution serait celle-là. C’est possible. Mais, j’aimerais qu’au niveau de la famille politique du chef de l’Etat, qu’il soit organisé des rencontres pour analyser profondément la question de la crise, la question liée à l’absence de visibilité dans le domaine du social, mais aussi la question liée à l’élan de redressement de l’économie du pays. Le simple départ du premier ministre ne suffit pas.
Il faut, à mon avis, analyser cette situation à froid et éviter des solutions préconisées et surtout y aller sans préjugés négatifs contre qui que soit, pour qu’à l’issue de tous ces débats des solutions appropriées soient proposées. Notre peuple nous observe. Notre peuple veut que les choses démarrent. Il est conscient que ce pays a été détruit pendant plus de trois décennies, et il ne nous exige pas de reconstruire le pays en une année. Il n’exige pas non plus que le pays soit reconstruit en un mandat. Mais notre peuple voudrait voir démarrer la reconstruction. Il voudrait voir et palper du doigt les effets des efforts de lutte contre la pauvreté.
A mon avis, cela traîne à venir, mais il est encore très tôt pour dire que tous ces effets positifs sont absents…Puisqu’il fallait d’abord des préalables, jeter des bases, élaborer des textes qui puissent orienter l’action du gouvernement. Il fallait bien identifier le mal, fixer les priorités et accéder aux financements pour résoudre ces difficultés. Nous sommes au courant des efforts qui ont permis au gouvernement d’accéder à un accord avec la Chine pour la reconstruction du pays. Nous sommes au courant des démarches menées auprès du FMI pour accéder à un autre financement pouvant nous aider à résoudre nos problèmes. Je crois que tout cela est louable.Il faut maintenant, à partir de la deuxième année, voir déclencher les chantiers et vivre certains effets du début de la lutte contre la pauvreté.
Mais en continuant de garder à son poste l’actuel Premier ministre, ne pensez-vous pas que l’AMP dissipe ses chances de réaliser un bon score aux prochaines élections locales et surtout aux élections présidentielle et législatives de 2011 ?
Ce serait très facile d’affirmer que c’est seulement Gizenga qui est à la base de la crise parce que j’ai pensé sérieusement qu’en récréant des commissions au sein du gouvernement et en responsabilisant les ministres d’Etat pour gérer ces commissions, c’était pour renforcer la coordination de l’équipe gouvernementale. Mais, j’ai comme l’impression que la situation demeure la même. C’est vous dire qu’il faut analyser profondément la situation et éviter des solutions de complaisance qui risquent d’être préjudiciables pour l’appréciation future du gouvernement.
Je recommande à l’opinion d’avoir à l’esprit que le creux du sous-développement hérité de la deuxième République était profond…très profond. De 1997 à 2001, L.D. Kabila n’a géré que la résistance face à l’agression. Il a néanmoins réussi à susciter l’espoir. De 2001 à 2006, Joseph Kabila s’est assigné la mission de pacifier, réunifier le pays, de réconcilier le peuple congolais avec lui-même et de déclencher le processus de démocratisation. Ce qui lui a valu son élection à la magistrature suprême. Depuis lors, la reconstruction et la lutte contre la pauvreté sont deux objectifs majeurs ; mais face à l’ampleur de la crise héritée de la défunte deuxième République, quinze mois ne suffisent pas pour exiger avec acharnement des actions visibles. Mais il faut que ça bouge.
Doit-on croire sans doute qu’à l’AMP vous n’avez sans soute pas encore trouvé l’oiseau rare attendupour succéder à Gizenga ?
Je viens de vous dire qu’il y a énormément de problèmes. Je voudrais épingler ici le problème d’inversion des valeurs morales qui a constitué la cause profonde de la faillite du système de la Deuxième République. Est-ce que nous avons réussi à rétablir l’échelle des valeurs ? La mentalité demeure perverse. L’impunité, à mon avis, se poursuit. Avons-nous réussi à assainir le fonctionnement au niveau des régies financières ? Sommes-nous sûrs que toutes les recettes vont maintenant dans les caisses de l’Etat ? Et même quand il y a des affectations de fonds au niveau des services qui devraient mener certaines actions, est-ce que nous sommes sûrs que ces fonds sont bien gérés ? Est-ce que nous-mêmes qui constituons la réserve d’énergie à consacrer au développement, nous avons retrouvé des attitudes positives pour participer à cet élan de reconstruction ? Est-ce que nous sommes sûrs que la justice est bien rendue ?
Il y a tout un tas de choses qui constituent la base morale, laquelle est un préalable majeur pour cet élan de reconstruction, pour le succès que nous attendons de la lutte contre la pauvreté. Mais j’ai comme l’impression qu’il y a encore énormément de choses à faire.
Il faudrait que le gouvernement fasse un programme clair. Le tableau de bord doit être clairement présenté et la communication doit reprendre son rôle dans la gestion du pays. Parce qu’il n’y a pas de démocratie sans circulation de l’information ; il n’y a pas de démocratie sans communication puisqu’à ce moment-là nous laissons libre cours aux acteurs attitrés de l’intoxication…Et chaque fois qu’il y aura intoxication on ne saura pas mobiliser. La tendance sera toujours à la démobilisation. Et la démobilisation fragilise tout élan de redressement.
S’agissant particulièrement de vous-même, de votre province du Katanga dont la cause a été plaidée du haut de la tribune de l’Assemblée nationale par votre groupe parlementaire, et, en définitive, s’agissant de la République tout entière, quelles perspectives entrevoyez-vous ?
Je me bats pour jouer mon rôle au sein de l’Assemblée nationale, au sein de mon groupe. Je contribue énormément aux différentes prestations de députés nationaux de mon groupe parlementaire. J’ai l’avantage d’avoir des relations positives avec le président de l’Assemblée nationale. Il a l’écoute facile. Et j’ai souvent l’occasion de faire des suggestions pour la conduite de notre institution. J’ai confiance au gouverneur du Katanga. J’ai confiance au chef de l’Etat et au gouvernement. Je voudrais que nous puissions réussir le pari, le pari de la reconstruction, de la lutte et de la victoire sur la pauvreté. A ce moment-là, nous sortirons notre peuple de l’esclavage car la pauvreté est une forme d’esclavage !
MMC/Le Potentiel
Last edited: 05/04/2008 14:31:41